Carnets de brouillons

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jeudi 23 juin 2011

La compagne

Elle est comme détachée, presque indifférente. Elle se demande sans émotion si c'est normale. Elle s'étonne de ne pas s'effondrer, elle s'étonne de ne pas avoir mal, de ne pas hurler sa peur, son angoisse, elle s'étonne de ne pas éprouver la peur, l'angoisse. Elle a l'impression que sa vie est devenue un scénario, d'ailleurs elle pense les évènements de façon romanesque, de belles scènes tragiques, mais pas réelles.

Elle pense "surement que c'est l'instinct de survie, surement que si elle éprouvait les émotions qu'elle est sensée éprouver dans ce type de circonstances, cela ferait vraiment trop mal, alors elle n'éprouve rien." Elle continue à vivre sa vie, à faire les gestes, à dire les mots de sa vie d'avant, rien n'a changé en apparence.

Quand elle est seule, son cerveau tourne en boucle des images de la suite des évènements, comme au cinéma quand la musique prend le pas sur les dialogues. C'est sa vie qu'elle voit, la musique de sa vie, et quand elle se retrouve tout près du précipice de l'émotion, son cerveau fait "switch off", alors elle plie du linge, elle ramasse un jouet égaré, elle ne pense plus à rien, vide, néant. Jusqu'à ce que les images se reforment. Elle a la sensation que tout cela se fait sans elle. Elle ne décide pas de ses réactions, elle ne subit pas non plus, elle se laisse faire, peut être, elle se fait confiance, peut être que c'est la seule façon de gérer ça.

Elle s'adapte tout doucement à l'éventualité du pire, elle se projette loin, très loin devant, elle ne peut pas se projeter dedans, alors elle se projette dans l'après, quoi qu'il arrive il y aura un après, ça elle peut le concevoir.

Elle ne pense pas que c'est injuste, elle n'est pas en colère, plus du tout. Elle l'a été incroyablement au tout début et c'est passé très vite comme une bourrasque de vent soudain. Elle accepte, parce qu'elle n'a pas le choix, elle sait qu'elle n'a pas le choix. Elle sait qu'elle va avoir besoin de toutes ses forces et qu'elle ne peut pas se permettre de les gaspiller dans la colère, dans la révolte. C'est pour cela sans doute, qu'elle n'éprouve rien, elle est déjà dans la position du combat qui l'attend.

Elle se pose des questions pratiques, des questions techniques, elle se demande quelles conséquences cela va avoir sur les prochaines vacances, elle se demande ce qu'elle va dire à qui et comment, elle se demande si elle sera soutenue. Elle se dit qu'il ne vaut mieux pas compter dessus, elle a déjà été déçue.

Elle a dans la tête cette phrase absurde entendu dans une pièce de théâtre "on ne traverse pas les épreuves, ce sont les épreuves qui nous traversent", ça ne lui semble plus absurde du tout maintenant.

Après tout, ce n'est pas son épreuve, elle n'est que la compagne, c'est ça son job "accompagner" l'autre dans son épreuve. Elle s'en fout bien de son émotion à elle, de ses peurs, ça ne doit pas compter, ce n'est pas sa vie, c'est la vie juste à côté qui se joue, elle n'a qu'une chose à faire, se tenir debout à ses côtés. C'est ça, qu'elle veut faire, c'est celle là qu'elle veut être.

dimanche 26 décembre 2010

Road story

Elle a peut être 15 ou peut être 16 ans. Dans la voiture conduite par son père, elle regarde le ciel. La nuit est en train de tomber et la lune est déjà là qui la suit comme si elle partait en vacances avec elle. Elle est amoureuse pour la première fois et ce qui l'année passée encore était une fête est devenu calvaire. Ces vacances signifient séparation, signifient manque, signifient silence, signifient doutes, signifient peurs. Elle se laisse conduire vers cet endroit qui lui sera dorénavant étranger puisque son amour tout neuf ne s'y trouvera pas. Elle n'a que ses rêves d'adolescentes pour compagnie et son amie la lune, sa confidente unique de ses rêves de jeune fille en fleurs.
Elle, la jeune fille mélancolique, se laisse bercer par la route et pleure en dedans des mot d'amour qui ne trouvent pas le chemin. Chaque goutte d'eau qui roule sur sa joue est un monde inexprimé. Dans l'ombre de la nuit, les arbres forment d'étranges fantômes menaçant lui rappelant son enfance qui affleure encore au coin de son sourire. Mais de sourire dans cette nuit là, elle n'en a plus.

Son père jette de temps en temps un regard sur elle dans le rétroviseur, inquiet de ce nouveau mystère. Quelle est donc cette jeune femme qui pleure à l'arrière de sa voiture, sans un son, sans même le moindre gémissement ? Comme c'est impressionnant cette peine pudique, comme il n'ose pas poser la moindre question, comme il se sent impuissant, minuscule, inutile et comme tout cela le fait souffrir. Il s'était fait une fête de retrouver son enfant, de l'emmener dans leur maison de vacances, une fête de ce tête à tête, une fête de ce voyage, sa fille à ses côtés et leur complicité retrouvée. Mais à la place de son enfant chérie, il avait retrouvé une jeune femme boudeuse, fermée. Quand donc la transformation s'était elle opérée ? Pourquoi fallait il que cela se passe si soudainement ? Pourquoi n'avait il pas eu le temps de s'habituer ?

Elle regarde par la fenêtre et s'absorbe de ses rêves. Les derniers mots de son amoureux comme une promesse. Un "je t'aime" qu'il avait osé dire. Mais elle était restée bêtement muette, désarmée, affolée, le cerveau en arrêt et le cœur battant si fort. C'était donc ça qu'on appelait "battre la chamade". Ce premier baiser qui l'avait effrayée. L'affolement de son corps, cette plongée dans l'inconnu, est ce que c'est ça l'amour ? Est ce qu'on est obligé de devenir idiote ? Mais là au creux de la nuit, la lune pour écran, elle se repassait le film encore et encore, maintenant qu'elle était en sécurité, elle s'imaginait lui répondre "moi aussi je t'aime", elle imaginait le baiser qu'elle aurait dû lui rendre, elle imaginait sa main dans la sienne, elle imaginait, imaginait en s'éloignant. Elle croisa le regard interrogatif de son père; non, elle n'avait pas envie de lui parler. Elle voulait rester seule dans sa bulle de rêves, là ou la vie est plus facile, plus belle.

La lune pour guide, ils terminèrent le voyage. Elle avait finit par s'endormir. Le soleil pointait le bout de ses rayons, tout était enveloppé de rose. Elle ouvrit les yeux et reconnu sa maison d'enfance, sa maison des 400 coups, son refuge, son île, son pays. Son père était déjà descendu de voiture. Elle en sorti à son tour et le rejoignit. Côte à côte silencieux, ils regardaient la mer, humaient l'air, et frissonnaient de fatigue. Il lui prit la main, comme il avait toujours fait, sa menotte de gamine était devenue une main douce de jeune fille. Elle ne la retira pas, il sourit. Il la regarda, lui dit :" Comme tu as grandie, ma fille". Elle rougit comme s'il avait deviné son secret, gloussa, lui donna un coup de coude dans les côtes et lui dit " t'es bête Papa". Puis elle couru vers la mer dans un éclat de rire. Comme il était beau ce rire, comme il était bon. Allons, se sera encore de belles vacances.

vendredi 17 décembre 2010

Mort aux rêves ...

"Que deviennent nos rêves d'enfants ?" Sabine se posait la question. Elle avait la quarantaine et depuis quelques années, pas très longtemps, elle avait le sentiment de ne pas avoir la vie qu'elle voulait, de ne pas être là ou elle rêvait. Depuis qu'elle était maman en fait. Un glissement, un décalage était survenue. Non pas qu'elle n'était pas heureuse d'être mère, mais elle n'était plus seule, et sans qu'elle en ait bien conscience, elle avait glissé vers une autre vie. Elle ne pouvait plus se poser cette question " qu'est ce que je veux vraiment", parce que le "je" était un nous, et dans ce nous une complexité nouvelle de l'existence lui était apparue, de nouveaux compromis.

Sabine n'avait pas fait le deuil de ses rêves. Toute sa vie elle l'avait construite, avec autant de volonté que de fuite. Toute sa vie avait été une bataille contre des peurs pour se frayer un chemin vers ses rêves. Elle en avait exaucé quelques un au passage. Mais à la quarantaine, quand vient l'heure du premier bilan, elle n'était pas contente d'elle. Elle était en colère même. Elle avait tant fui, elle avait eu tellement peur. Alors comme pierrette et le pot au lait, elle se disait "adieu, veau, vache, cochon, gloire, et beauté". Sans parvenir a accepter cet adieu, sans parvenir à renoncer.

Sabine était dans cet état d'inertie, ne sachant plus trop ou aller, avait elle atteint ses limites ? "Mais qu'est ce que la vie, si il n'y a plus de progrès ?, mais progresser vers quoi ? vers ou ?" Elle en était là de ses réflexions. Devait elle renoncer ? Devait elle se battre ? Pourquoi n'avait elle plus l'énergie de se battre ? Ses rêves étaient ils fantasmes ? Pourquoi la hantait ils toujours ? Qu'est ce qui se cachait derrière ses rêves ? Quelles blessures devait ils soigner ? Tant de questions, trop de questions à vous tourner la tête, à être pris de vertige, d'ailleurs elle en avait souvent, des vertiges, ces derniers temps.

Parfois, elle sentait, plus qu'elle ne voyait, une issue, un bout de réponse, une porte qui s'entrouvrait vers la lumière, à peine le temps de poser quelques actes et de nouveau elle était replongée dans le noir. Elle tâtonnait dans l'obscurité de ses désirs, avec la frustration, la colère, et bien sur la peur au ventre. Elle avait le sentiment que tout ce qu'elle avait accompli jusque là n'était rien, pas grand chose, pas suffisant. Elle avait besoin de la reconnaissance des autres, maladivement besoin de la reconnaissance des autres pour se sentir légitime. Et peut être que depuis qu'elle était devenue maman, ayant mis un coup de frein à sa carrière, les occasions de reconnaissance s'étaient raréfiées, et peut être aussi, qu'avec l'age, le temps du "quand je serais grande" était passé. Elle était grande et peut être pensait elle ne plus avoir le temps de rêver, peut être pensait elle qu'elle aurait dû y être dans cet eldorado.

Et puis Sabine avait discuté un soir avec l'ami d'une amie. Il lui avait raconté sa vie, un peu, son parcours. Il devait être à peine plus jeune qu'elle. Il avait vécu en état de stress si longtemps pour répondre à ses ambitions qu'il en était tombé malade, à faire peur, puis il avait changé de vie. Ce qu'il faisait aujourd'hui pouvait sembler moins glorieux mais lui, était tellement plus heureux. Il disait de cette expérience qu'il faut savoir ne pas se laisser tuer par son ambition, même quand on est passionné. Et Sabine s'était dit en elle même que c'est peut être ça quelle avait fait dès le début, dans ses fuites, peut être qu'elle avait su se préserver, peut être quelle avait su dès le début prendre soin d'elle, peut être que si elle avait fait d'autres choix, elle vivrait ses rêves mais en serait malheureuse. Allez savoir... Parce qu'une chose était sure, elle avait fait des choix conscient qui l'avait mené là ou elle se trouvait aujourd'hui. Alors bien sur il avait fallu s'adapter, faire des compromis mais enfin, sa vie elle se l'était choisi tout de même. Bon ou mauvais, ses choix avaient fait d'elle ce qu'elle était.

Une idée faisait jour en elle, floue encore, incertaine, indécise, n'osant pas encore lever le voile. Et si grandir, en effet, c'était savoir dire au revoir à ses rêves d'enfants parce qu'ils ne sont pas nôtre mais résultats de notre enfance, de nos blessures, de nos manques. Si grandir ce n'était pas se dire:
"c'est aujourd'hui que je nais et c'est aujourd'hui mon premier rêve".
Est ce que grandir n'est pas se libérer du passé ?
La littérature, le cinéma, regorge d'histoire où les héros se seraient trahi eux même en perdant de vue leur enfance. Ils nous laissent croire que le plus beau, le plus important, c'est de garder ses yeux d'enfant. Mais peut être est ce une erreur fondamentale, peut être est ce une aussi grande escroquerie que celle du prince charmant. Peut être que l'enfant en nous est ce qui nous freine, nous retient, nous corromps même.
Que veut donc cet enfant en nous si ce n'est réparation de ce qu'il n'a pas eu ? Mais le temps a passé, cet enfant qui refuse de l'admettre, qui trépigne en exigeant qu'on soigne ses blessures, cet enfant nous tyrannise.
Oui, Sabine se disait qu'il était peut être temps, la quarantaine venue, de dire à l'enfant qu'elle était: "Adieu, c'est fini, je suis désolée pour toi, mais mon temps est venu et le tien est définitivement mort" et de se tourner enfin vers son avenir ...

vendredi 1 octobre 2010

Le diable c'est l'ennui ...

Agnès a débarqué dans la grande ville, Paris, La ville rêvée, la ville des lumières, de la culture. Elle est arrivée il y a quelques années, quittant sa province natale, ses parents, ses amis, pour travailler. Elle à tout entendu en partant,"quelle chance tu as", "fais attention c'est dangereux là-bas pour une fille seule". Mais le Paris d'Agnès ne ressemble à rien de ce qui était prévu, ni à ses rêves, ni à ses angoisses. Paris est juste la ville de la solitude. Elle n'est pas désespérée, elle n'est même pas triste, juste, elle s'ennuie.
Alors Agnès à décider d'écrire, elle a ouvert un blog. "Pour dire, quoi ?" pense t-elle "rien peut être", elle se lance dans une écriture compulsive, elle veut dégueuler son ennui et son vide. A moins que son vide ne soit trop plein. Elle pense: " ici chez moi, dans ma tête, dans tout ce qui se tait, le désordre de mon silence". Elle trouve ça joli, ces mots "le désordre de mon silence", joli pour dire l'enfermement. Paris l'enferme chez elle. Elle tourne en rond dans tout ce gris et l'ennui l'enlise. Elle éprouve un besoin irrépressible de mouvements, de brasser de l'air plutôt que le vide, plutôt que le rien, plutôt que cette forme de mort émotionnelle.

Elle cherche le moyen de ne pas se laisser faire, de ne jamais déposer les armes, de ne pas lâcher prise. "Lâcher prise", elle n'entend que ça, tout le monde en parle, c'est le dernier conseil à la mode qui fait la une des magazines féminins. "Oui, d'accord" pense t-elle "mais si lâché prise c'était tomber dans l'abîme vertigineux du néant ? Bien sur que non" elle le sait bien que non, mais n'empêche, ça l'emmerde tous ces champions du lâché prise, tous ceux qui savent, tous ceux qui sont heureux, qui ont du recul, de la distance, tous ces vendeurs de sérénité, ces bastringues du Zen, l'emmerde sérieux.

Agnès s'accroche des poing et des dents à la vie, elle lui crache à la gueule et même parfois elle béni ses souffrances, en secret et sans masochisme, juste parce que, bon sang, elle sait au moins qu'elle est vivante. Le diable c'est l'ennui, l'ennemie, la seule, c'est la mort. La faucheuse l'emportera bien sur, un jour elle gagnera, en attendant Agnès marque des points, à chaque seconde elle veut sentir que son cœur bat, sentir et savoir, et connaître ces battements. Le cœur bat, se bat. Oui, c'est une guerre dont elle veut tout sentir, se rendre compte de chaque bataille. Elle ne veut pas subir. Elle ne veut pas que le temps glisse et happe ses bulles de vie sous prétexte d'éviter les défaites, elle se fous des défaites, comme des victoires, ce qui compte pour Agnès, c'est d'éprouver.

Mais à la vérité, comme tout le monde, elle se laisse prendre par la banalité, l'habitude, les rituels, la sécurité, elle se repose bien sur, il faut bien, c'est nécessaire, mais qu'elle le regrette au fond. Elle s'en veut si souvent de n'avoir pas le courage, en tout cas pas suffisamment pour vivre cette vie comme une éternelle action. "Pas le courage ou pas l'imagination, aller savoir" rage t-elle sur son clavier.

"Mon vide peut être et encore responsable de mon ennui si profond, ce gouffre, cet abysse". C'est la première phrase qu'elle écrit, comme un petit cailloux jeter dans l'océan d'un monde qu'on dit virtuel. Elle croit ne rien attendre en retour, mais au fond de son petit cœur, il y a tout de même une petite lumière " Et si quelqu'un trouvait ma bouteille à la mer ?" Ce petit morceau d'espoir qui ne va pas jusqu'à se demander qui pourrait bien la trouver, lui suffit.

Agnès écrit donc, et ne se rend même pas compte que son ennui, solide et inflexible est son point d'appui, est ce qui lui permet de passer à l'action...

mercredi 8 septembre 2010

Serge 2

... Serge est une falaise abrupte pleine de failles

Il descend tous les jours gare St Lazard et passe devant Momo, le petit marchand de fleurs. Depuis qu'un jour, en panique, il s'est arrêté pour en acheter à une belle qu'il a beaucoup aimé, Serge continu de saluer Momo et réciproquement. Même s'il n'achète plus de Fleurs depuis longtemps.
La belle s'est fait la malle. "Tu manques de fantaisie Serge, t'es gentil, t'es bon, mais tu m'ennuies". Tiens, prend toi ça dans les dents. Ça lui a fait mal au début. Il a fini par s'habituer. Il est devenu un peu plus carré. Même si ses yeux ont gardé l'empreinte du doute.
Ça lui a servi de leçon aussi. Il n'a plus trompé sa femme depuis. Peut être bien qu'il s'ennuie un peu avec elle, mais il se dit maintenant que c'est plus de sa faute à lui que de la sienne.
Sa femme s'appelle Lolita, mais elle préfère qu'on l'appelle Loli, à cause du film et tout ça. Elle dit qu'à cinquante berge, s'appeler Lolita c'est ridicule.

Serge est dans le métro, sur la ligne 13. Il pense à sa femme et à sa fille. Il se dit qu'il ne sait pas aimer et que c'est pour ça qu'on ne l'aime pas. Tout au moins on le supporte. Ce n'est pas qu'il n'éprouve pas de sentiments, loin de là, trop même peut être. C'est le bordel tellement il y en a, il ne sait pas quoi faire avec. Serge est démuni face aux sentiments, alors il fait comme si ils n'existaient pas. Même si ses yeux en garde la trace.

Assis à côté de lui, il y a une jeune fille, très jolie, très élégante, à peine plus vieille que sa fille. Elle a un petit air triste, ou peut être seulement fatigué. Serge se dit que les gens dans le métro, le soir, ils ont toujours l'air triste.
Station St Lazare, ça y est, il est temps de descendre. La jeune fille se lève aussi. Serge s'arrêterait bien chez Momo pour offrir des Fleurs à la jeune fille au regard triste, juste pour voir comment ça fait quand elle sourit. Mais il hausse les épaules. Elle le prendrait pour un vieux pervers, alors il se contente de saluer Momo comme tous les soirs...

jeudi 2 septembre 2010

Origine du désir

Cheveux nouées, la tête légèrement penchée, elle laisse voir sa nuque élégante et fragile. Quelques petits cheveux échappées ouvre un monde de sensualité. Ania lit. Elle a ce regard absorbée, présent dans cet ailleurs que lui offre sa lecture. Françk est dans son dos et s'abîme dans la contemplation de sa nuque. Il a envie d'y mettre la main, la bouche, mais il se retient. Il la caresse du regard et son désir n'en est que plus fort.

De temps à autre Ania se mord la lèvre inférieure, fronce les sourcils, frise son nez comme un petit chat, son visage est tellement mobile. Impossible d'échappée aux émotions qui s'y lisent. Parfois aussi, elle entortille une petite mèche rebelle autour de ses doigts. Tous ces gestes inconscient font partie de la toile qu'elle tend pour séduire son amour. Franck ne se lasse pas de l'observer, c'est un monde en soi, une vie qui se raconte sans mots, un film, un spectacle.

Ania a le buste courbé, penchée sur sa lecture, ses épaules forment un arrondi ou aucune bretelle d'aucune sorte de robe ne tient. Elle a ce geste, devenu automatique de les remettre en place, sans succès définitif. Franck aimerait assez que sa robe glisse d'avantage et dévoile plus de peau. Il aimerait assez glisser sa main dans cette robe, caresser son dos puis venir doucement sur le côté pour rejoindre ses seins. Attraper ces hanches généreuses sous sa taille, cet espace qui offre une cale à sa main, comme un repos avant la prochaine caresse. Franck a envie d'elle maintenant.

Il s'approche de son désir, il pose doucement sa main sur cette nuque origine de tout. Ania frissonne, sa peau réagit, Franck devine que très bientôt, dans quelques instants ...

vendredi 6 août 2010

Lalao

Lalao est petite, elle a l'habitude d'être définie comme grosse, mais elle s'en moque. Lalao porte bien son nom. Dans ses yeux clairs se reflète le soleil qui n'en finit pas de rire. Elle a la peau blanche qui rougit facilement, les cheveux dorés comme les blés et comme disait sa mère, si elle n'avait pas été si grosse elle aurait été si jolie. Mais Lalao s'en fou de faire jolie.
Ce qui compte plus que tout pour Lalao, c'est le bonheur. Le sien mais surtout celui des autres. Elle dit souvent qu'il vaut mieux être grosse et avoir un cœur en proportion, qu'avoir le cœur anorexique.

Lalao est née à Madagascar de parents Français qui avaient choisi d'exercer leur métier de professeur à l'étranger non pas pour le goût du voyage ou de l'aventure mais parce que c'était mieux payé. Lalao était née sur l'île mais n'y avait pas grandi. Sa mère ne voulait pas accoucher là bas, ils avaient prévu de rentrer avant terme mais la veille du départ, Lalao s'était annoncée. Née prématurément, elle avait suscité tout à la fois l'inquiétude et la colère de sa mère ou plutôt sa mère ne parvenait pas à lui pardonner l'inquiétude qu'elle avait éprouvée. Bref, Lalao disait de tout cela que le bébé qu'elle était, avait eu besoin de naître sur l'ile. Quand à savoir pourquoi, seules les cellules de son corps devait le savoir.
Son père la prénomma ainsi, Lalao, joie de vivre, et rien ne put le faire plier pas même les gémissements horrifiées de son épouse. Il ne révéla jamais pourquoi à personne, même pas à sa propre fille. Mais Lalao supposa qu'il lui avait ainsi donné le devoir de ne pas ressembler à sa mère et de dispenser cette fameuse joie de vivre tout autour d'elle. C'est sans doute ainsi que se forgea sa vocation.
Dès qu'elle fût assez forte pour voyager et cela arriva rapidement car très vite elle pris du poids, ce qui soulagea un peu les angoisse de sa mère, toute la famille put rentrer en France.

Lalao grandie et jamais ne fût mince, et jamais ne se départie de sa joie de vivre qui faisait le bonheur de tout son petit monde hormis bien sur celui de sa mère qui prenait ça pour de l'insolence et que cela fatiguait.

Lalao ne développa aucun goût pour les grandes études que sa mère lui prédisait et opta pour une école d'infirmière ce qui valu à sa mère cette réflexion :" Infirmière !!! Quand tu pourrais faire médecine !!!! Décidément tu n'as aucune ambition !!!" Car Lalao était brillante sans se forcer, mais voilà, elle n'aimait pas l'école. Ou alors elle aimait par dessus tout faire enrager sa mère. Allez savoir ...

Elle devint donc infirmière, se spécialisa dans le service des maladies au long cours et fît profiter les patients mais aussi ses collègues et même quelques médecins qui ne se prenaient pas trop au sérieux de son incroyable talent pour la joie de vivre.

mercredi 4 août 2010

Josette

Josette ne comprends pas ce qui se passe. Ce matin elle a pris son café noir comme d'habitude et puis elle a mangé sa tartine de pain beurrée comme elle fait depuis toujours. Ce matin, ça a l'air si loin. Josette vient d'être admise à l'hôpital. On lui a dit qu'elle n'avait pas le droit de se lever parce que sinon elle risquait de mourir. Josette à peur maintenant. Elle n'ose même pas s'assoir dans son lit. Elle a envie de pleurer un peu mais comme elle n'est pas seule dans sa chambre, elle se retient. Et puis elle a envie de faire pipi aussi, mais comme elle doit demander aux infirmières le bassin, elle se retient aussi. Elle trouve ça humiliant Josette de demander pour faire pipi.

Josette d'habitude, elle a des yeux coquins dans son visage de vieille femme pas si vieille, pas assez pour mourir en tout cas, pense t-elle. Mais là maintenant ils sont comme vides, vidés par la peur, par la honte. Elle les promènent sur la chambre de l'hôpital. Dans l'autre lit, il y a une femme qui lis tranquillement. Josette la regarde pour se changer les idées. La femme pose sont livre et regarde aussi Josette qui pudiquement détourne les yeux. La femme lui sourit malgré tout, Josette sourit aussi, bien obligée, on a beau être au bord de la mort, on reste poli.
Josette aimerait bien lui parler, à cette femme, elle a un air qui donne envie de parler. Elle se dit que de parler, elle aurait moins peur, elle dit :" Vous avez vu ce beau soleil qu'on a aujourd'hui ? " Elle a appris ça, Josette, quand on connait pas quelqu'un et qu'on veut parler, on parle de la pluie et du beau temps. La femme sourit encore et lui dit juste : " oui. " Josette réfléchit. Peut être que la femme n'a pas envie de parler, mais elle la regarde comme si elle attendait une suite, et Josette, elle ne sait pas quoi dire après le soleil. La femme finit par dire :" ça va vous ?" Comme ça, directe, en la regardant droit dans les yeux.
Alors Josette, elle sent les larmes qui montent jusqu'au bords des cils, elle fait tout ce qu'elle peut pour les retenir, elle répond dans un sourire tordu: " ce n'est pas facile". La femme la regarde avec beaucoup de gentillesse. Elle lui dit " Oui, ça a été soudain pour vous. ça doit être un peu effrayant"
Alors Josette, devant tant de gentillesse, elle craque. Elle pleure un bon coup. Elle lui raconte, à cette inconnue, ce qui s'est passé depuis ce matin. La femme ne la quitte pas des yeux. Elle hoche la tête de temps en temps et continue de lui sourire, un sourire rassurant, aimant. Ça lui fait du bien à Josette.

A la fin, la femme dit : " Quand vous appellerez l'infirmière pour faire pipi et qu'elle vous apportera le bassin, je sortirai de la chambre pour vous laisser tranquille. J'en profiterai pour faire ma petite promenade". Pour le coup, Josette l'aurai embrassée. Elle se dit que dans son malheur elle a de la chance d'être tombée sur une compagne de chambre si gentille. Elle a moins peur maintenant. Elle appelle l'infirmière pour le bassin et la femme fait comme elle a promis, elle la laisse toute seule. Ce n'est pas facile mais c'est quand même un peu moins humiliant.

Le lendemain, la femme s'en va. Elle est habillée, assise sur le bord de son lit. Elle attend qu'on vienne la chercher en regardant par la fenêtre. Josette espère que la prochaine patiente sera aussi gentille qu'elle. Un homme rentre dans la chambre, il embrasse la femme tendrement, ils se sourient. Ils se chuchotent à l'oreille. Josette sourit en les regardant, ça lui rappelle avant, quand son homme à elle était en vie. Qu'est ce qu'ils pouvaient se chuchoter à l'oreille tout le temps, des mots et des mots doux. Au moment de partir, la femme regarde Josette, droit dans les yeux encore, elle lui dit :" ça va aller pour vous, ne vous en faîtes pas." Avec ce beau sourire aimant qui caresse le cœur malade de Josette. Elles se sourient toutes les deux et la femme s'en va. Josette s'endort, un sourire aux lèvres ...

mercredi 19 mai 2010

Delphine

Delphine a une petite trentaine, fausse blonde, mais pas trop, ongles courts mais pas rongés. elle porte une petite robe noire à la Jacquie Kennedy, collants noirs pas tout à fait opaques, bottes à talons pas trop hauts, sac à main et mallette de cuir noir. Delphine est élégante mais pas au point d'en être impressionnante. Son look est très étudié, très travaillé, imite assez bien la simplicité. Elle travaille dans une boutique de cosmétiques des quartiers chics de la capitale et vit en banlieue. Elle ressemble à sa clientèle mais pas trop, assez pour leur inspirer confiance, pas assez pour rivaliser, ce qui les rassure.
Delphine prend soin de sa clientèle, des femmes riches et inquiètes à l'idée de vieillir. C'est bien normal, pense t-elle, après tout c'est presque un travail à temps complet pour ces femmes d'être belle et de le rester.
Delphine aime parler de la couleur des vernis, des rouges à lèvres, mais ce qu'elle préfère c'est la parfumerie. C'est dans ce rayon qu'elle excelle, il y flotte une odeur de secret qu'elle seule détient.
Delphine se parfume, mais personne ne le sait, c'est un parfum discret qui accompagne et qui ne couvre pas. Elle sent bon et l'on croirait que c'est naturel. Elle sait assez bien avoir l'air naturel alors que tout est soigneusement étudié. C'est peut être ça qu'elle aime le plus, s'embellir dans le secret, tricher avec science.
Delphine a de très beaux yeux verts, qu'elle sait mettre en valeur. Un regard doux de jeune fille en fleurs ou perce parfois une étincelle d'espièglerie. Des pommettes très saillantes, des fossettes quand elle sourit, de jolies lèvres ourlées, naturellement celles-ci. Elle ressemble à ces filles qu'on voit dans les magazines de mode, mais en petite. Elle est toute petite.
Delphine a un petit bouton rouge sur le bout du nez ce qui la range définitivement du côté des humaines.

Ce soir, Delphine rentre du travail comme tous les soirs en prenant le métro. Elle croise les bras et s'endort la tête légèrement penchée sur son épaule comme une petite fille qui se niche. Dans cet abandon de demi sommeil, elle ressemble plus à la tristesse qu'à la beauté, malgré tous ses soins. Assis à côté d'elle, un homme de belle carrure, à l'air rigoureux, l'observe du coin de l'œil.

mardi 11 mai 2010

Serge

La cinquantaine, trait tiré vers le bas, regard d'eau trouble, tempe grisonnante, coupe de cheveux propre, écharpe rayée, imperméable beige, sacoche en cuir noir, paire de lunettes rectangle transparent qui encadre son regard, branches noires, Serge à quelques chose de Lino Ventura. Il fait penser à un inspecteur de police, pourrait jouer Maigret.

Quand Serge lève les yeux au ciel, on a envie de pleurer. Il est beau, pas de façon évidente, mais tout de même. Une beauté rigoureuse, un peu antipathique, non, bourru. Il en a vu de l'humanité et pas des plus jolis.

Serge a de larges mains, des doigts courts, il porte une alliance à la main gauche. Ce qui est étrange c'est son regard. Dans toute cette rigueur, il a un regard d'agneaux. On le croirait toujours au bord des larmes. Il consulte son agenda et jette parfois un regard furtif par dessus ses lunettes. Il guette les mouvements autour de lui. Parfois il oscille la tête de gauche à droite comme pour dire non à ses pensées. Il se ronge l'ongle du pouce droit, geste de tout petit garçon chez cet homme qui incarne tant l'adulte. Il pose sa tête dans sa main, le coude sur sa sacoche en cuir noir.

Serge est une falaise abrupte pleine de failles.