Carnets de brouillons

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mardi 20 novembre 2012

Les nuits qui portent conseils

Après une nuit qui porte conseil, j'ai relu ma lettre de motivation pour postuler à cette formation et j'y ai redécouvert cette phrase : "Mes proches, mes élèves, m'ont souvent dit que je devrais être thérapeute, que j'avais un « don ». Je m'y suis refusée jusqu'à présent car j'ai parfaitement conscience du fossé qu'il y a entre aider une personne de son entourage et participer aux soins d'un patient, qu'il y faut plus que de l’instinct, qu'un « don » en la matière signifie surtout une façon d'être aux autres.

Or, Dimanche, le formateur de la session à dit ceci : " il y a une chose que nous ne pourrons pas vous apprendre c'est votre façon d'être aux autres".

Du coup après la deuxième nuit qui porte conseil je me dis que "ce don" que tout le monde me voit et que j'ai toujours dénigré comme ayant peu de valeur ou peu de sens, faisait sans doute une bonne base sur laquelle construire mon futur métier d'Art-thérapeute.

Il est des questions qu'il est bon de se poser mais auxquelles on ne peut pas répondre avant d'en avoir fait l'expérience : " Saurais je avoir la bonne distance ?" est l'une de celle qui me tracasse. Je me vis comme une éponge (mais le suis je réellement ?), c'est à dire que la douleur d'autrui (des gens que j'aime, en fait), en plus de l'éprouver et de la comprendre, impacte sur moi, miroir, miroir, projection contre projection. La bonne distance c'est conserver cette faculté d'éprouver et de comprendre sans que cela impacte sur moi. On s'attache certainement à certain patient, comment rester utile, comment ne pas se faire du mal à soi même quand on prend trop sa part dans la souffrance de l'autre, comment ne pas trop prendre sa part, sans se couper de l'affecte ? En même temps j'écris ça et je me dis que souvent, quand je suis positionnée dans le moment d'écoute, j'ai de la distance naturellement. Le danger vient de la surprise, de la douleur qui vous saute à la gueule sans prévenir. Et ça, qui peut se targuer d'avoir du recul sans être parfaitement indifférent ? Cela me fait penser aussi à mon métier de comédienne. Je n'ai jamais été impactée par un rôle, si dramatique soit-il. J'ai toujours su déposer le personnage sur le porte manteau de son costume. C'est un bon outil sans doute à méditer pour répondre à cette question.

L'autre grande question c'est le milieu, les équipes, le mode de fonctionnement des institutions dans lesquelles je vais avoir à m'intégrer. Art-thérapeute est encore un métier très peu connu, s'il commence à être regarder avec bienveillance et encore pas toujours, c'est un fourre tout, tu fais de l'Art, tu travailles avec des personnes en difficulté, tu es Art-thérapeute. Or c'est plus compliqué que cela et plus précis aussi. Ce cadre ce sera à moi de le donner. Les cadres et les limites, on y revient. Les poser sans violence, les assumer, bien connaitre ses limites, savoir dire non. Savoir aussi "vendre sa pratique" pour donner confiance, pour être respectée, prise en compte. Se retrouver parfois confrontée encore à des égos surdimensionnés (le pouvoir du soignant) moi qui les fuis déjà dans le milieu théâtrale.

Enfin, ou ai je envie de travailler ? Avec quel type de patient ? J'allais dire publique. Spontanément ce qui me vient à l'esprit pour être le plus global possible se sont toutes personne venant de vivre ce qu'on appelle "un accident de vie". Ces choses qui anéantissent votre existence mais qui vous laisse en vie, il faut bien reconstruire sur cette base là, la vie qui reste. Pourquoi ? Ceux qui me lisent régulièrement ici doivent bien le savoir. Je me sens armée parce que j'en ai pas mal traversé de ces accidents de la vie et chaque fois il m'a fallu reconstruire et en ce moment même je suis en plein dedans. Cela suscite une question, est ce que je ne prend pas le risque important d'être dans la projection ? Est ce que ces vies en bascule ne vont pas venir réveiller douloureusement mes propres failles ? Mais je viens de dire que je me sens armée. Parce que j'ai survécu. Saurais-je écouter, prendre en compte la différence de l'autre, saurais-je l'aider à trouver son propre chemin ? Saurais je prendre garde chaque fois à ne pas croire que j'ai "le mode d'emploi" ?

Mais peut être qu'il ne doit pas y avoir de réponses à ces questions, peut être qu'elles doivent rester présente tout au long de la pratique d'un soignant, comme les gardiennes d'une pratique saine.

dimanche 18 novembre 2012

Destabilisée

Fin de la deuxième session formation Art-thérapie. Étranges sensations, paradoxes, contradictions. Plaisir à y être, beaucoup. Questionnement sur le métier, sur la bascule d'existence, sur ma motivation. Épuisement bien-sur, mais ça, ça fait tellement longtemps maintenant. Un peu envie de pleurer. Fin de quelque chose, parenthèse qui se referme et puis aussi les doutes, sains mais bien embêtant tout de même, c'est tellement plus simple les certitudes.

Je n'ai pas envie de retourner à ma vie, les amies qui vont quittées la maison, ma mère à l’hôpital, ma solitude, le manque de François, je suis triste. Alors qu'il y a quelques heures je riais, j'étais bien.

Étrange de me dire que j'aime cette formation énormément mais que je ne suis pas certaine absolument d'aimer le métier auquel elle me prépare. Que ce métier me fait peur sans doute. Et puis ça a un coût tout ça, c'est un investissement lourd, de temps, d'argent. Alors peux pas trop le faire juste pour le plaisir du moment. Déstabilisée un peu je suis.

Mais la nuit porte conseil ...