Carnets de brouillons

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Sans queue ni tête apparemment

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mardi 16 février 2016

Spotlignt

J'ai vu Spotlight au cinéma, quand était-ce déjà ? Dimanche, oui, c'est cela. Je conseille plus que vivement ce très beau film.

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Le pitch dit : "Adapté de faits réels, Spotlight retrace la fascinante enquête du Boston Globe – couronnée par le prix Pulitzer – qui a mis à jour un scandale sans précédent au sein de l’Eglise Catholique. Une équipe de journalistes d’investigation, baptisée Spotlight, a enquêté pendant 12 mois sur des suspicions d’abus sexuels au sein d’une des institutions les plus anciennes et les plus respectées au monde. L’enquête révèlera que L’Eglise Catholique a protégé pendant des décennies les personnalités religieuses, juridiques et politiques les plus en vue de Boston, et déclenchera par la suite une vague de révélations dans le monde entier."

Mais ce que le pitch ne dit pas se sont les questions que le film posent qui sont, je pense, essentielles, notamment la responsabilité individuelle et collective dans le déni de la souffrance de tous ces enfants violés. Le film rend compte de cette réalité. Alors bien-sur, vous n'aurez peut être pas envie de vous confronter à cette horreur, la vie est déjà si dure n'est ce pas, et c'est ainsi que commence le déni, comme une réaction pour se protéger soi d'abord, de la vision insoutenable que cela nous évoque, car bien sur dans le film rien n'est montré, quelque témoignages de victimes après les faits, mais ce sont bien les visions que le récit provoque qui par rebond provoque le réflexe du déni. On se protège soi, on se protège entre soi, on protège la ville, on protège l'église, de l'infiniment intime à l'infiniment universel, tout le monde se protège et tout le monde oublie au passage de protéger les enfants violés.

Ce film m'a bouleversée. Il a réveillé ma colère et ma volonté d'être parmi ceux qui ne se taisent pas.

Je m'étais faite à l'idée, que c'était tellement violent à recevoir, que c'était une histoire dont personne ne voulait, que c'était une violence et une responsabilité que d'en infliger le récit aux autres. J'avais, à force de silences en réponse, ou pire d'agressions, renoncé à raconter. J'avais, après des années a essayer de parler, de faire entendre ma voix de témoin, j'avais baissé les bras, tourné la page. Ce film m'a rappelé une chose très importante, c'est que ça continue. D'autres enfants sont victimes de viols, d'inceste, tout ces mots tabous qui effraient. Et le déni est toujours au rendez-vous de cette horreur, infligeant sa double peine.

Allez voir ce film, ce n'est qu'un film après tout. Vous vous en remettrez. Et parlez, parlez, parlez, jusqu'à ce que la protection bascule enfin du côté des victimes !

jeudi 17 décembre 2015

Vivre une vie qui me ressemble

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C'était tellement dur de sortir de mon lit ce matin. Toute ensommeillée encore j'ai suivi la merveille dans ces habitudes matinales jusqu'à ce qu'elle parte à l'école. Seule, avec mon bol de thé, j'ai laissé dérivé mon regard par la fenêtre et j'ai regardé le jour se lever à son tour. Quand le ciel est dégagé comme ce matin, j'aime voir le soleil se lever.

La mer me manque... Par des matins comme celui là, je serais sorti pour marcher sur la plage, tôt le matin j'aurai croisé à peine une ou deux personnes, promeneurs de chiens ou joggeurs. J'aurai laissé mon regard se perdre sur l'horizon, le bruit des vagues bercer mon réveil. Je serais revenu à la vie dans la douceur de son chant. La mer me manque...

Ici, il y a la Loire, c'est beau aussi, mais ça n'est pas l'océan.

Je suis emmitouflé dans mon peignoir, j'écris depuis mon bureau à côté de la fenêtre, vu sur le jardin arboré du voisin. Je pense que je devrai sortir me promener. Mais de l'autre côté, il y a toujours le bruit de la ville, je n'ai pas envie de la traverser.

Je suis seule à nouveau. J'ai dit "au revoir" à l'amant et j'espère bonjour à "l'ami". Je suis seule à nouveau, c'est bien, en tout cas, c'est juste. Facile ? Non, pas facile. Enfin si, à côté de ce que j'ai déjà traversé, c'est facile. Je me suis dit ça ce matin, je ne m'attendais pas qu'au bout du compte "ma grande épreuve" m'est rendu si solide. Je me suis sentie si souvent, si fragile. En tout cas, je suis assez solide pour être seule à nouveau, assez solide pour être fidèle à moi même, assez solide pour me retrouver, assez solide pour écouter mes rêves et croire qu'ils peuvent advenir. J'ai peur, bien sur. Mais j'ai toujours eu peur. Je regarde ma peur bien en face et je peux lui dire "tu n'es que ma peur, tu n'es pas ma vie".

Et puisque le bruit de la ville fait écran entre moi et la nature, je contemple de l'intérieur. Je laisse dériver mes pensées au gré du vol des tourterelles qui vont et viennent du toit d'à côté aux arbres voisins. Je n'écoute pas de musique. J'écoute le presque silence.

Petit à petit mon corps s'éveille. Il n'est pas encore sorti de l'inertie du sommeil. Je pense à la brutalité des réveils de la plupart des humains, prisonniers plus ou moins consentant, parfois pas du tout, d'une arythmie sociétale.

Je m'interromps, un héron cendré vient de traverser mon ciel

Je pense à ces humains donc, et j'ai conscience de ma chance. Je crois que je n'aurai pas pu survivre à cette brutalité. Je serais morte d'une maladie que le monde d'aujourd'hui sait si bien créer. Une chance, un choix, une façon de survivre, peu importe au fond. C'est ma vie, elle me ressemble, c'est à ça que j'ai travaillé depuis que je suis en age de le faire. Vivre une vie qui me ressemble...

mercredi 9 décembre 2015

Place, place, faites de la place !

La vie : Place, place, faite de la place, je suis là, je suis partout, j'ai besoin de place !
la peur : Tu prends de la place, ça oui, mais tu ne tiens pas tes promesses !
La vie : Je ne suis pas une politicienne, je ne fais pas de promesse, mais j’insuffle, j'inspire, je créé, j'enseigne, est ce ma faute si vous n'apprenez pas ?
La peur : Tes enseignements tu les fais par le malheur et la souffrance, quelle belle pédagogue tu fais !
La vie : Mais c'est ta faute ! Pour percer ta carapace il n'y a que la douleur ! L'amour ne t'atteint plus !
La peur : L'amour ? Je l'ai connu j'en porte le deuil, ça ne peut pas durer toujours (chantait Barbara)
La vie : Et alors ? Pour chaque fin il y a toujours un nouveau départ ! (écrivait Saint-Exupéry)
La peur : Je suis fatiguée.
La vie : Laisse moi faire aussi ! Tu luttes, tu luttes, tu te protèges et tu oublies de vivre. Ne sens tu pas ton cœur qui bat dans ta poitrine, fais lui de la place à ton cœur, tu le comprimes. Tu ne respires plus, tu halètes.
La peur : Il faudrait te faire confiance. Qui me dit que tu ne va pas en profiter pour me faire mal encore?
La vie : Personne, même pas moi, je te l'ai dit je ne fais de promesses.
La peur : Et tu voudrais que je te fasses confiance ? !
La vie : Je ne veux rien, j'ai besoin de place c'est tout. Tu le sais, tu le sens. C'est de ne pas m'en faire qui te fait mal aujourd'hui. Tu crèves du désir de t'ouvrir à moi.
La peur : Je crève du malheur et de la haine.
La vie : Non, tu crèves de ne voir plus que cela, tu es le début de la mort. Place, fais moi de la place ! Je ne me tairais pas, tant que ton cœur battra dans ta poitrine, je crierai mon appel jusqu'à ce que tu lâches ta carapace, jusqu'à ce que tu respires à nouveau, jusqu'à que tu cesses de te rassurer, de te sécuriser, jusqu'à ce que tu abandonnes ce confort étriqué, jusqu'à ce que tu fasses cet acte de foi, prendre le risque de me laisser toute la place...
Place, place, faites de la place ! Je suis la vie, je suis l'amour, je suis. Place, place, faites de la place !

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photo Gilsoub

lundi 30 novembre 2015

Joyeux anniversaire

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Et bien voilà, ça y a est, j'ai 45 ans. Je suis seule à la maison. Je me suis réveillée ce matin aphone. Ma voix est enfermée dans ma gorge douloureuse, trop de pensées et d'émotions qui ne trouvent pas de mots pour se dire, peut être. (j'avais tapé "peur être" les lapsus du clavier)

Le premier message que je lis ce matin est un mail d'un être sorti des profondeurs de mon passé. Pas revu depuis trente ans environ. Époque ou nous avons été très proche, tout le monde l'a oublié que nous avons été très proches mais pas moi, et sans doute pas lui non plus. Il a retrouvé ma trace par internet et ce blog, il m'annonce le décès de sa maman, hier. Il ne sait plus que c'est mon anniversaire aujourd'hui, il a d'autres préoccupations, comme je le comprend. Et même, je suis touchée qu'il ait pris la peine de me chercher pour me l'annoncer lui même. Je n'aurai pas aimé l'apprendre par hasard, plus tard, par d'autres.
C'est la vie, c'est comme ça.
Des images de mon enfance, de mon adolescence, des vacances remontent à la surface, des images bien rangées qui attendaient le bon moment, le moment du souvenir. Sa maman, leur cuisine, le lait brut et la crème. Leur salle à manger, une porte qui s'ouvre et lui qui apparait. Qu'il était beau à mon regard d'ado.
Des images qui sont tellement vieilles que même cette maison dont je me souviens mieux que tout, n'est plus la leur.
Au revoir madame, j'ai 45 ans aujourd'hui et je me souviens bien de vous.

Ensuite je trouve les petits messages de faceb**k qui vont s’égrener toute la journée. "Aujourd'hui c'est l'anniversaire de Luce, fêtez lui son anniversaire avec un petit message" C'est dérisoire et charmant. Je souris. Un petit sourire, un peu triste. Je ne sais pas pourquoi, ces 45 années là ont du mal à passer.

Hier j'ai pensé que ma vie ne me satisfaisait pas. Je me suis demandée ce qui pourrait la rendre plus belle, meilleure ? J'ai répondu "voyage".
J'ai 45 ans aujourd'hui et j'ai des envies de fugues, plus fortes encore que celles que j'ai déjà connue.
Alors, aujourd'hui je vais faire mes comptes et je vais voir si je peux trouver l'argent nécessaire pour mon prochain voyage. L'Irlande, je sais que c'est là depuis que je suis rentré du Canada, c'est mon prochain voyage. Je voudrais y aller avec une amie et ma fille, mais je ne sais pas si cette amie va pouvoir, ni quand. Mais hier, je me suis dit que je devais suivre mon chemin à mon propre rythme et ne pas me freiner par de fausses excuses que nous fournissent aisément les autres. Et arrêter aussi peut être de culpabiliser de pouvoir le faire grâce à l'argent de François.

Aujourd'hui, j'ai des tonnes de raison d'être heureuse et je suis triste. J'en ai marre d'être triste. Mais ça passera, bien sur... La semaine prochaine la maison va se remplir d'amis à nouveau et comme dans cette réplique de "Love Actually" que le petit garçon dit à son père "Allons nous gaver d'amour à en crever", je vais me gaver d'amour...

Edit 12h22: Compte fait... Bon ben, ça va pas être pour tout de suite le voyage... Patience, patience...

mardi 24 novembre 2015

Hypersensible

Je me tiens à l'écart de la violence du monde la plupart du temps. La violence de la souffrance du quotidien me suffit. C'est déjà assez difficile de se tenir debout, de continuer à aimer cette vie, la mienne. C'est un travail sur moi que j'ai entrepris il y a longtemps, le chemin d'équilibriste. Ce chemin que j'ai pris de ne pas me laisser détruire, de ne pas me laisser aller au désespoir. Choisir le chemin de l'émerveillement, envers et contre la haine, la violence et l'absurdité.
Parce que j'ai cette faculté qui est à la fois une chance et un enfer, cette hypersensibilité qui fait de moi une éponge émotionnelle. Cette faculté qui fait que j'éprouve, sans même en avoir conscience, la souffrance, le chagrin, la peine, la joie, l'amour, des gens qui m'entourent. Cette faculté qui me les rends si proches, si clairs, si vite, cette faculté épuisante.

Je commence par encaisser, je commence par le recul, je prend le plus de distance possible, je commence par ne pas sentir ce que je sens. Et puis au bout de quelques heures, jours, je n'y arrive plus. Alors je suis envahie d'un chagrin qui ne trouve plus ses mots, qui ne trouve plus son origine. Juste une boule dans la gorge, et des larmes, de ces chagrins d'éternelle enfant qui ne sait pas mettre des mots sur ce qu'elle ressent. Et puis me vient la pensée que peut être j'ai croisé telle personne, il s'est passé telle chose dans le monde, de l'infiniment petit de mon univers à l'infiniment grand de notre monde de fous, me vient la pensée que peut être, j'ai été atteinte, vraiment, beaucoup, beaucoup plus que je ne le pensais.

Chaque fois que je fais ce constat je me dis qu'il faudrait que j'apprenne à me protéger un peu et chaque fois, une petite voix intérieure me dit que ce n'est pas possible, que je n'apprendrais jamais. C'est comme ça que je suis faite.

Parfois, je ne peux pas me tenir à l'écart du monde, et même une part de moi ne le veux pas. Je me dis qu'il faudrait que je songe à me préserver, mais je lis quand même les articles qui analysent et ceux qui contredisent les analyses, je me confronte aux mots "guerre, haine" et je lis aussi les témoignages de ceux qui vivent, je me confronte au mot "amour". La tragédie est là, on la reconnait, tout les ingrédients y sont, "guerre, haine, amour"... Et je pleure...

Aujourd'hui, je suis fatiguée, et triste. Mais ça passera, ça passe toujours. Je vais faire appel a ce qu'il y a encore de beau en ce monde et me réchauffer, me réparer, m'apaiser, à cette chance d'être toujours capable de le voir, de le savoir...

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dimanche 8 novembre 2015

Perte, retrouvaille, chagrin et apaisement

Encore rêver de François, c'est la deuxième fois en peu de temps avec un scénario proche. Je découvre qu'en faite il n'est pas mort, nous nous retrouvons. Le bonheur de se retrouver, l'amour toujours intact. Et ce matin, dans cette phase d'éveil mais pas encore totalement consciente, la peine de revenir à la réalité de sa mort.

C'est étrange le deuil. C'est toujours paradoxale. J'ai franchi une étape, je pense, en acceptant de croire ( ce que je raconte dans mon précédent billet) en arrêtant de me battre contre ma "foi", et dans le même temps je rêve de retrouvaille, je revis en miniature le chagrin de la perte. C'est tout cela à la fois. Il y a toujours cette part inconsolable, ce chagrin coincé dans mon diaphragme et dans ma mâchoire serrée, et il y a aussi cette part de douceur, celle qui me fait dire "merci" parfois, celle qui me fait penser " j'ai de la chance", l'apaisement trouvé quand je suis en contact avec la nature et que je me sens faire parti d'elle, faire parti du grand tout, ce grand tout dans lequel il est aussi, l'apaisement de réduire la distance qui me sépare de lui ? Oui, possible...

Autre étrangeté, c'est que plus je parviens à réduire cette distance entre lui et moi, plus je me sens confiante pour avancer dans ma vie. Il ne me retient pas, il ne me tire pas vers le passé, il fait ce qu'il a toujours fait. Il m'accompagne. Je pleure en écrivant ces mots. Je ne sais pas ce que je pleure. Le souvenir et la permanence de ce lien qui nous unit ? La perte et la constance ? C'est tragique et joyeux, puissant sans aucun doute.

Je repense à ces quelques heures de solitude, un matin sur une plage de Normandie, au bien-être que j'ai éprouvé. Je sais qu'il y a une parti de la clé, dans ces moments de solitudes ou je parviens à sentir la vie circuler à travers moi.

Je me suis fixée un nouvel objectif : Parvenir, une heure par jour, à prendre soin de moi, dans cette solitude. Aller marcher dans la nature, me faire une séance de Qi Gong, peu importe, mais mettre de la constance à me faire du bien. Oui, j'aimerai parvenir à cela. Quand la merveille va à l'école c'est facile à trouver, je peux le faire, je ne le fais pas (pas encore) mais je peux le faire. Bien sur les week-end et pendant les vacances c'est plus compliqué. Mais déjà si je le faisais quand c'est facile, ce serait bien.

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mercredi 4 novembre 2015

Rêve et foi

Il y a quelque temps, j'ai rêvé que je devais parler de mon projet de pièce de théâtre "Elle ma compagne" à un professionnel du type programmateur. J'étais dans mon rêve comme je suis dans la vie dans ces circonstances, mais en pire. Hésitante, intimidée, je bafouillais. Et puis, dans mon rêve donc, j'ai fini par résumer le projet comme ceci : "C'est l'histoire d'un couple dont l'un des deux va tomber malade et mourir et dont l'amour est l'arme absolu pour vivre tout ça"

En me réveillant j'avais oublié mon rêve, il m'est revenu plus tard, dans la journée, de façon impromptu.

Depuis je me dis, voilà, c'est ça l'histoire, c'est ça que je raconte. L'amour est l'arme absolu de la vie.

Je tourne cette phrase dans ma tête. J'imagine les sarcasmes des cyniques.
Je repense à mon père qui disait "l'amour ça n'existe pas, il n'y a que les rapports de forces" et je n'en démord pas. L'amour est l'arme absolu de la vie.
Les rapport de forces de mon père, les rapports de pouvoir donc, sont les armes absolus de la mort.
Et je repense à ma mère aussi, à sa période ésotérico-catho qui me parlait de Jésus en me disant "Tu te rend comptes, cet homme là a dit : "aimez vous les uns les autres"" ... Elle disait ça comme si c'était révolutionnaire... Je ne crois pas en Dieu. N'empêche, je crois ça : "L'amour est l'arme absolu de la vie"

Je sais, comme quelqu'un qui croit, que François est partout, avec nous, tout le temps. Je suis toujours si émue de le dire ou de le penser. Je sais qu'il est là, il a toujours son sourire et son regard bienveillant, bien-veillant.
Je suis pleine de ça.
Il est dans les cadeaux que me font la nature, il est dans la parole tendre et juste d'un ami, il est dans les yeux de ma fille, il est dans la patience que j’apprends. Il est dans les milliards d'étoiles du ciel, dans la caresse du vent, la lumière du soleil couchant, il est dans tout ce qui me fait du bien, mon bien-veillant.

Et la vie en moi est si puissante, si puissante que parfois elle en est douloureuse. Parfois j'en pleure, juste de ça, sa puissance enfermé dans mon corps dépassé, submergé.

J'apprends à la laisser circuler, à n'être plus qu'un vecteur. J'apprends depuis longtemps, depuis toujours. C'est l'apprentissage de toute une vie, de plusieurs vie peut être. Ne pas la garder enfermée en soi mais la laisser circuler. C'est mon voyage.

La mort de François m'apprend cela : "la vie est une énergie puissante qui circule. Nous en sommes des vecteurs. C'est un rôle magnifique à jouer, difficile et magnifique. Nous sommes des outils et non des buts, nous sommes des chemins et non des fins. L’énergie de vie n'a pas de fin, seul ses outils s'usent, vieillissent et meurent. L'amour que François et moi vivons est dans cette énergie. François est mort, et mon amour pour lui se transforme. Il se sublimera quand je parviendrais à le laisser circuler à nouveau.

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samedi 31 octobre 2015

Cadeau de la nature

Je suis allée avec ma merveille passer deux jours au pays de Gilsoub. Deux jours de zénitude, de tranquillité, dans la chaleur humaine de compagnons qui compensait bien le manque de chauffage LOL

J'ai vu des paysages magnifiques, ceux qu'il nous montre en photo depuis des années. J'ai pris moi même plein de photos, moins belles que les siennes mais j'ai faites celle-ci :

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et celle là, il ne l'a jamais faite ! Na !

Un phoque qui jouait à quelque mètre de nous, dans les rouleaux. La plage était déserte et nous avons profiter de sa présence de longues minutes avant qu'il ne reparte vers le large.

J'ai dit à la merveille : "Tu crois qu'il a fait la route depuis le canada pour nous voir ? On va attendre, si ça se trouve il a une copine baleine qu'est venu avec lui"

On a rit !

Il y a des moments comme ceux-ci, ou je me sens privilégiée. J'ai l'impression que la nature me fait un cadeau et j'en suis toujours émue.

dimanche 4 octobre 2015

Limitée

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Photo Gilsoub

J'ai lâché la reine des glaces et Xénon. La rentrée est passée par là et comme parfois on n'ose rappeler des amis qu'on n'a pas contacté depuis longtemps, je ne trouve plus l'élan de m'y remettre. J'ai laissé passer au moins deux alphabets. ça devient abyssal. Je le regrette parce qu'ils m'amusaient bien ces deux là.

La merveille est entré au Cm1, a repris ses cours de clarinette, a commencé la danse classique. Moi j'ai remplacé l'aviron par le gong fu. Rappelez-vous, j'en avais eu le projet il y a trois ans et cela n'avait pu se faire. Et bien voilà, c'est fait. Et je reprends également les stages de danse contemporaine, 1 week-end par mois.

Côté boulot, je continue mes ateliers au lycée, j'ai ouvert un cours adulte amateur en plus.

ça nous fait des semaines et parfois des week-end bien remplis.

Je me sens souvent épuisée en milieu d'après midi. Je suis prise d'une envie de dormir presque insurmontable. ça me rappelle de mauvais souvenirs. La première année du deuil ou je passais tant de temps à dormir. C'est difficile d'accepter ma fatigue. Un ami me plaisante souvent en me disant: "Et oui, tu n'as plus vingt ans" et je grogne. Mais il a raison, j'ai 25 ans de plus, 25 ans de vie bien remplie, de chocs, de joies. La vie est fatigante et usante. Il faut bien l'admettre.

J'ai retravaillé encore le texte "Elle ma compagne" pour la version édition. J'ai tout retraversé, encore. C'est la forme du récit qui m'absorbe, mais parfois je me laisse surprendre : "Ah oui, j'ai écrit cela" C'est drôle comme on oublie que l'on sait. On revit encore et encore les mêmes émotions, doutes, questionnements, alors qu'on a déjà traversé cela, déjà compris, déjà trouvé des réponses qu'on oublie au fil du temps. Je dois le laisser reposer maintenant, mais il me faudra encore y revenir. M'assurer que ça tient, peaufiner les détails. Ensuite il faudra que j'écrive un texte de présentation pour l'envoyer à des éditeurs. Mais on en est pas encore là.

J'ai avancé cet été sur le projet du documentaire, et là je stagne à nouveau. Ce projet passe sont temps à m'échapper. Qu'est ce que je veux raconter déjà ? Pourquoi ? C'est étrange, quand j'en parle on me dit que c'est très claire, que tout est déjà là, mais quand je dois écrire sur ce projet, je n'arrive plus à poser des mots. Tout se brouille. (projet documentaire: "recueillir des témoignages de patients, proches et personnel soignant autour de la maladie et la mort". Pour faire court)

La pièce de théâtre est en standby jusqu’à l'année prochaine. Une histoire de planning. Mais le plus pénible reste à faire. Chercher des sous pour la création. ça aussi, j'ai l'impression que c'est une montagne.

Quand je n'arrive plus à avancer sur ce chemin, je me demande si je dois vraiment le faire, si je veux vraiment le faire, si j'en ai besoin. Dans cette démarche il y a des étapes qui me font vraiment peur. Peur de ne pas y arriver, peur de renoncer, de baisser les bras. Il y a en moi quelque chose qui trouverai ça tellement dommage, un gâchis, et une part de moi qui trouverai ça plus facile.

La seule chose que j'arrive à faire seule c'est écrire. Après, j'ai besoin d'une altérité pour avancer. ça me manque ça, une ou des personnes qui auraient du temps, qui seraient vraiment disponibles pour m'accompagner sur la route. ça, j'ai vraiment peur de ne pas trouver et d'en être bloquée.

Et puis il y a des instants tranquilles, des instants joyeux, des instants volés, à qui ? à quoi ? je ne sais pas. Mais je les sens volés, chapardés. Des instants qui m'ouvrent l'appétit et donne envie de plus. Ils sont comme les échantillons d'un parfum, le flacon est trop cher...

J'aimerai que mes désirs soient plus accessibles, que mon chemin soit plus facile, que vivre me fatigue moins. Parce qu'alors, je pourrais être moi... Mais je sais, oui je sais que ce "moi" est un "moi" rêvé. Je suis déjà "moi", réelle, et je ne m'aime pas assez, pas encore assez telle que je suis, avec mes limites... Mes limites...

lundi 29 juin 2015

Tu sens l'histoire qui s'accélère ?

Dans 8 jours, nous décollons en direction du Canada. 10 jours en trois étapes : Montréal, Québec, Escoumins. Nous, c'est ma fille, ma belle fille et moi même. Je m'offre mon rêve d'enfant et je le partage avec elles. Les billets sont réservés depuis longtemps, ainsi que les logements, ainsi que la voiture.

J'ai une sensation très étrange mêlée de peur et de hâte. C'est fou comme la peur est toujours présente dès que j’entreprends quelque chose qui me tient à cœur. Je regarde celle là comme quelque chose d'un peu idiot, et je me répète " ça va être super".

J'ai une autre sensation étrange plus globale celle là. Si j'étais marin, je dirais "oh, le vent va tourner" comme si après avoir lutté dans la tempête puis patienté dans l'inertie, le voyage allait enfin reprendre. Le voyage de ma vie.

Hier je riais avec ma sœur en lui disant que mes neurones en étaient tout perturbés, je les imaginais comme des petits personnages habitant mon cerveau et criant " il se passe quelque chose dans sa vie !! tout le monde sur le pont ! faite passer le message ! " Et on a surenchérit la métaphore à se tordre de rire...

J'en dors mal la nuit. La chaleur sans doute mais aussi surement, mon corps qui se réveille a du mal à s'endormir la nuit venue. J'ai tellement dormi ! Il va falloir qu'il se réhabitue et retrouve son rythme, un nouvel équilibre...

Je repense à cette réplique dans "Merci la vie" De Bertrand Blier. Je crois que c'est Anouk Grimberg qui disait ça à Charlotte Gainsbourg, ou le contraire peut être, j'ai encore l'image dans la tête et cette petite voix qui dit "Tu sens l'histoire qui s'accélère ?..." C'est tellement ça...

samedi 10 janvier 2015

J'irai marcher demain

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J'irai marché demain. J'irai pour moi qui ait besoin des autres. J'irai marcher avec ma fille, ma sœur, au milieu des mes frères et sœurs humains, pour me sentir vivante.

J'ai lu beaucoup de choses et d'avis contradictoires sur la marche de demain, mais si je n'ai pas hésité, c'est que je ne le fais pas pour le symbole, et même pas pour la liberté d'expression, je le fais pour moi. Pour me laver de ces jours d'horreurs, pour laver la haine, le sang, la peur, les larmes à l'amour. Une marche d'amour je vais faire. Je n'y vais pas pour les morts, j'y vais pour les vivants. J'ai lu l'interview de Luz, je comprends ce qu'il dit, des symboles et de la responsabilité et de l'opposition de Charlie Hebdo à tout cela. Mais j'irai marcher demain.

Je vais marcher pour le deuil et le deuil est une histoire de vivants, je le sais bien.

Je sais déjà que ça va être beau, et fort et émouvant. Je n'attend rien de plus de cette marche. Elle ne me promet rien, ni lendemains qui chantent, ni jours meilleurs. C'est juste une marche pour se faire du bien. On en a besoin de se faire du bien, une marche pour panser.

Plus tard, je ne sais pas quand, l'émotion se sera apaisée, alors il faudra plus qu'une marche pour penser, pour agir, pour changer...Mais j'irai marcher demain.

jeudi 8 janvier 2015

Je suis Charlie

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"Je suis Charlie" parce que je partage leur humanité, avant toute chose, en dehors de tout débat, de toute idéologie.

Je ne le lisais pas, je voyais passer des unes, qui me faisaient rire. Je les trouvais, irrespectueuses, impertinentes, provocatrices, tout ces mots qui sont, je crois, des compliments pour leurs auteurs. Mais surtout je les trouvais drôles.

C'est curieux, maintenant qu'ils ont été assassinés, je ressens avec une cruelle acuité la nécessité de leur existence. Hier, en France, des hommes ont assassiné d'autres hommes parce qu'ils dessinaient. Pas n'importe quels dessins, certes non. Des dessins qui représentaient notre liberté à tous de penser. Le droit au blasphème, ça me paraissait si évident, je ne savais pas que c'était précieux. J'ai appris dans mes cours d'histoires que des hommes sont morts à cause d'une religion qui leur défendait de penser ce qui n'était pas conforme à leur dogme. C'était de l'histoire.
En France, jusqu'à hier, on en était à se quereller avec des mots et à regretter parfois que trop de cons aient la parole.
Ces assassinats nous disent que Charlie avait raison, qu'il faut résister à l'obscurantisme, avec nos mots, nos dessins, nos images. C'est ici, c'est maintenant que ça se passe. Ces assassinats font de nous des résistants. Indignez-vous disait l'ancien.

Soyons irrévérencieux, insolents, impertinents, et drôles. Formons un bataillon de clown, nos nez rouges, nos crayons, nos photos, en guise d'armes à penser, à panser la plaie que ces assassins ont causé.

L'amour et l'humour pour solution...

lundi 15 décembre 2014

Les couleurs de l'aube

Ce matin le ciel ressemblait à un tableau de maitre. Le visage piqué par le froid, la tête rentrée dans les épaules et pourtant, toujours le nez en l'air, je me suis arrêtée pour contempler ces roses du soleil qui se lève. Du bleu rayé de nuages oranges, au dessus un moutonnement de gris foncé. Est ce que le mauvais temps va gagner aujourd'hui ? Qu'importe, à ce moment là de ma contemplation, c'était beau, alors...

Le givre avait mis ces paillettes de fête sur le toit des voitures. La merveille a crié "oh la lune !" petit croissant blanc découpé dans le bleu.

Je suis rentrée d'un pas léger, frigorifiée, le nez rougi, les yeux pleins de rose, d'orange, de bleu. Les couleurs de l'aube ont dessiné un sourire sur mes lèvres.

Il m'est venu un peu d'espoir, une touche de désir et tant d'émotions dont on ne se souvient jamais du nom. Les couleurs de l'aube ont composé un bouquet de joies sur mon cœur.

L'envie d'écrire est montée, quand j'ai pensé: "les couleurs de l'aube" comme le titre d'une histoire. L'histoire de quelques minutes, dans ma vie, un matin que j'allais déposer la merveille à l'école. Des secondes capturés par la beauté, pour m'offrir, le temps d'un regard, la douceur d'espérer.

vendredi 5 décembre 2014

La mode morbide

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Hier, dans la salle d'attente de mon osthéo, je prend le premier magazine de la pile. Un magazine "Féminin"... D’ordinaire j'y trouve "des sciences et vie" et je regrette de n'avoir pas le temps de finir les articles. Celui-là avait du être sortie du fond de la pile. Bref, Sans y prêter une grande attention, je le feuillette, je vois défiler les photos de mode, et puis soudain je le referme brutalement. Quelque chose m'agresse dans ces photos. Pourtant elles sont comme toutes les photos de mode du moment. Je mets quelques secondes à mettre un mot sur ce qui m'agresse : morbide.

Voilà, je n'en peux plus qu'on nous vende que la beauté c'est ça. Maigreur, joues creuse, moue boudeuse, regard vide. Ce n'est même plus "soit belle et tais-toi", c'est "soit belle morte!"

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ça m'a évoqué cette vidéo

Les représentations de la beauté féminine ces 100 dernières années. Les années 90 à 2010 sont très révélatrices de cette tendance, pas tant dans le maquillage ou la coiffure que dans les poses et les moues. Les femmes ne sourient plus sur les photos. ça m'évoque les tableaux du 19ème exposé à Orsay ou l'on voit des portraits si triste que j'ai pensé que la vie à cette époque devait l'être et les portraits de femme notamment, que j'avais trouvé oppressant !

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Aujourd'hui ce n'est pas de la tristesse ni de l'enfermement, c'est la mort qui se peint sur les visages. Est ce que c'est vraiment représentatif de notre société contemporaine ?

En tout cas je n'en peux plus, de cette vision de la femme qu'on m'impose. J'aimerai voir de la vie dans vos photos Messieurs/Dames, photographe de mode ! De la vie ! Vous vous souvenez de ce que c'est ?

jeudi 6 novembre 2014

Des gens heureux

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Photo Gilsoub (une de mes préférées)

- Ou sont passés les gens heureux ?
- Es tu aveugle que tu ne les vois plus ?
- Ils me semblent loin, perdus dans la brume.
- C'est ton regard qui est embrouillé.
- Peut être, pas sure...
- Il faudrait que je te prête le mien.
- Oui, mais tu ne peux pas.
- Non, je ne peux pas.

(silence Bergmanien)

- Je vais passer une petite annonce.
- Pour quoi faire ?
- Pour trouver des gens heureux.
- Quelle drôle d'idée!
- Oui, elle est drôle, elle a le mérite de me faire rire.
- Elle te rend heureuse ?
- Elle me donne de l'espoir en tout cas.
- Tu dirais ça comment ?
- Un truc du genre : " Femme, encore jeune, veuve depuis deux ans et demi, cherche gens heureux.
- Qu'en feras tu si tu en trouves ?
- Je me laisserais contaminer.
- Tu croies que les gens heureux sont contagieux ?
- Oui.

(silence Bergmanien)

- Mais quoi, il suffirait de te dire "je suis heureux ?"
- Il faudrait me raconter.
- Quoi ?
- Ce qui fait qu'ils sont heureux.
- A quoi ça servirai ?
- A me rappeler que ça existe.
- Tu ne le sais plus ?
- Mon corps l'a oublié je crois...

(silence Bergmanien)

- Et c'est tout, juste te raconter ?
- Ben ce serait bien pour commencer.
- Pour commencer... Et ensuite ?
- Ben après, c'est une histoire d'ondes, d'énergie...
- Je comprend pas.
- Les gens heureux sont comme des soleils, ils nous réchauffent de leur présence.

(silence Bergmanien)

- Et toi, tu es malheureuse ?
- Je ne sais plus ce que je sens.
- Tu ne t'es pas demandé si tu n'étais pas contagieuse ?
- Que veux tu dire ?
- Tu n'a pas peur de contaminer les gens heureux avec ta brume ?
- J'ai peur qu'ils en aient peur et que ce soit ça qui les tiennent éloigné de moi.

(silence Bergmanien)

- Peut être que ton annonce n'est pas bonne.
- c'est à dire ?
- Peut être que tu ne devrais pas dire que tu es veuve.
- Pour ne pas les effrayer ?
- Oui.
- Non.
- Pourquoi non ?
- Je préfère que viennent à moi ceux qui n'ont pas peur, je n'ai pas envie de faire semblant.
- Peut être que ceux qui n'ont pas peur sont ceux qui savent que la vie est aussi une souffrance.
- Oui peut être.
- Sont ils heureux, ceux là ?
- Je ne sais pas, j'espère qu'il y en a, oui.

(silence Bergmanien)

- Mon annonce devrait peut être être plus précise ...
- Comment ?
- Un truc du genre : " Femme, encore jeune, veuve depuis deux ans et demi, cherche gens heureux, qui n'aurait pas peur.
- De quoi ?
- De moi, de ma vie, de mes émotions trop intense, de ma force, de mes failles béantes, de ma féminité, de la petite fille que je suis toujours, de mes contradictions, de ma franchise, de mes aveuglements, de ma lucidité, de mes désirs, de mes peurs.
- Ce n'est pas tant des gens heureux que tu cherches.
- Ah non ? C'est quoi ?
- Des gens qui t'aiment...
- Bien sur, des gens heureux qui m'aimeraient.
- Des gens ?
- Des gens pour commencer ...

mardi 3 juin 2014

Harcèlement de rue

Ma grand mère qui était une femme très belle, m'a raconté qu'en vieillissant, le fait que les hommes ne se retournent plus sur elle dans la rue lui manquait, elle y voyait un hommage à sa beauté. J'essaie d'imaginer ce qu'était les quolibets de son époque et je l'imagine assez bien moucher le titi parisien qui dépassait les bornes. Était ce vraiment différent de maintenant ou ma grand mère avait elle juste intégré cela comme une telle normalité qu'elle n'en voyait pas les conséquences ? Était-ce une façon de me dire, "profite tant que ça dure"? Comment profiter de ce qui m'est pénible ?.
Ma mère, qui elle aussi était une très belle femme, me racontait que dans la rue elle se faisait interpeller parce qu'elle était rousse. Elle entendait des phrases comme " Et fais voir, c'est pareil en bas ?". Elle riait en me racontant cela. Et moi je me demandais ce qu'il y avait de drôle, est ce que je n'avais pas d'humour ? Le harcèlement de rue a t-il changé de visage ? Ou les femmes sont elles devenues plus consciente du prix de tout cela ?
Moi, quand j'avais entre 15 et 25 ans, je ne pouvais pas faire un trajet de métro sans être abordée, siffler, plusieurs fois. J'ai entendu des "tu mouilles salope" et des "vous êtes charmantes mademoiselle", je n'ai apprécié ni l'un ni l'autre. Le second est peut être pire, parce qu'avec son vernis de compliment, il cache la réelle motivation, qui n'était pas de me faire un compliment mais d'obtenir de moi une reconnaissance "oh mon dieu on m'a dit que je suis charmante, je dois vite remercier ce jeune homme en me jetant à son cou". Contrairement à ma grand mère, je ne crois pas devoir être reconnaissante du fait qu'on me trouve jolie, mais comme elle, j'ai plaisir à plaire. Je n'ai aucun plaisir à être abordée, reluquée, comme un morceau de viande. Il est très facile de faire la différence entre un regard lubrique et un regard admiratif.

J'entends beaucoup d'hommes ne pas comprendre la différence entre une drague et une agression. J'ai envie de dire que la drague est une agression. La drague est une chasse, il y a un prédateur et il y a sa proie. Ce n'est pas agréable d'être une proie.

Le charme c'est autre chose, la séduction c'est autre chose. J'ai vécu une fois un acte subtil de charme dans un bar. C'était si rare que je m'en souviens encore. J'étais avec une de mes sœurs, dans un bar Irlandais Parisien. Deux femmes seules dans un bar sont toujours abordés, le plus souvent comme des proies potentielles rarement comme des êtres humains. Cette fois là, il y a eu beaucoup d'imbéciles que nous avons éconduit avec plus ou moins de patience, plus ou moins d'humour et plus ou moins de subtilité selon le chasseur qui nous abordait. Mais un homme c'est comporté respectueusement tout en exprimant son admiration à notre égard. Il a demandé à un vendeur de roses de nous en donner une à chacune de sa part. Un peu interloquées nous avons commencer par craindre qu'il vienne à notre table pour réclamer "son dû de reconnaissance". Il n'en a rien fait, il a juste levé son verre en notre direction, comme un salut. Il est resté à sa table, il ne nous a pas parlé, il ne nous a rien demandé. Nous lui avons rendu son salut en levant notre verre, nous nous sommes même autorisées à sourire et nous sommes restées assise à notre table parce que c'est là qu'on avait envie d'être. On a eu le choix. Son geste était un compliment en effet, parce qu'il était gratuit, il n'a rien attendu et encore moins exigé de nous en retour.

La séduction est faite de complicité, la complicité n'est possible que dans le respect. Le dragueur ne se soucie que de son propre désir, et la plupart du temps supporte mal la frustration, c'est pour cela qu'il passe si facilement du "vous êtes charmante" à " sale pute". Un homme a le droit de trouver une femme jolie, il a même le droit de lui dire, il n'a pas le droit d'attendre d'elle quoi que ce soit en retour. C'est "cette attente" qui souvent même devient "une exigence" qui est intolérable. J'ai le droit d'être jolie, d'être séduisante sans avoir le devoir de satisfaire les fantasmes que cela génère. Je n'attend pas d'un homme séduisant croisé dans la rue qu'il me parle, qu'il boive un verre avec moi, qu'il me suce, sous prétexte que je lui ai fait l'honneur de le trouver séduisant.

Il est temps que ces hommes apprennent à gérer leur désir, leur fantasme, sans en faire porter le poids aux femmes qu'ils croisent. Il est temps qu'on exige de ces hommes qu'il laisse aux femmes la liberté d'être belle dans la rue, sans subir leur désir.

Je voudrais que ma fille, quand elle aura l'age de sortir sans moi, ait la possibilité de se promener dans la rue sans avoir peur. Je voudrais qu'elle n'ait pas a apprendre des techniques d'esquive et de soumission pour éviter les ennuis. Je voudrais qu'elle puisse marcher la tête haute, le cœur léger, et le sourire aux lèvres, libre d'être elle même, dans toute la puissance de sa beauté et de son charme sans en payer le prix. La liberté n'a pas de prix.

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dimanche 25 mai 2014

Colère

Réveillée tôt encore ce matin, bien que très fatiguée par un rhume que je traine depuis une semaine, je me suis dit " ce n'est pas grave, je vais rester trainer au lit et puis je ferais une sieste cet après midi "mode très philosophe quoi. Un peu plus tard, je ne sais pas pourquoi, j'ai commencé à avoir mal dans le cou, j'ai senti le torticolis pointer son nez. La colère a commencé à monter et la douleur avec, à moins que ce ne soit le contraire.

Colère d'avoir toujours un truc qui va pas, le dos, le rhume ou autre chose. Colère de ne plus savoir quoi faire pour que mon corps aille bien. Ou alors peut être que je ne sais pas faire, que je ne fais pas les choses comme il faut. Colère de me sentir faible, diminuée. Colère de me sentir comme une petite chose fragile qu' a toujours un bobo quelque part. Colère ! La vrai, celle qui donne envie de tout péter, de donner des coups de pied et de hurler, colère, rage !!

Je vais bien, dans ma tête je vais bien. C'est comme si mon corps ne voulait rien savoir, tétanisé dans sa peur. Je ne parviens pas à le rassurer. J'essaie, par plein de moyen, mais il est entêté ! Et je perd patience !!!! Et tandis qu'il a peur de vivre parce que la vie peut faire souffrir, il me fait peur en me faisant me sentir si fragile. Il me fait peur et il me met en colère. Je ne parviens pas à me reconnaitre dans ce corps qui n'en finit pas de souffrir. Souffrir, le bien grand mot pour ces petits bobos ! Juste suffisamment fort pour m'empêcher de faire ce que j'ai envide de faire, pas suffisamment fort pour me faire mourir. La paralysie, la tétanie, pas bougé ! J'ai beau lui dire que le danger est passé, il n'en croit rien, je crois. Il est tendu, contracté, vigilent jusqu'à la douleur. Sophrologie, massage, médecin du dos, n'y change rien. ça m'a juste permis de me rendre compte à quel point mon corps à peur. C'est pas rien, c'est sur, mais c'est pas suffisant.

Ne me reste que la patience, hein, c'est ça... Putain, c'est difficile la patience !

Et puis faut dire aussi que ce temps de merde ça n'aide pas pour le moral !

jeudi 17 avril 2014

Ce serait beau

Ce serait beau n'est ce pas de raconter un évènement heureux, une belle surprise. Je me souviens de l'effet de bonheur partagé quand j'ai annoncé que j'étais enceinte de la merveille après toutes ces années de doute sur ma "fertilité". C'était beau toute cette joie partagée.

Mais je n'ai rien de tel à raconter. Le grand malheur est passé lui aussi, laissant ses traces un peu partout. Un manque, une absence, mais même à cela on s'habitue finalement.

Je suis tombée malade. Un bon microbe bien costaud qui ne vous laisse pas le choix que de vous reposer. Il m'a fallu lâcher. Laisser faire les autres à ma place. 5 jours durant, une éternité. Je suis encore très fatiguée.

J'ai un tout, tout petit moral. j'ai pas peur, je ne suis pas angoissée. ça reviendra. C'est juste de la grande fatigue.

Je suis entourée, bichonnée. Une amie, ma belle-fille présentent à la maison ont fait le relais avec la merveille. ça va. Pas de grande catastrophe hein.

Mais j'ai un tout, tout petit moral. Une envie de pleurer. Un chagrin. C'est ça aussi lâcher. C'est laisser le chagrin couler encore un peu puisqu'il n'est pas tarit.

En même temps j'en ai marre de me plaindre. J'en ai marre de n'écrire que des histoires tristes. Alors oui, Ce serait beau n'est ce pas de raconter un évènement heureux, une belle surprise. ça ferait du bien.

Je suis fatiguée, là.

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Photo tiré du film Pina de Wim Wenders

jeudi 27 mars 2014

Ca veut dire quoi pour toi faire équipe ?

Me demande une amie en commentaire sur mon précédent billet. Et me voilà, à me triturer le cerveau pour faire une réponse qui soit le plus proche de ce que j’entends par "faire équipe".

D'abord je repense à ce que le formateur de mon initiation à l'art thérapie nous a dit : "Il n'y a pas de définition d'un mot "pour soi", si on parle pour soi, on ne parle pas avec les autres. Donc, toujours se référer au dictionnaire, c'est l'outil commun donc acceptable par tous".

Alors donc, je vais voir dans les dictionnaires et je trouve entre autre ces deux définitions qui correspondent bien à ce que c'est qu'une équipe "pour moi".

Équipe : Une équipe est un groupe d'individus partenaires dans un but commun.
Faire équipe avec quelqu'un : s'associer avec lui pour une entreprise commune.

Maintenant qu'on est tous d'accord, je vais me laisser aller à préciser mon extrapolation. J'utilise cette expression : "faire équipe", pour parler notamment de ma relation avec François. Je parle souvent de l'équipe que nous formions et du fait que ça me manque.

En employant cette expression, je pense aussi qu'une des choses qui me plait vraiment dans l'aviron (que j'ai commencé il y a six mois) c'est que c'est un sport d'équipe. C'est une très bonne allégorie de ma vision plus générale de "faire équipe".
Dans le bateau d'aviron on doit "faire équipe", ou encore "faire corps" avec les autres, sinon le bateau n'avance pas, sinon les sensations de glisse ne sont pas là, sinon c'est même très désagréable. La discordance, la non attention à l'ensemble est immédiatement sanctionnée par des sensations d'à-coups, le terme ramer prend sa couleur galère. Mais si on parvient à être vraiment ensemble, à "faire équipe", la récompense est immédiate, c'est plus facile, on sent le bateau glisser, ça devient fluide.

Au quotidien, "faire équipe" avec quelqu'un, "pour moi", c'est donner de la fluidité, c'est faciliter le mouvement de la vie. C'est avancer ensemble. Si je me réfère à la définition d'origine je dirais que "l'entreprise commune", le "but commun" c'est "la vie".

Dans ma vie avec François il y a un exemple que je reprend souvent. Quand l'un de nous deux "ramaient" l'autre répondait "ON va y arriver". De "tout seul", nous devenions une équipe dans ce "ON". Jamais il ne m'a dit : "tu devrais, t'as qu'à" ; souvent je lui ai rappelé : "je suis là pour partager ça aussi". Nous formions une équipe, cela rendait notre vie plus facile, plus fluide. C'était infiniment précieux.

J'ai toujours aimé ça "faire équipe". Je crois que dans le théâtre c'est mon éternelle quête et ma trop souvent grande déception. Le théâtre est fait d'individu avec des égos nécessairement très forts. Je dis "nécessairement" parce qu'il faut bien ça pour prétendre parler "à la terre entière". Quand ces grands fragiles et surdimensionnés d'égos parviennent à s'oublier dans le but commun qu'est de défendre une œuvre, c'est absolument magique. Quand ils n'y parviennent pas, ça peut être vraiment catastrophique.

Moi j'ai du mal à "faire équipe". Parce que j'ai peur d'être lâchée par mon/ma équipier/ère ou j'ai peur d'être dominée, écrasée par lui/elle. J'ai peur qu'il/elle soit trop fragile ou trop malveillant. Je crois souvent me mettre à l'abri de ce risque en me positionnant en leader. Je suis devenue metteur en scène par exemple. Mais j'ai appris à cette occasion, qu'en étant le leader, je sortais de l'équipe. C'est drôle, je me suis mise à créer des équipes et à m'en exclure histoire de bien confirmer ma peur.
Dans mes relations amicales, souvent, pas toujours, mais souvent, je me positionne comme la confidente voir la conseillère, j'essaie d'être disponible, à l'écoute etc... Mais je ne laisse pas beaucoup d'occasion à mes ami(e)s de me rendre la pareille. Je sais que c'est une façon (plutôt bienveillante heureusement) de dominer non pas l'autre mais la relation. Je me rééduque quotidiennement pour laisser à mes ami(e)s l'opportunité de me soutenir. Le deuil à ouvert quelques portes, j'étais dans un tel état que je n'avais pas trop le choix. Mais quelle peur j'avais de me sentir si fragile. Pourtant, je n'ai pas entièrement retenue la leçon. Je fais le constat conscient de tous les soutiens en tout genre que j'ai reçu. Je fais le constat conscient que je n'ai ni été abandonnée, ni été écrasée au contraire j'ai connu beaucoup de bienveillance, de solidarité. Pourtant, ma vieille peur est toujours aux aguets, c'est un travail continuel de rééducation que je dois faire sur moi-même.

Aujourd'hui, j'aspire à faire parti d'une équipe. Je veux des partenaires de jeux, des égaux et non pas des égos. Professionnellement, affectivement, je cherche ça. Ce n'est pas facile pour moi. François avait rendu ça facile. Mais il n'est plus là. Alors je me dis que je devrai peut être utiliser ce qu'il m'a appris, me faire d'avantage confiance et surtout accorder d'avantage ma confiance. ça ne se fera pas d'un claquement de doigts, mais si je porte mon attention là-dessus, peut être parviendrais je à me "rééduquer", petit bout par petit bout, poser des actes même anecdotiques dans ce sens et peut être finir par être rassurée...

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photo prise à l'occasion de la coupe de Noël, suis dedans, oui, oui

mardi 25 mars 2014

Lâcher l'autre

J'ai mal au dos

t'en as plein le dos ?

Oui

De quoi ?

De tenir, peut être, de porter probable...

Et ben lâche

C'est facile à dire hein.

T'as peur ?

Bien sur, toujours.

De quoi ?

De me retrouver toute seule.

T'en as pas eu la preuve encore que ça n'arrivera pas ?

Si, oui, c'est vrai.

Et ben alors ?

J'suis pas rassurée quand même.

Hum, c'est tout ?

Non, j'ai peur de m'ennuyer aussi.

C'est à dire ?

Si je ne porte plus, je vais faire quoi ?

Tu vas profiter

De quoi ?

De la vie

De la vie. C'est quoi la vie, ça consiste en quoi la vie ? C'est rien la vie. La vie c'est juste la vie. On peut très bien s'y ennuyer.

T'es pas sérieuse ?

Si.

Tu crois vraiment que si tu ne portes plus tu vas t'ennuyer ?

Je sais pas. En tout cas faut avouer qu'en ce moment ça m'occupe bien.

Bien ?

Mal peut être, mais ça m'occupe.

Et pendant que tu t'occupes des autres que fais tu de toi ?

Moi ? ben moi toute seule, rien. Y a rien à faire de moi toute seule.

Ah. Tu ne vis qu'a travers les autres ?

Non, pas à travers, avec les autres.

Être avec c'est pas les porter.

Ouais. Comment on est avec les autres alors ?

ça s'appelle le partage. Tu peux faire équipe avec eux.

Tu croies ?

Essaie. Qui ne tente rien n'a rien.

J'ai peur.

De quoi encore ?

J'ai pas confiance.

En qui ?

En eux. En moi. Les deux je crois.

Pourtant tu as déjà connu ça toi, "faire équipe". Tu sais que c'est possible.

C'est vrai. Mais peut être qu'il était exceptionnel. Peut être qu'il était une anomalie de la nature qui a rendu ça possible.

Et toi tu n'y serais pour rien ?

Rien sans lui.

C'était quoi son anomalie ?

Je ne sais pas. Il ne m'a jamais fait de mal même par inadvertance.

Tu es sure ?

Je le crois en tout cas. Je le ressens comme ça.

Comment l'as tu su qu'il ne te ferai jamais de mal ?

Je l'ai su.

Tu ne l'a pas testé un peu ?

Si c'est vrai.

Et ?

A chaque fois, il a répondu au delà de mes espérances.

Et bien teste encore avec d'autres. Va savoir...

Oui, bien sur. Va savoir

On n'est pas plus à l'abri des bonnes que des mauvaises surprises.

Oui. Mais tu vois, le facteur risque, je suis pas sure d'être prête à le prendre.

C'est pas toi qui dit " la vie est un risque permanent."

Oui, je le dis.

Prend un risque. Le seul vrai risque pour toi. Laisse les autres t'aimer même quand t'es chiante, quand tu vas pas bien. Laisse toi porter aussi. Change de chanson, lâcher, lâcher, lâcher, un jour et demain...

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Image de Elise Griffon trouvé pour illustré cet article que j'ai beaucoup aimé par ailleurs.

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