Carnets de brouillons

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dimanche 1 mars 2015

L'ignominie.

Aujourd'hui premier mars, je me lance dans l'aventure d'un jeu de mots proposé par Gilsoub. Les 366 Alphabétiques. Il s'agit d'écrire un texte chaque jour en y incluant un mot imposé. Aujourd'hui "Ignominie".

Comme il le dit lui même dans son texte du jour, ce n'est pas un mot très engageant pour commencer, mais il n'est pas là par hasard. Notre époque nous en donne tellement d'exemples.

Ce mot "ignominie", qui si on le dépossède de son sens pour n'écouter plus que sa musique, est beau, presque trop pour ce qu'il veut dire. Cette beauté renforce t-elle la violence qu'il contient ou au contraire l'atténue t-elle ? Rend-elle plus audible l’indicible ? L'ignominie se dit elle ? se raconte t-elle ? S'écoute t-elle ?

Ce mot "ignominie" contient ma part de révolte, de nausée, de choc, d'incompréhension des évènements du monde, des évènements de la vie, sa cruauté, sa violence, sa part sombre, sa part d'ombre. Il a bien fallu un mot pour le dire. Mais quand on dit celui là, c'est qu'on ne peut plus dire les autres. C'est un cri : " c'est une ignominie !".

Aujourd'hui dans ce cri j'entends les gorges nouées au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, je revois les visages ou je les imagine, des survivants. J'écoute ma révolte et ma compassion devant le témoignage d'une femme violée, d'un enfant martyrisé, ou d'un homme qui a dû tout abandonner pour sauver sa peau, par exemple...

Le monde est empli d'ignominie.

L'Ignominie est intolérable, d'ailleurs nous ne la tolérons pas. Nous détournons nos yeux d'elle. Nous l'oublions. Nous utilisons notre arme la plus facilement accessible, elle s'appelle le déni et c'est ainsi que nous y survivons, et c'est ainsi qu'elle peut continuer d'exister. Je dis "nous", s'y trouvera qui veux, je n'accuse personne de rien. Je sais juste que ça arrive suffisamment souvent pour que l'on puisse dire "nous, êtres humains".

Il faut beaucoup de courage pour regarder l'ignominie en face, et peut être même parfois faut-il l'appeler autrement pour pouvoir s'y opposer. L'ignominie désigne un acte qui a déjà été commis, c'est trop tard pour l'empêcher. Alors parfois on se raconte collectivement "plus jamais ça" et on se soigne à cette idée que plus jamais on aura à la voir. C'est un élan sincère, il dure plus ou moins longtemps mais le temps est l’ennemi de cette mémoire là et un jour, l'ignominie est à nouveau sous nos yeux. A croire qu'elle ne nous apprend rien.

L'ignominie est humaine, elle n'est pas monstrueuse, non, elle est humaine. C'est en chacun de nous qu'elle nous oblige à regarder, la pire parti de nous.

Heureusement pour l'être humain il existe un autre mot, "Sublime".

samedi 10 janvier 2015

J'irai marcher demain

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J'irai marché demain. J'irai pour moi qui ait besoin des autres. J'irai marcher avec ma fille, ma sœur, au milieu des mes frères et sœurs humains, pour me sentir vivante.

J'ai lu beaucoup de choses et d'avis contradictoires sur la marche de demain, mais si je n'ai pas hésité, c'est que je ne le fais pas pour le symbole, et même pas pour la liberté d'expression, je le fais pour moi. Pour me laver de ces jours d'horreurs, pour laver la haine, le sang, la peur, les larmes à l'amour. Une marche d'amour je vais faire. Je n'y vais pas pour les morts, j'y vais pour les vivants. J'ai lu l'interview de Luz, je comprends ce qu'il dit, des symboles et de la responsabilité et de l'opposition de Charlie Hebdo à tout cela. Mais j'irai marcher demain.

Je vais marcher pour le deuil et le deuil est une histoire de vivants, je le sais bien.

Je sais déjà que ça va être beau, et fort et émouvant. Je n'attend rien de plus de cette marche. Elle ne me promet rien, ni lendemains qui chantent, ni jours meilleurs. C'est juste une marche pour se faire du bien. On en a besoin de se faire du bien, une marche pour panser.

Plus tard, je ne sais pas quand, l'émotion se sera apaisée, alors il faudra plus qu'une marche pour penser, pour agir, pour changer...Mais j'irai marcher demain.

jeudi 8 janvier 2015

Je suis Charlie

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"Je suis Charlie" parce que je partage leur humanité, avant toute chose, en dehors de tout débat, de toute idéologie.

Je ne le lisais pas, je voyais passer des unes, qui me faisaient rire. Je les trouvais, irrespectueuses, impertinentes, provocatrices, tout ces mots qui sont, je crois, des compliments pour leurs auteurs. Mais surtout je les trouvais drôles.

C'est curieux, maintenant qu'ils ont été assassinés, je ressens avec une cruelle acuité la nécessité de leur existence. Hier, en France, des hommes ont assassiné d'autres hommes parce qu'ils dessinaient. Pas n'importe quels dessins, certes non. Des dessins qui représentaient notre liberté à tous de penser. Le droit au blasphème, ça me paraissait si évident, je ne savais pas que c'était précieux. J'ai appris dans mes cours d'histoires que des hommes sont morts à cause d'une religion qui leur défendait de penser ce qui n'était pas conforme à leur dogme. C'était de l'histoire.
En France, jusqu'à hier, on en était à se quereller avec des mots et à regretter parfois que trop de cons aient la parole.
Ces assassinats nous disent que Charlie avait raison, qu'il faut résister à l'obscurantisme, avec nos mots, nos dessins, nos images. C'est ici, c'est maintenant que ça se passe. Ces assassinats font de nous des résistants. Indignez-vous disait l'ancien.

Soyons irrévérencieux, insolents, impertinents, et drôles. Formons un bataillon de clown, nos nez rouges, nos crayons, nos photos, en guise d'armes à penser, à panser la plaie que ces assassins ont causé.

L'amour et l'humour pour solution...

lundi 29 décembre 2014

Aimer

Parfois j'ai l'impression d'avoir disparu. Qu'est-je fais de ma vie en fait ? J'ai dit à quelqu'un il y a peu que tout bien considéré j'avais passé l’essentiel de ma vie à aimer et à être aimé. Oui, en fait, c'est pour cela que j'ai tant écrit sur l'amour. C'est que ça m'a pris l'essentiel de mon énergie. C'est l'amour qui m'a le plus appris sur moi, sur les autres, qui m'a donné les joies les plus puissantes et les chagrins les plus violents. Et ce n'est sans doute pas par hasard, si à quatorze ans, quand j'ai découvert cette phrase de Musset "quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : " J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui." j'en ai fait ma maxime.

Aimer... Pour certain c'est sans doute dérisoire, peu de chose, et même probablement idiot que de passer l'essentiel de son existence à cela. Qu'est ce cela en fait ? Rien, l'impalpable, le fugitif, l'indomptable, l'immaitrisable émotion... Pour certain , sans doute mieux vaux construire, bâtir, faire, et même je l'ai cru moi, j'ai cru que c'est ce que je faisais. Mais non, j'étais bien plus préoccupé par cette histoire qu'est l'amour.

Aimer... Pour d'autre c'est merveilleux, ce qu'il y a de plus beau etc...

Moi je ne sais pas, c'est comme ça que j'ai vécu, sans en avoir conscience véritablement et sans savoir vraiment pourquoi. Je ne porte pas de jugement ni positif, ni négatif, c'est comme ça que j'ai vécu, c'est tout.

Et puis il y a eu mon Il, puis il y a eu ma fille. Je me suis mise à écrire beaucoup, à vivre l'amour et à le raconter. Un pièce de théâtre d'abord, un roman ensuite. Puis il est mort. J'ai écrit encore cette douleur, ce chagrin qui faisait parti de cet amour.

Aujourd'hui j'ai parfois l'impression d'avoir disparu en même temps que lui, engloutie avec lui. Je sais que je suis vivante et je m’aperçois que je suis aimée. Mais cette impression tout de même d'avoir disparu est là comme un voile gris sur la lumière. Tout ce temps qui passe à attendre que ça passe. Je n'existe pas, pas vraiment. "La place que je me donne" m'a dit quelqu'un récemment, j'ai pleuré, mais je n'ai pas compris. Je ne sais pas comment, ni quand je pourrai revenir à la lumière, dans la vie, moi qui suis "tellement vivante", (je suis étonnée que c'est cela qu'on continue à voir en moi). Mon chagrin n'a pas encore fini de se pleurer. Je fais ce que je peux, de mon mieux pour continuer. Je n'ai pas beaucoup de force. Je suis si fatiguée. Parfois je commence une pensée par "j'aimerai..." que je ne finis pas, parce que ce que j'aimerai n'est pas, n'est plus. Je ne veux pas réveiller la douleur, la frustration. J'essaie de me contenter de ce qui est. Ce n'est pas rien, "ce qui est", c'est ce qui me tient. C'est ce qui me permet de faire des choix, de prendre des décisions. C'est ma fille, pour l'essentiel, c'est ma fille. Mais vous savez quoi, j'ai beau l'aimer plus que tout, elle n'est pas tout. Alors si j'osais je dirais que j'aimerai que quelqu'un me prenne dans ses bras. J'aimerai que quelqu'un prenne soin de moi. J'aimerai être amoureuse d'un être vivant, de chair et de sang et laisser le souvenir du mort devenir un sourire...

Après tout, c'est bientôt une nouvelle année qui commence. Si ce pouvait être une nouvelle vie...

lundi 15 décembre 2014

Les couleurs de l'aube

Ce matin le ciel ressemblait à un tableau de maitre. Le visage piqué par le froid, la tête rentrée dans les épaules et pourtant, toujours le nez en l'air, je me suis arrêtée pour contempler ces roses du soleil qui se lève. Du bleu rayé de nuages oranges, au dessus un moutonnement de gris foncé. Est ce que le mauvais temps va gagner aujourd'hui ? Qu'importe, à ce moment là de ma contemplation, c'était beau, alors...

Le givre avait mis ces paillettes de fête sur le toit des voitures. La merveille a crié "oh la lune !" petit croissant blanc découpé dans le bleu.

Je suis rentrée d'un pas léger, frigorifiée, le nez rougi, les yeux pleins de rose, d'orange, de bleu. Les couleurs de l'aube ont dessiné un sourire sur mes lèvres.

Il m'est venu un peu d'espoir, une touche de désir et tant d'émotions dont on ne se souvient jamais du nom. Les couleurs de l'aube ont composé un bouquet de joies sur mon cœur.

L'envie d'écrire est montée, quand j'ai pensé: "les couleurs de l'aube" comme le titre d'une histoire. L'histoire de quelques minutes, dans ma vie, un matin que j'allais déposer la merveille à l'école. Des secondes capturés par la beauté, pour m'offrir, le temps d'un regard, la douceur d'espérer.

mercredi 10 décembre 2014

Au jour le jour

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Tout ces pas que je fais vers la vie. Tout ces pas vers l'avenir. Concentrée sur le présent. Ne pas trop regarder en arrière, ne pas trop plonger dans les souvenirs de ce qui fût et qui n'est plus. S'accrocher au présent. Y chercher la simplicité, la paix, l'évidence, la fluidité. Laisser passer les montées de vague à l'âme, les montées d'angoisse, laisser passer l'épuisement, laisser la vie passer pas après pas. Ne pas regarder la ou ça fait encore plus mal. Tout ce qui manque, tout ce qui se désir et qui n'est pas. Juste l'instant présent.

Créer de nouveaux liens, rencontrer, vivre cette vie qui ne l'a pas connu, lui, le mort, le disparu. Aller de l'avant. Poser un acte après l'autre.

Ne pas regretter ce que je ne parviens pas à faire. Me contenter de ce qui est. Chercher des outils pour soulager mon corps apeuré. Continuer le chemin, mon chemin. Ma vie. Comme je peux, juste ça, comme je peux. Être la mère que je peux être pour la merveille, juste ça, celle que je peux être. Ne pas laisser la voix à ce que je veux, voudrais, pas la voie de la frustration. Se contenter de ce qui est, de ce que je peux. C'est bien déjà. Pas si mal en tout cas.

Ma vie aujourd'hui, juste aujourd'hui...

vendredi 5 décembre 2014

La mode morbide

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Hier, dans la salle d'attente de mon osthéo, je prend le premier magazine de la pile. Un magazine "Féminin"... D’ordinaire j'y trouve "des sciences et vie" et je regrette de n'avoir pas le temps de finir les articles. Celui-là avait du être sortie du fond de la pile. Bref, Sans y prêter une grande attention, je le feuillette, je vois défiler les photos de mode, et puis soudain je le referme brutalement. Quelque chose m'agresse dans ces photos. Pourtant elles sont comme toutes les photos de mode du moment. Je mets quelques secondes à mettre un mot sur ce qui m'agresse : morbide.

Voilà, je n'en peux plus qu'on nous vende que la beauté c'est ça. Maigreur, joues creuse, moue boudeuse, regard vide. Ce n'est même plus "soit belle et tais-toi", c'est "soit belle morte!"

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ça m'a évoqué cette vidéo

Les représentations de la beauté féminine ces 100 dernières années. Les années 90 à 2010 sont très révélatrices de cette tendance, pas tant dans le maquillage ou la coiffure que dans les poses et les moues. Les femmes ne sourient plus sur les photos. ça m'évoque les tableaux du 19ème exposé à Orsay ou l'on voit des portraits si triste que j'ai pensé que la vie à cette époque devait l'être et les portraits de femme notamment, que j'avais trouvé oppressant !

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Aujourd'hui ce n'est pas de la tristesse ni de l'enfermement, c'est la mort qui se peint sur les visages. Est ce que c'est vraiment représentatif de notre société contemporaine ?

En tout cas je n'en peux plus, de cette vision de la femme qu'on m'impose. J'aimerai voir de la vie dans vos photos Messieurs/Dames, photographe de mode ! De la vie ! Vous vous souvenez de ce que c'est ?

lundi 24 novembre 2014

Amarée basse

Texte inspiré par cette photo de Gilsoub
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Est ce le chemin parcouru
Qui s'offre à ma vue ?
Le chemin du passé
Dans le sable enlisé
Les traces du petit Poucet.

Je suis amarrée basse
L'amer qui n'efface
Aucune trace
Me glace

Est ce le chemin qui m'attend
A petit pas de géant ?
Le chemin vers
Ma route de terre
La trace d'un avenir qui s'apprend.

Je suis amarrée basse
L'amer qui n'efface
Aucune trace
Me glace

Est ce le destin
Qui a fait ce dessin ?
A qui sont ses pas
Dois je les suivre ou pas ?
Les traces de l'être humain.

Je suis amarrée basse
L'amer qui n'efface
Aucune trace
Me glace

Larguer les âmes marres
Il n'est jamais trop tard
Un dessin pour mémoire
Sur le sable en miroir

Je suis à marée basse
La mer efface
Sur le sable
Les pas
Des amants
Désunis...

vendredi 14 novembre 2014

Marcher vers l'harmonie

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Photo encore Gilsoub ;-)

La vie est ce qu'elle est. Pas toujours si belle, hein... Mais elle est ce qu'elle est. Et je l'aime quand même. J'ai un chemin devant moi encore. La vie ne m'attend pas. J'ai un travail à faire. Qu'est ce que je veux vraiment aujourd'hui ? La paix. La paix intérieure, le calme, la sérénité, appelez ça comme vous voudrez. Moi je trouve que la paix c'est bien. ça dit tout.

En bonne pragmatique que je suis, je cherche des nouveaux outils pour y parvenir. J'ai quelques pistes à explorer. J'ai besoin de sécurité affective. J'ai besoin d'apprendre à vivre mes émotions sans que mon corps en souffre autant. C'est un chemin qui m'attend, une longue route. Je l'écris pour ne pas oublier.

Je me connais un peu, je sais que je vais faire des détours et me perdre en route. Je sais que la souffrance de mon corps est l'expression de ma souffrance tout court. Je suis fatiguée de souffrir. Je sais que ce n'est pas finie et que la route est encore longue.

J'ai un but. Je veux être en paix. C'est un mantra. Je ne veux pas oublier que c'est là mon chemin. Chaque décision doit être prise à l'aune de cet objectif. C'est ma priorité, mon essentiel.

"Le chaos porte en lui le désir d'harmonie". On m'a dit ça un jour. Aujourd'hui c'est le chaos. Je veux marcher vers l'harmonie. C'est à cela que je veux employer mon énergie, marcher vers l'harmonie...

Marcher vers l'harmonie...

jeudi 6 novembre 2014

Des gens heureux

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Photo Gilsoub (une de mes préférées)

- Ou sont passés les gens heureux ?
- Es tu aveugle que tu ne les vois plus ?
- Ils me semblent loin, perdus dans la brume.
- C'est ton regard qui est embrouillé.
- Peut être, pas sure...
- Il faudrait que je te prête le mien.
- Oui, mais tu ne peux pas.
- Non, je ne peux pas.

(silence Bergmanien)

- Je vais passer une petite annonce.
- Pour quoi faire ?
- Pour trouver des gens heureux.
- Quelle drôle d'idée!
- Oui, elle est drôle, elle a le mérite de me faire rire.
- Elle te rend heureuse ?
- Elle me donne de l'espoir en tout cas.
- Tu dirais ça comment ?
- Un truc du genre : " Femme, encore jeune, veuve depuis deux ans et demi, cherche gens heureux.
- Qu'en feras tu si tu en trouves ?
- Je me laisserais contaminer.
- Tu croies que les gens heureux sont contagieux ?
- Oui.

(silence Bergmanien)

- Mais quoi, il suffirait de te dire "je suis heureux ?"
- Il faudrait me raconter.
- Quoi ?
- Ce qui fait qu'ils sont heureux.
- A quoi ça servirai ?
- A me rappeler que ça existe.
- Tu ne le sais plus ?
- Mon corps l'a oublié je crois...

(silence Bergmanien)

- Et c'est tout, juste te raconter ?
- Ben ce serait bien pour commencer.
- Pour commencer... Et ensuite ?
- Ben après, c'est une histoire d'ondes, d'énergie...
- Je comprend pas.
- Les gens heureux sont comme des soleils, ils nous réchauffent de leur présence.

(silence Bergmanien)

- Et toi, tu es malheureuse ?
- Je ne sais plus ce que je sens.
- Tu ne t'es pas demandé si tu n'étais pas contagieuse ?
- Que veux tu dire ?
- Tu n'a pas peur de contaminer les gens heureux avec ta brume ?
- J'ai peur qu'ils en aient peur et que ce soit ça qui les tiennent éloigné de moi.

(silence Bergmanien)

- Peut être que ton annonce n'est pas bonne.
- c'est à dire ?
- Peut être que tu ne devrais pas dire que tu es veuve.
- Pour ne pas les effrayer ?
- Oui.
- Non.
- Pourquoi non ?
- Je préfère que viennent à moi ceux qui n'ont pas peur, je n'ai pas envie de faire semblant.
- Peut être que ceux qui n'ont pas peur sont ceux qui savent que la vie est aussi une souffrance.
- Oui peut être.
- Sont ils heureux, ceux là ?
- Je ne sais pas, j'espère qu'il y en a, oui.

(silence Bergmanien)

- Mon annonce devrait peut être être plus précise ...
- Comment ?
- Un truc du genre : " Femme, encore jeune, veuve depuis deux ans et demi, cherche gens heureux, qui n'aurait pas peur.
- De quoi ?
- De moi, de ma vie, de mes émotions trop intense, de ma force, de mes failles béantes, de ma féminité, de la petite fille que je suis toujours, de mes contradictions, de ma franchise, de mes aveuglements, de ma lucidité, de mes désirs, de mes peurs.
- Ce n'est pas tant des gens heureux que tu cherches.
- Ah non ? C'est quoi ?
- Des gens qui t'aiment...
- Bien sur, des gens heureux qui m'aimeraient.
- Des gens ?
- Des gens pour commencer ...

jeudi 30 octobre 2014

Rêver

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Photo Gilsoub

Rêver de s'échapper,
De se faire la malle de sa vie.
Partir sans valise avec pour seule compagnie des bras ou me lover pour pleurer, rire, vivre.

Rêver d'une aparté,
Ouvrir une parenthèse sur un monde léger.
Ne pas oublier non, mais savoir se souvenir sans souffrir.

Rêver de fluidité
de facilité, d'évidence
Savourer l'absence de souffrance et gouter la simplicité d'une danse

Danser, danser
Rire comme un oiseau sort de sa cage
Dans le vent, s'envoler et se débarrasser de sa rage.

Rêver d'une danse
Douce et délicate comme une romance
Vivre une autre vie, une nouvelle vie, que tout commence...

dimanche 29 juin 2014

Un jour revenir

Un jour revenir
plutôt que partir
tu peux toujours fuir
Rien ne sert de courir

La douleur te rattrape
Ou alors tu l'embarques
C'est l'envie qui te happe
Quand La mort pose sa marque

Un jour revenir
plutôt que partir
tu peux toujours fuir
Rien ne sert de courir

Revenir du pays des chagrins
voyager sur un chemin de larmes
Lâcher la main, lâcher la main
Et déposer les armes

Un jour revenir
plutôt que partir
tu peux toujours fuir
Rien ne sert de courir

Reposer sans mourir
Seulement dormir
Cracher sa colère comme un rire
Oui, un jour revenir.

mardi 3 juin 2014

Harcèlement de rue

Ma grand mère qui était une femme très belle, m'a raconté qu'en vieillissant, le fait que les hommes ne se retournent plus sur elle dans la rue lui manquait, elle y voyait un hommage à sa beauté. J'essaie d'imaginer ce qu'était les quolibets de son époque et je l'imagine assez bien moucher le titi parisien qui dépassait les bornes. Était ce vraiment différent de maintenant ou ma grand mère avait elle juste intégré cela comme une telle normalité qu'elle n'en voyait pas les conséquences ? Était-ce une façon de me dire, "profite tant que ça dure"? Comment profiter de ce qui m'est pénible ?.
Ma mère, qui elle aussi était une très belle femme, me racontait que dans la rue elle se faisait interpeller parce qu'elle était rousse. Elle entendait des phrases comme " Et fais voir, c'est pareil en bas ?". Elle riait en me racontant cela. Et moi je me demandais ce qu'il y avait de drôle, est ce que je n'avais pas d'humour ? Le harcèlement de rue a t-il changé de visage ? Ou les femmes sont elles devenues plus consciente du prix de tout cela ?
Moi, quand j'avais entre 15 et 25 ans, je ne pouvais pas faire un trajet de métro sans être abordée, siffler, plusieurs fois. J'ai entendu des "tu mouilles salope" et des "vous êtes charmantes mademoiselle", je n'ai apprécié ni l'un ni l'autre. Le second est peut être pire, parce qu'avec son vernis de compliment, il cache la réelle motivation, qui n'était pas de me faire un compliment mais d'obtenir de moi une reconnaissance "oh mon dieu on m'a dit que je suis charmante, je dois vite remercier ce jeune homme en me jetant à son cou". Contrairement à ma grand mère, je ne crois pas devoir être reconnaissante du fait qu'on me trouve jolie, mais comme elle, j'ai plaisir à plaire. Je n'ai aucun plaisir à être abordée, reluquée, comme un morceau de viande. Il est très facile de faire la différence entre un regard lubrique et un regard admiratif.

J'entends beaucoup d'hommes ne pas comprendre la différence entre une drague et une agression. J'ai envie de dire que la drague est une agression. La drague est une chasse, il y a un prédateur et il y a sa proie. Ce n'est pas agréable d'être une proie.

Le charme c'est autre chose, la séduction c'est autre chose. J'ai vécu une fois un acte subtil de charme dans un bar. C'était si rare que je m'en souviens encore. J'étais avec une de mes sœurs, dans un bar Irlandais Parisien. Deux femmes seules dans un bar sont toujours abordés, le plus souvent comme des proies potentielles rarement comme des êtres humains. Cette fois là, il y a eu beaucoup d'imbéciles que nous avons éconduit avec plus ou moins de patience, plus ou moins d'humour et plus ou moins de subtilité selon le chasseur qui nous abordait. Mais un homme c'est comporté respectueusement tout en exprimant son admiration à notre égard. Il a demandé à un vendeur de roses de nous en donner une à chacune de sa part. Un peu interloquées nous avons commencer par craindre qu'il vienne à notre table pour réclamer "son dû de reconnaissance". Il n'en a rien fait, il a juste levé son verre en notre direction, comme un salut. Il est resté à sa table, il ne nous a pas parlé, il ne nous a rien demandé. Nous lui avons rendu son salut en levant notre verre, nous nous sommes même autorisées à sourire et nous sommes restées assise à notre table parce que c'est là qu'on avait envie d'être. On a eu le choix. Son geste était un compliment en effet, parce qu'il était gratuit, il n'a rien attendu et encore moins exigé de nous en retour.

La séduction est faite de complicité, la complicité n'est possible que dans le respect. Le dragueur ne se soucie que de son propre désir, et la plupart du temps supporte mal la frustration, c'est pour cela qu'il passe si facilement du "vous êtes charmante" à " sale pute". Un homme a le droit de trouver une femme jolie, il a même le droit de lui dire, il n'a pas le droit d'attendre d'elle quoi que ce soit en retour. C'est "cette attente" qui souvent même devient "une exigence" qui est intolérable. J'ai le droit d'être jolie, d'être séduisante sans avoir le devoir de satisfaire les fantasmes que cela génère. Je n'attend pas d'un homme séduisant croisé dans la rue qu'il me parle, qu'il boive un verre avec moi, qu'il me suce, sous prétexte que je lui ai fait l'honneur de le trouver séduisant.

Il est temps que ces hommes apprennent à gérer leur désir, leur fantasme, sans en faire porter le poids aux femmes qu'ils croisent. Il est temps qu'on exige de ces hommes qu'il laisse aux femmes la liberté d'être belle dans la rue, sans subir leur désir.

Je voudrais que ma fille, quand elle aura l'age de sortir sans moi, ait la possibilité de se promener dans la rue sans avoir peur. Je voudrais qu'elle n'ait pas a apprendre des techniques d'esquive et de soumission pour éviter les ennuis. Je voudrais qu'elle puisse marcher la tête haute, le cœur léger, et le sourire aux lèvres, libre d'être elle même, dans toute la puissance de sa beauté et de son charme sans en payer le prix. La liberté n'a pas de prix.

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dimanche 25 mai 2014

Colère

Réveillée tôt encore ce matin, bien que très fatiguée par un rhume que je traine depuis une semaine, je me suis dit " ce n'est pas grave, je vais rester trainer au lit et puis je ferais une sieste cet après midi "mode très philosophe quoi. Un peu plus tard, je ne sais pas pourquoi, j'ai commencé à avoir mal dans le cou, j'ai senti le torticolis pointer son nez. La colère a commencé à monter et la douleur avec, à moins que ce ne soit le contraire.

Colère d'avoir toujours un truc qui va pas, le dos, le rhume ou autre chose. Colère de ne plus savoir quoi faire pour que mon corps aille bien. Ou alors peut être que je ne sais pas faire, que je ne fais pas les choses comme il faut. Colère de me sentir faible, diminuée. Colère de me sentir comme une petite chose fragile qu' a toujours un bobo quelque part. Colère ! La vrai, celle qui donne envie de tout péter, de donner des coups de pied et de hurler, colère, rage !!

Je vais bien, dans ma tête je vais bien. C'est comme si mon corps ne voulait rien savoir, tétanisé dans sa peur. Je ne parviens pas à le rassurer. J'essaie, par plein de moyen, mais il est entêté ! Et je perd patience !!!! Et tandis qu'il a peur de vivre parce que la vie peut faire souffrir, il me fait peur en me faisant me sentir si fragile. Il me fait peur et il me met en colère. Je ne parviens pas à me reconnaitre dans ce corps qui n'en finit pas de souffrir. Souffrir, le bien grand mot pour ces petits bobos ! Juste suffisamment fort pour m'empêcher de faire ce que j'ai envide de faire, pas suffisamment fort pour me faire mourir. La paralysie, la tétanie, pas bougé ! J'ai beau lui dire que le danger est passé, il n'en croit rien, je crois. Il est tendu, contracté, vigilent jusqu'à la douleur. Sophrologie, massage, médecin du dos, n'y change rien. ça m'a juste permis de me rendre compte à quel point mon corps à peur. C'est pas rien, c'est sur, mais c'est pas suffisant.

Ne me reste que la patience, hein, c'est ça... Putain, c'est difficile la patience !

Et puis faut dire aussi que ce temps de merde ça n'aide pas pour le moral !

mardi 13 mai 2014

Qu'es tu devenu

Qu'es tu devenu ?

Un dialogue dans ma tête
l'odeur de tes cigarettes
Un vide, une absence
une éternelle présence

Qu'es tu devenu ?

Des souvenirs refoulés
à l'abri de mon passé
tout ce qui fait ton héritage
la couleur de mes paysages

Qu'es tu devenu ?

Le parfum d'un amour
la brume au levé du jour
Un rayon de soleil
Le regard d'une merveille

Qu'es tu devenu ?

Un gardien illusoire
Une larme d'un soir
Cette part de toi
qui vit toujours en moi

Qu'es tu devenu ?

Ma faiblesse et ma force
mon armure, mon écorce
Je sais, ou que tu sois
A jamais, tu es là.

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jeudi 17 avril 2014

Ce serait beau

Ce serait beau n'est ce pas de raconter un évènement heureux, une belle surprise. Je me souviens de l'effet de bonheur partagé quand j'ai annoncé que j'étais enceinte de la merveille après toutes ces années de doute sur ma "fertilité". C'était beau toute cette joie partagée.

Mais je n'ai rien de tel à raconter. Le grand malheur est passé lui aussi, laissant ses traces un peu partout. Un manque, une absence, mais même à cela on s'habitue finalement.

Je suis tombée malade. Un bon microbe bien costaud qui ne vous laisse pas le choix que de vous reposer. Il m'a fallu lâcher. Laisser faire les autres à ma place. 5 jours durant, une éternité. Je suis encore très fatiguée.

J'ai un tout, tout petit moral. j'ai pas peur, je ne suis pas angoissée. ça reviendra. C'est juste de la grande fatigue.

Je suis entourée, bichonnée. Une amie, ma belle-fille présentent à la maison ont fait le relais avec la merveille. ça va. Pas de grande catastrophe hein.

Mais j'ai un tout, tout petit moral. Une envie de pleurer. Un chagrin. C'est ça aussi lâcher. C'est laisser le chagrin couler encore un peu puisqu'il n'est pas tarit.

En même temps j'en ai marre de me plaindre. J'en ai marre de n'écrire que des histoires tristes. Alors oui, Ce serait beau n'est ce pas de raconter un évènement heureux, une belle surprise. ça ferait du bien.

Je suis fatiguée, là.

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Photo tiré du film Pina de Wim Wenders

jeudi 27 mars 2014

Ca veut dire quoi pour toi faire équipe ?

Me demande une amie en commentaire sur mon précédent billet. Et me voilà, à me triturer le cerveau pour faire une réponse qui soit le plus proche de ce que j’entends par "faire équipe".

D'abord je repense à ce que le formateur de mon initiation à l'art thérapie nous a dit : "Il n'y a pas de définition d'un mot "pour soi", si on parle pour soi, on ne parle pas avec les autres. Donc, toujours se référer au dictionnaire, c'est l'outil commun donc acceptable par tous".

Alors donc, je vais voir dans les dictionnaires et je trouve entre autre ces deux définitions qui correspondent bien à ce que c'est qu'une équipe "pour moi".

Équipe : Une équipe est un groupe d'individus partenaires dans un but commun.
Faire équipe avec quelqu'un : s'associer avec lui pour une entreprise commune.

Maintenant qu'on est tous d'accord, je vais me laisser aller à préciser mon extrapolation. J'utilise cette expression : "faire équipe", pour parler notamment de ma relation avec François. Je parle souvent de l'équipe que nous formions et du fait que ça me manque.

En employant cette expression, je pense aussi qu'une des choses qui me plait vraiment dans l'aviron (que j'ai commencé il y a six mois) c'est que c'est un sport d'équipe. C'est une très bonne allégorie de ma vision plus générale de "faire équipe".
Dans le bateau d'aviron on doit "faire équipe", ou encore "faire corps" avec les autres, sinon le bateau n'avance pas, sinon les sensations de glisse ne sont pas là, sinon c'est même très désagréable. La discordance, la non attention à l'ensemble est immédiatement sanctionnée par des sensations d'à-coups, le terme ramer prend sa couleur galère. Mais si on parvient à être vraiment ensemble, à "faire équipe", la récompense est immédiate, c'est plus facile, on sent le bateau glisser, ça devient fluide.

Au quotidien, "faire équipe" avec quelqu'un, "pour moi", c'est donner de la fluidité, c'est faciliter le mouvement de la vie. C'est avancer ensemble. Si je me réfère à la définition d'origine je dirais que "l'entreprise commune", le "but commun" c'est "la vie".

Dans ma vie avec François il y a un exemple que je reprend souvent. Quand l'un de nous deux "ramaient" l'autre répondait "ON va y arriver". De "tout seul", nous devenions une équipe dans ce "ON". Jamais il ne m'a dit : "tu devrais, t'as qu'à" ; souvent je lui ai rappelé : "je suis là pour partager ça aussi". Nous formions une équipe, cela rendait notre vie plus facile, plus fluide. C'était infiniment précieux.

J'ai toujours aimé ça "faire équipe". Je crois que dans le théâtre c'est mon éternelle quête et ma trop souvent grande déception. Le théâtre est fait d'individu avec des égos nécessairement très forts. Je dis "nécessairement" parce qu'il faut bien ça pour prétendre parler "à la terre entière". Quand ces grands fragiles et surdimensionnés d'égos parviennent à s'oublier dans le but commun qu'est de défendre une œuvre, c'est absolument magique. Quand ils n'y parviennent pas, ça peut être vraiment catastrophique.

Moi j'ai du mal à "faire équipe". Parce que j'ai peur d'être lâchée par mon/ma équipier/ère ou j'ai peur d'être dominée, écrasée par lui/elle. J'ai peur qu'il/elle soit trop fragile ou trop malveillant. Je crois souvent me mettre à l'abri de ce risque en me positionnant en leader. Je suis devenue metteur en scène par exemple. Mais j'ai appris à cette occasion, qu'en étant le leader, je sortais de l'équipe. C'est drôle, je me suis mise à créer des équipes et à m'en exclure histoire de bien confirmer ma peur.
Dans mes relations amicales, souvent, pas toujours, mais souvent, je me positionne comme la confidente voir la conseillère, j'essaie d'être disponible, à l'écoute etc... Mais je ne laisse pas beaucoup d'occasion à mes ami(e)s de me rendre la pareille. Je sais que c'est une façon (plutôt bienveillante heureusement) de dominer non pas l'autre mais la relation. Je me rééduque quotidiennement pour laisser à mes ami(e)s l'opportunité de me soutenir. Le deuil à ouvert quelques portes, j'étais dans un tel état que je n'avais pas trop le choix. Mais quelle peur j'avais de me sentir si fragile. Pourtant, je n'ai pas entièrement retenue la leçon. Je fais le constat conscient de tous les soutiens en tout genre que j'ai reçu. Je fais le constat conscient que je n'ai ni été abandonnée, ni été écrasée au contraire j'ai connu beaucoup de bienveillance, de solidarité. Pourtant, ma vieille peur est toujours aux aguets, c'est un travail continuel de rééducation que je dois faire sur moi-même.

Aujourd'hui, j'aspire à faire parti d'une équipe. Je veux des partenaires de jeux, des égaux et non pas des égos. Professionnellement, affectivement, je cherche ça. Ce n'est pas facile pour moi. François avait rendu ça facile. Mais il n'est plus là. Alors je me dis que je devrai peut être utiliser ce qu'il m'a appris, me faire d'avantage confiance et surtout accorder d'avantage ma confiance. ça ne se fera pas d'un claquement de doigts, mais si je porte mon attention là-dessus, peut être parviendrais je à me "rééduquer", petit bout par petit bout, poser des actes même anecdotiques dans ce sens et peut être finir par être rassurée...

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photo prise à l'occasion de la coupe de Noël, suis dedans, oui, oui

mardi 25 mars 2014

Lâcher l'autre

J'ai mal au dos

t'en as plein le dos ?

Oui

De quoi ?

De tenir, peut être, de porter probable...

Et ben lâche

C'est facile à dire hein.

T'as peur ?

Bien sur, toujours.

De quoi ?

De me retrouver toute seule.

T'en as pas eu la preuve encore que ça n'arrivera pas ?

Si, oui, c'est vrai.

Et ben alors ?

J'suis pas rassurée quand même.

Hum, c'est tout ?

Non, j'ai peur de m'ennuyer aussi.

C'est à dire ?

Si je ne porte plus, je vais faire quoi ?

Tu vas profiter

De quoi ?

De la vie

De la vie. C'est quoi la vie, ça consiste en quoi la vie ? C'est rien la vie. La vie c'est juste la vie. On peut très bien s'y ennuyer.

T'es pas sérieuse ?

Si.

Tu crois vraiment que si tu ne portes plus tu vas t'ennuyer ?

Je sais pas. En tout cas faut avouer qu'en ce moment ça m'occupe bien.

Bien ?

Mal peut être, mais ça m'occupe.

Et pendant que tu t'occupes des autres que fais tu de toi ?

Moi ? ben moi toute seule, rien. Y a rien à faire de moi toute seule.

Ah. Tu ne vis qu'a travers les autres ?

Non, pas à travers, avec les autres.

Être avec c'est pas les porter.

Ouais. Comment on est avec les autres alors ?

ça s'appelle le partage. Tu peux faire équipe avec eux.

Tu croies ?

Essaie. Qui ne tente rien n'a rien.

J'ai peur.

De quoi encore ?

J'ai pas confiance.

En qui ?

En eux. En moi. Les deux je crois.

Pourtant tu as déjà connu ça toi, "faire équipe". Tu sais que c'est possible.

C'est vrai. Mais peut être qu'il était exceptionnel. Peut être qu'il était une anomalie de la nature qui a rendu ça possible.

Et toi tu n'y serais pour rien ?

Rien sans lui.

C'était quoi son anomalie ?

Je ne sais pas. Il ne m'a jamais fait de mal même par inadvertance.

Tu es sure ?

Je le crois en tout cas. Je le ressens comme ça.

Comment l'as tu su qu'il ne te ferai jamais de mal ?

Je l'ai su.

Tu ne l'a pas testé un peu ?

Si c'est vrai.

Et ?

A chaque fois, il a répondu au delà de mes espérances.

Et bien teste encore avec d'autres. Va savoir...

Oui, bien sur. Va savoir

On n'est pas plus à l'abri des bonnes que des mauvaises surprises.

Oui. Mais tu vois, le facteur risque, je suis pas sure d'être prête à le prendre.

C'est pas toi qui dit " la vie est un risque permanent."

Oui, je le dis.

Prend un risque. Le seul vrai risque pour toi. Laisse les autres t'aimer même quand t'es chiante, quand tu vas pas bien. Laisse toi porter aussi. Change de chanson, lâcher, lâcher, lâcher, un jour et demain...

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Image de Elise Griffon trouvé pour illustré cet article que j'ai beaucoup aimé par ailleurs.

mercredi 19 mars 2014

Et pourtant, le soleil brille, ce matin

Et pourtant, le soleil brille, ce matin

Si triste, je me suis réveillée
que J'ai mis ma robe de chagrin.
Dans mon cœur mes larmes j'ai laissées
En attendant que vienne demain.

Et pourtant, le soleil brille, ce matin.

Hier, je sentais ce petit grain,
Je l'ai mis sur le dos de la pluie.
C'est facile de penser au crachin,
Facile de se cacher sous le gris.

Et pourtant, le soleil brille, ce matin.

M'enfuir de ma vie quand mes fêlures
me surprennent au détour du chemin
me faisant les sentiments plus dures
à éprouver. Oui, j'aimerai bien.

Et pourtant, le soleil brille, ce matin.

C'est comme ça, et on n'y peut plus rien.
En moi, il y a un vers brisé.
Et ces maux qui coulent par ma main
Ne pourront plus jamais s'effacer.

Et pourtant, le soleil brille, ce matin.

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mercredi 12 mars 2014

Petit dialogue de l'absurde

Qu'est ce que tu as à dire ?

Rien

Rien ? Pourtant, tu es là.

Oui.

Pourquoi ?

Pour être entendu.

Mais si tu ne dis rien ?

Le silence c'est déjà de la musique, non ?

Que dit-il ton silence ?

Je ne sais pas

Et tu voudrais que nous le sachions ?

Non.

Je ne comprend pas.

Je sais.

Pourquoi es tu là ?

Je te l'ai déjà dit, pour être entendu.

Qu'y a t-il à entendre ?

Tout.

Tout ? Et tu n'as rien à dire ?

Comment dire tout ?

Alors tu ne dis rien.

C'est ça, peut être.

Tout, c'est trop pour être entendu, non ?

Oui.

Et rien, ce n'est pas assez.

Ce n'est pas assez.

Alors ?

Alors écoutes.

Quoi ?

Nous avons beaucoup parlé.

Il ne m'en reste rien.

Ah ?

Nous n'avons rien dit.

Ah.

Rien d'essentiel.

Ahh

Rien d'important

ha, ha.

Tu ris ?

Oui.

Pourquoi ?

Parce que moi, je t'entend.

Oui, mais moi je parle.

Pour dire quoi ?

...

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