Carnets de brouillons

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vendredi 8 mai 2015

Beaucoup de mots pour presque rien

Derrière son rire, elle pensa: " quel est donc ce bastringue qui pense avoir un charme démoniaque, cet étranger dont la bouche ne me sert que des fariboles ? S'imagine-t-il que je vais gober son galimatias ? Je sens bien qu'il se croit maitre d'un jeu dont je n'ai pas tout deviné, mais tout cela finira dans un bain d'hémoglobine, je me laverai dans son sang ! " Elle donna l'ordre de servir la suite illico presto, elle voulait se retrouver seule pour établir son plan qui anéantirait ce faux jeton.

Le dessert la calma, le froid du sorbet s'insinua en elle, la glace vint éteindre le feu. Elle changea d'idée. Il fallait qu'elle l'observe plus longtemps. Cet homme était venu en ennemi, elle le sentait, elle devait prendre son temps. Elle demanda : "Quels sont donc vos talents Xénon, en dehors de votre voix et de votre sens de l'humour qui sont des armes certes utiles mais bien légère pour parcourir le monde comme vous semblez l'avoir fait ?"
- Je sais me battre, j'ai séjourné en Asie quelque temps
- Oh ! Vous faites du karaté sans doute ? Comme c'est mignon.
- Je pratique les Arts martiaux en général.
- Avez-vous déjà tué ?

La question était posé sur le même ton badin. Il observa ses yeux pour y discerner son intention, mais il s’aperçut qu'ils étaient faux eux aussi, elle portait des lentilles qui changeaient de couleur au gré de la lumière et lui donnait ce regard à la fois étrange et terrifiant. Il sentit qu'il avait commis une erreur, il était important qu'elle le prit pour un matou docile et ronronnant, il devait dominer son orgueil et flatter le sien. Néanmoins, cette erreur lui avait appris quelque chose.
- Non, je n'en ai jamais eu besoin.

Le silence s'installa jusqu'à la fin du repas. C'est alors qu'il lui offrit son cadeau. Chaque individu la voyant pour la première fois le devait. Elle mettait au défi ses invités de la surprendre. Ce qui arrivait rarement. Elle défi le paquet, son petit sourire de glace toujours sur ses lèvres. Qu'avait il bien pu imaginer ? Il était intelligent, pas suffisamment pour l'égaler mais tout de même. Partagée entre l'espoir et l'appréhension d'être enfin surprise, elle défit le défi. C'était une ombrelle de papier, la couleur était délavée, le bois du manche même pas sculpté. Une ombrelle pour la reine glacée, au pays des icebergs. Elle n'avait de précieux que son inutilité absolu. Elle aima ce cadeau et n'aima pas l'aimer.

Elle remercia sans chaleur et l'invita à quitter la table. Ils se retrouvèrent au Paradis. C'est ainsi qu'elle appelait cette salle, elle portait bien son nom. La magie résidait dans le fait que l'illusion d'être dans le ciel, installé sur des nuages était parfaite. D'ici, elle pouvait véritablement se prendre pour une déesse. Un quatuor à corde jouait quelque part, hypnotique. Il sentait une dangereuse mélancolie l'envahir. Il ne devait pas laisser ses émotions affleurer, il devait se souvenir qu'il était là pour ratiboiser sa mégalomanie, transformer cette mante religieuse en inoffensive sauterelle, couper une à une ses tentacules de tentatrice, réchauffer ce cœur froid et le briser.

Mais la musique, le paradis, un ululement doux et lancinant eu raison de sa vigilance. Il s'endormit. Elle le regarda longuement, abandonné, fragile, beau et se souvint avec regret qu'elle devrait fatalement le tuer.

Le lendemain, il se réveilla en sursaut. Il était dans une chambre, qui l'avait donc transporté ? Sa valise avait été défaite. On l'avait installé. Partagé entre la victoire d'être toujours en vie et d'avoir passé la première nuit et la défaite de s'être mis à sa portée si facilement, il commença la journée par une séance de méditation. Il devait sortir de lui le tumulte. Quand il revint de sa transe, il savait que c’était en restant humain qu'il l'atteindrait.

Dans la chambre, se tenait un homme si immobile qu'il en devenait presque invisible. Quand était il entré ? Il se présenta " Je suis votre... comment dire... majordome, pour la duré de votre séjour. Je me nomme Watt, comme l'énergie pas comme la question"

Il se regardèrent en silence, puis Xénon sourit.

-Bonjour Watt, où est servi le petit déjeuner ?
- Dans votre chambre Monsieur. Thé ? Café ?
- Café
- Monsieur est étranger à nos contrés n'est ce pas ?
- Cela vous pose un problème Watt ?
- Monsieur, je n'ai pas suffisamment de pouvoir pour avoir le moindre problème. Nous savons tous que la maitresse des lieux est Xénophile. Si monsieur est toujours parmi nous ce matin, c'est que monsieur a su se montrer suffisamment exotique pour retenir son attention. Formage blanc ? Yaourt ?
- Yaourt...

jeudi 16 avril 2015

Treize mots

Il avait ce teint olive qu'ont les hommes venant du sud, aussi exotique qu'un papillon dans cette contrée du grand froid. Il avait décidé de prendre ses quartiers ici. Jusque là sa vie avait été une grande ratatouille, délicieuse certes, mais aussi confuse. Il devait rester concentré, pas question de finir cette histoire en saucisson, Il ne devait pas se tourner vers son passé. Il était venu ici pour devenir le grand Ténor de la dame du froid, en apparence tout au moins. Mais il ne perdait pas de vue son objectif, le dernier ultimatum qui marquerait la fin de son voyage. Face à elle, pendant qu'il lui souriait, il sentait une vague nausée qu'il devait contenir. Le repas allait être servie, elle le convia à sa table. Au menu on y servait du Wapiti.

- Alors dîtes moi, Xénon, quel étrange nom, pourquoi vous appellent on ainsi ?
- C'est parce que je suis comme ce gaz du même nom, noble, inodore et incolore, inconnu, étranger, rare et le plus cher.

Elle rit de son rire de cristal, et cela le transperça.

- Je vous prenais pour un de ces Yankee, qui débarque chez nous en trop grand nombre, depuis la grande désertification de l'hémisphère sud. D’où venez-vous ?
- De partout et de nul part. Je suis le point zéro, l'origine d'une histoire dont on ne sait rien encore
- Vous cultivez le mystère.
- Non, madame, pas autant que vous. Je m'attendais à vous voir entourée de mille courtisans, comme le sont généralement les êtres de pouvoir. Souffriez-vous d'agoraphobie ?

Elle rit encore, mais cette fois le cristal de sa voix se brisa.

mercredi 1 avril 2015

Hebdo Ignorance Je Kapok Latitude Marionnette Nature

Elle croyait qu'il était arrivé là par hasard, mais il avait vu un article dans un hebdo, une caricature qui l'avait fait rire, sur la richissime diva. Il était ravi de son ignorance, car dans l'affrontement de cette première entrevue, Il était prudent qu'elle ne se doute de rien. Il dit "Je vous suis très reconnaissant de me recevoir". Son visage devait être fait de kapok pour réussir à ne rien exprimer à ce point. Mais il restait confiant. Il avait eu toute la latitude possible pour l'observer à loisir avant cette présentation. Il l'avait vu traiter son entourage comme les marionnettes de son jeu de vie en grande manipulatrice. Mais lui, connaissait sa vrai nature.

mercredi 25 mars 2015

Troisième phrase

366 Alphabétique. Aujourd'hui 7 mots imposés.

Elle le regarda de son air le plus affolant, barboter dans son inconfort, attendant la catastrophe imminente, celle qui lui donnerai l'occasion de faire valoir son pouvoir de démiurge absolu. Son élocution se faisait hésitante, lui le farfadet si plein d'assurance semblant venir d'une autre galaxie, sombrait aussi doucement que surement sous la coupe glacé de son coeur.

mercredi 18 mars 2015

Seconde phrase

J'ai du retard encore et toujours sur les 366 Alphabétique. Voici donc une deuxième phrase qui pourrait être la suite de la première. Ainsi de suite, peut être vais-je finir par écrire une histoire, de mots en mots imposés. ça m'amuse assez.

Cette Walkyrie des temps modernes, descendue tout droit du Nord, fille de Thor probable, avait les mains couvertes de Xanthomes. C'est pourquoi elle portait toujours des gants dessinés de façon étrange, comme un tatouage Yakuza, une seconde peau. Elle cultivait la peur avec esthétisme, Et alors qu'elle avait atteint le Zenith de sont art, lui, le vagabond, c'était présenté à elle.

samedi 14 mars 2015

La première phrase

J'ai du retard encore sur les 366 Alphabétique et ne suis pas encore revenu de mon voyage au pays du théâtre. Alors comme ça, la première phrase de ce qui pourrait être un polar, un roman de gare, à vous d'imaginer...

A son rire sardonique, il répondit par un regard ou la tendresse avait le son d'un ukulélé et la lumière d'un couché de soleil. C'était un vagabond, il en avait vu d'autre, comme elle, des reines de glace qui ne demande qu'à fondre.

mardi 10 mars 2015

Tague et mots

Ce cher Gilsoub m'a tagué !!!!! ça fait longtemps que je ne me suis pas pliée à ce genre d'exercice. ça me rappelle... C'était dans une autre vie. Comme je suis très en retard sur notre petit jeu des 366 Alphabétiques, je vais en profiter pour placer tout les mots de ces 6 derniers jours qui sont :

05 - Marguerite
06 - Naissance
07 - Océan
08 - Papier
09 - Quart
10 - Rastaquouère

D'abord la règle:
- Citer la (les) personne (s) qui vous a (ont) dénoncée
Fait
- Raconter 11 petits (ou grands) secrets sur soi
11 ? J'ai pas tant de secrets ! Je vais essayer...
- Répondre aux 11 questions posées
Pas de problème
- Dénoncer à son tour 11 blogs
Je fais pas dans la délation ;-) m'enfin j'en aurais bien une ou deux quand même.

Voici donc 11 petits secrets sur moi:
1- Je suis accroc au télé-crochet
2- Je ne peux pas m'endormir sans lire avant, même si souvent je ne me souviens pas de tout ce que j'ai lu, le lendemain. Je me suis mise à la liseuse et j'étais étonnée de ne pas regretter le papier
3- J'aime prendre un bain bien chaud et je lis aussi dans mon bain
4- Je peux arrêter d'écouter quelqu'un parce que j'ai vu un oiseau se poser sur une branche
5- J'aime les gens "différents", les Rastaquouères. La "normalité" m'ennuie. (Je sais, c'est affreusement mal, en plus ça veut dire quoi "différent", "normal" ?!)
6- Je n'aime pas les marguerites, je préfère les pâquerettes
7- J'ai un merveilleux souvenir de la naissance de ma fille mais j'ai pas aimé être enceinte
8- J'ai pas la main verte !!!! PAS DU TOUT !!!!
9- Je suis amoureuse de Colin Firth
10- J'ai besoin d’interaction pour me mettre en mouvement.
11- J'aime les comédies romantiques

Répondre aux 11 questions posées:

1- Alors heureuse ?
Peut mieux faire
2- Avec ou sans sucre ?
Un demi sucre dans mon thé. Je suis en sevrage progressif
3- Vous désirez quelque chose ?
Être embrassée par un amoureux
4- Puis-je vous aider ?
Je ne crois pas... Rire !
5- Kamasutra ou Marc Dorcel ?
Je ne connais pas le tiers du quart de ce dont il s'agit
6- Et dieu dans tout cela ?
Je m'en fou
7- Dernier coup de cœur ?
Une pièce de théâtre que j'ai vu à Tours qui s'appelle "Requiem". Drôle, tendre et terriblement vivante, alors que le sujet principal est la mort.
8- L’endroit le plus insolite où vous ayez fait l’amour ?
Les bois
9- Et c’était bien ?
Hum, hum
10- La question que j’aurais dû vous poser ?
Quand allez vous voir l'Océan ou le Mont St Michel ?
11- et sa réponse:
Au mois d'Aout. Ce serait possible ?

Alors si la Fille Silencieuse, la Petite Sorcière, Su ki, Aude Dîte Orium, veulent s'y coller...

mercredi 4 mars 2015

Les larmes de Kaoline

Je me sens kaoline après cette journée de travail. J'ai versé quelques larmes en rentrant. C'était tellement, trop, tant, et tout les superlatifs n'y suffiraient pas, intense. Entrer dans la chair de mon texte, qui est aussi la chair de ma vie. Jusque là, il était encore en gestation. Il est en train de naitre. A sortir par la bouche des acteurs, à se transformer par eux, en eux. Chaque coupes, chaque sacrifice de mots l'épure et le grandi. C'est beau.

Parfois surgi la pensée "c'est ça que j'ai écrit ?" il devient tellement plus grand que moi, que nous. Il devient Tous.

Je me sens kaoline et mes larmes sont venues avant les mots pour me dire, c'est beau le chemin de la sublimation.

Mot d'hier: kaolin, (ce sont des argiles blanches, friables et réfractaires, composées principalement de kaolinite, soit des silicates d’aluminium. Découverts à l’origine en Chine, ils sont à la base de la fabrication de la porcelaine.)
Mot d'aujourd'hui : Larme.

lundi 2 mars 2015

Mon jardin

Mon jardin attendra le printemps
Pas le temps, pas le temps

Je courre, je courre
Après les mots d'amour
Semés dans mon passé
Aujourd'hui récolté
Par la bouches des acteurs
Du bonheur, du bonheur

Mon jardin attendra le printemps
Pas le temps, pas le temps

J'écris à toute vitesse
Entre deux allégresses
Vite fait, mal fait
Tant-pis, dans les délais
Du jeu alphabétique
Un peu dans la panique

Mon jardin attendra le printemps
Pas le temps, Pas le temps.

(petit texte sans intérêt, pardon ;-) )

dimanche 1 mars 2015

L'ignominie.

Aujourd'hui premier mars, je me lance dans l'aventure d'un jeu de mots proposé par Gilsoub. Les 366 Alphabétiques. Il s'agit d'écrire un texte chaque jour en y incluant un mot imposé. Aujourd'hui "Ignominie".

Comme il le dit lui même dans son texte du jour, ce n'est pas un mot très engageant pour commencer, mais il n'est pas là par hasard. Notre époque nous en donne tellement d'exemples.

Ce mot "ignominie", qui si on le dépossède de son sens pour n'écouter plus que sa musique, est beau, presque trop pour ce qu'il veut dire. Cette beauté renforce t-elle la violence qu'il contient ou au contraire l'atténue t-elle ? Rend-elle plus audible l’indicible ? L'ignominie se dit elle ? se raconte t-elle ? S'écoute t-elle ?

Ce mot "ignominie" contient ma part de révolte, de nausée, de choc, d'incompréhension des évènements du monde, des évènements de la vie, sa cruauté, sa violence, sa part sombre, sa part d'ombre. Il a bien fallu un mot pour le dire. Mais quand on dit celui là, c'est qu'on ne peut plus dire les autres. C'est un cri : " c'est une ignominie !".

Aujourd'hui dans ce cri j'entends les gorges nouées au lendemain des attentats de Charlie Hebdo, je revois les visages ou je les imagine, des survivants. J'écoute ma révolte et ma compassion devant le témoignage d'une femme violée, d'un enfant martyrisé, ou d'un homme qui a dû tout abandonner pour sauver sa peau, par exemple...

Le monde est empli d'ignominie.

L'Ignominie est intolérable, d'ailleurs nous ne la tolérons pas. Nous détournons nos yeux d'elle. Nous l'oublions. Nous utilisons notre arme la plus facilement accessible, elle s'appelle le déni et c'est ainsi que nous y survivons, et c'est ainsi qu'elle peut continuer d'exister. Je dis "nous", s'y trouvera qui veux, je n'accuse personne de rien. Je sais juste que ça arrive suffisamment souvent pour que l'on puisse dire "nous, êtres humains".

Il faut beaucoup de courage pour regarder l'ignominie en face, et peut être même parfois faut-il l'appeler autrement pour pouvoir s'y opposer. L'ignominie désigne un acte qui a déjà été commis, c'est trop tard pour l'empêcher. Alors parfois on se raconte collectivement "plus jamais ça" et on se soigne à cette idée que plus jamais on aura à la voir. C'est un élan sincère, il dure plus ou moins longtemps mais le temps est l’ennemi de cette mémoire là et un jour, l'ignominie est à nouveau sous nos yeux. A croire qu'elle ne nous apprend rien.

L'ignominie est humaine, elle n'est pas monstrueuse, non, elle est humaine. C'est en chacun de nous qu'elle nous oblige à regarder, la pire parti de nous.

Heureusement pour l'être humain il existe un autre mot, "Sublime".

samedi 10 janvier 2015

J'irai marcher demain

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J'irai marché demain. J'irai pour moi qui ait besoin des autres. J'irai marcher avec ma fille, ma sœur, au milieu des mes frères et sœurs humains, pour me sentir vivante.

J'ai lu beaucoup de choses et d'avis contradictoires sur la marche de demain, mais si je n'ai pas hésité, c'est que je ne le fais pas pour le symbole, et même pas pour la liberté d'expression, je le fais pour moi. Pour me laver de ces jours d'horreurs, pour laver la haine, le sang, la peur, les larmes à l'amour. Une marche d'amour je vais faire. Je n'y vais pas pour les morts, j'y vais pour les vivants. J'ai lu l'interview de Luz, je comprends ce qu'il dit, des symboles et de la responsabilité et de l'opposition de Charlie Hebdo à tout cela. Mais j'irai marcher demain.

Je vais marcher pour le deuil et le deuil est une histoire de vivants, je le sais bien.

Je sais déjà que ça va être beau, et fort et émouvant. Je n'attend rien de plus de cette marche. Elle ne me promet rien, ni lendemains qui chantent, ni jours meilleurs. C'est juste une marche pour se faire du bien. On en a besoin de se faire du bien, une marche pour panser.

Plus tard, je ne sais pas quand, l'émotion se sera apaisée, alors il faudra plus qu'une marche pour penser, pour agir, pour changer...Mais j'irai marcher demain.

jeudi 8 janvier 2015

Je suis Charlie

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"Je suis Charlie" parce que je partage leur humanité, avant toute chose, en dehors de tout débat, de toute idéologie.

Je ne le lisais pas, je voyais passer des unes, qui me faisaient rire. Je les trouvais, irrespectueuses, impertinentes, provocatrices, tout ces mots qui sont, je crois, des compliments pour leurs auteurs. Mais surtout je les trouvais drôles.

C'est curieux, maintenant qu'ils ont été assassinés, je ressens avec une cruelle acuité la nécessité de leur existence. Hier, en France, des hommes ont assassiné d'autres hommes parce qu'ils dessinaient. Pas n'importe quels dessins, certes non. Des dessins qui représentaient notre liberté à tous de penser. Le droit au blasphème, ça me paraissait si évident, je ne savais pas que c'était précieux. J'ai appris dans mes cours d'histoires que des hommes sont morts à cause d'une religion qui leur défendait de penser ce qui n'était pas conforme à leur dogme. C'était de l'histoire.
En France, jusqu'à hier, on en était à se quereller avec des mots et à regretter parfois que trop de cons aient la parole.
Ces assassinats nous disent que Charlie avait raison, qu'il faut résister à l'obscurantisme, avec nos mots, nos dessins, nos images. C'est ici, c'est maintenant que ça se passe. Ces assassinats font de nous des résistants. Indignez-vous disait l'ancien.

Soyons irrévérencieux, insolents, impertinents, et drôles. Formons un bataillon de clown, nos nez rouges, nos crayons, nos photos, en guise d'armes à penser, à panser la plaie que ces assassins ont causé.

L'amour et l'humour pour solution...

lundi 29 décembre 2014

Aimer

Parfois j'ai l'impression d'avoir disparu. Qu'est-je fais de ma vie en fait ? J'ai dit à quelqu'un il y a peu que tout bien considéré j'avais passé l’essentiel de ma vie à aimer et à être aimé. Oui, en fait, c'est pour cela que j'ai tant écrit sur l'amour. C'est que ça m'a pris l'essentiel de mon énergie. C'est l'amour qui m'a le plus appris sur moi, sur les autres, qui m'a donné les joies les plus puissantes et les chagrins les plus violents. Et ce n'est sans doute pas par hasard, si à quatorze ans, quand j'ai découvert cette phrase de Musset "quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : " J'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui." j'en ai fait ma maxime.

Aimer... Pour certain c'est sans doute dérisoire, peu de chose, et même probablement idiot que de passer l'essentiel de son existence à cela. Qu'est ce cela en fait ? Rien, l'impalpable, le fugitif, l'indomptable, l'immaitrisable émotion... Pour certain , sans doute mieux vaux construire, bâtir, faire, et même je l'ai cru moi, j'ai cru que c'est ce que je faisais. Mais non, j'étais bien plus préoccupé par cette histoire qu'est l'amour.

Aimer... Pour d'autre c'est merveilleux, ce qu'il y a de plus beau etc...

Moi je ne sais pas, c'est comme ça que j'ai vécu, sans en avoir conscience véritablement et sans savoir vraiment pourquoi. Je ne porte pas de jugement ni positif, ni négatif, c'est comme ça que j'ai vécu, c'est tout.

Et puis il y a eu mon Il, puis il y a eu ma fille. Je me suis mise à écrire beaucoup, à vivre l'amour et à le raconter. Un pièce de théâtre d'abord, un roman ensuite. Puis il est mort. J'ai écrit encore cette douleur, ce chagrin qui faisait parti de cet amour.

Aujourd'hui j'ai parfois l'impression d'avoir disparu en même temps que lui, engloutie avec lui. Je sais que je suis vivante et je m’aperçois que je suis aimée. Mais cette impression tout de même d'avoir disparu est là comme un voile gris sur la lumière. Tout ce temps qui passe à attendre que ça passe. Je n'existe pas, pas vraiment. "La place que je me donne" m'a dit quelqu'un récemment, j'ai pleuré, mais je n'ai pas compris. Je ne sais pas comment, ni quand je pourrai revenir à la lumière, dans la vie, moi qui suis "tellement vivante", (je suis étonnée que c'est cela qu'on continue à voir en moi). Mon chagrin n'a pas encore fini de se pleurer. Je fais ce que je peux, de mon mieux pour continuer. Je n'ai pas beaucoup de force. Je suis si fatiguée. Parfois je commence une pensée par "j'aimerai..." que je ne finis pas, parce que ce que j'aimerai n'est pas, n'est plus. Je ne veux pas réveiller la douleur, la frustration. J'essaie de me contenter de ce qui est. Ce n'est pas rien, "ce qui est", c'est ce qui me tient. C'est ce qui me permet de faire des choix, de prendre des décisions. C'est ma fille, pour l'essentiel, c'est ma fille. Mais vous savez quoi, j'ai beau l'aimer plus que tout, elle n'est pas tout. Alors si j'osais je dirais que j'aimerai que quelqu'un me prenne dans ses bras. J'aimerai que quelqu'un prenne soin de moi. J'aimerai être amoureuse d'un être vivant, de chair et de sang et laisser le souvenir du mort devenir un sourire...

Après tout, c'est bientôt une nouvelle année qui commence. Si ce pouvait être une nouvelle vie...

lundi 15 décembre 2014

Les couleurs de l'aube

Ce matin le ciel ressemblait à un tableau de maitre. Le visage piqué par le froid, la tête rentrée dans les épaules et pourtant, toujours le nez en l'air, je me suis arrêtée pour contempler ces roses du soleil qui se lève. Du bleu rayé de nuages oranges, au dessus un moutonnement de gris foncé. Est ce que le mauvais temps va gagner aujourd'hui ? Qu'importe, à ce moment là de ma contemplation, c'était beau, alors...

Le givre avait mis ces paillettes de fête sur le toit des voitures. La merveille a crié "oh la lune !" petit croissant blanc découpé dans le bleu.

Je suis rentrée d'un pas léger, frigorifiée, le nez rougi, les yeux pleins de rose, d'orange, de bleu. Les couleurs de l'aube ont dessiné un sourire sur mes lèvres.

Il m'est venu un peu d'espoir, une touche de désir et tant d'émotions dont on ne se souvient jamais du nom. Les couleurs de l'aube ont composé un bouquet de joies sur mon cœur.

L'envie d'écrire est montée, quand j'ai pensé: "les couleurs de l'aube" comme le titre d'une histoire. L'histoire de quelques minutes, dans ma vie, un matin que j'allais déposer la merveille à l'école. Des secondes capturés par la beauté, pour m'offrir, le temps d'un regard, la douceur d'espérer.

mercredi 10 décembre 2014

Au jour le jour

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Tout ces pas que je fais vers la vie. Tout ces pas vers l'avenir. Concentrée sur le présent. Ne pas trop regarder en arrière, ne pas trop plonger dans les souvenirs de ce qui fût et qui n'est plus. S'accrocher au présent. Y chercher la simplicité, la paix, l'évidence, la fluidité. Laisser passer les montées de vague à l'âme, les montées d'angoisse, laisser passer l'épuisement, laisser la vie passer pas après pas. Ne pas regarder la ou ça fait encore plus mal. Tout ce qui manque, tout ce qui se désir et qui n'est pas. Juste l'instant présent.

Créer de nouveaux liens, rencontrer, vivre cette vie qui ne l'a pas connu, lui, le mort, le disparu. Aller de l'avant. Poser un acte après l'autre.

Ne pas regretter ce que je ne parviens pas à faire. Me contenter de ce qui est. Chercher des outils pour soulager mon corps apeuré. Continuer le chemin, mon chemin. Ma vie. Comme je peux, juste ça, comme je peux. Être la mère que je peux être pour la merveille, juste ça, celle que je peux être. Ne pas laisser la voix à ce que je veux, voudrais, pas la voie de la frustration. Se contenter de ce qui est, de ce que je peux. C'est bien déjà. Pas si mal en tout cas.

Ma vie aujourd'hui, juste aujourd'hui...

vendredi 5 décembre 2014

La mode morbide

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Hier, dans la salle d'attente de mon osthéo, je prend le premier magazine de la pile. Un magazine "Féminin"... D’ordinaire j'y trouve "des sciences et vie" et je regrette de n'avoir pas le temps de finir les articles. Celui-là avait du être sortie du fond de la pile. Bref, Sans y prêter une grande attention, je le feuillette, je vois défiler les photos de mode, et puis soudain je le referme brutalement. Quelque chose m'agresse dans ces photos. Pourtant elles sont comme toutes les photos de mode du moment. Je mets quelques secondes à mettre un mot sur ce qui m'agresse : morbide.

Voilà, je n'en peux plus qu'on nous vende que la beauté c'est ça. Maigreur, joues creuse, moue boudeuse, regard vide. Ce n'est même plus "soit belle et tais-toi", c'est "soit belle morte!"

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ça m'a évoqué cette vidéo

Les représentations de la beauté féminine ces 100 dernières années. Les années 90 à 2010 sont très révélatrices de cette tendance, pas tant dans le maquillage ou la coiffure que dans les poses et les moues. Les femmes ne sourient plus sur les photos. ça m'évoque les tableaux du 19ème exposé à Orsay ou l'on voit des portraits si triste que j'ai pensé que la vie à cette époque devait l'être et les portraits de femme notamment, que j'avais trouvé oppressant !

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Aujourd'hui ce n'est pas de la tristesse ni de l'enfermement, c'est la mort qui se peint sur les visages. Est ce que c'est vraiment représentatif de notre société contemporaine ?

En tout cas je n'en peux plus, de cette vision de la femme qu'on m'impose. J'aimerai voir de la vie dans vos photos Messieurs/Dames, photographe de mode ! De la vie ! Vous vous souvenez de ce que c'est ?

lundi 24 novembre 2014

Amarée basse

Texte inspiré par cette photo de Gilsoub
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Est ce le chemin parcouru
Qui s'offre à ma vue ?
Le chemin du passé
Dans le sable enlisé
Les traces du petit Poucet.

Je suis amarrée basse
L'amer qui n'efface
Aucune trace
Me glace

Est ce le chemin qui m'attend
A petit pas de géant ?
Le chemin vers
Ma route de terre
La trace d'un avenir qui s'apprend.

Je suis amarrée basse
L'amer qui n'efface
Aucune trace
Me glace

Est ce le destin
Qui a fait ce dessin ?
A qui sont ses pas
Dois je les suivre ou pas ?
Les traces de l'être humain.

Je suis amarrée basse
L'amer qui n'efface
Aucune trace
Me glace

Larguer les âmes marres
Il n'est jamais trop tard
Un dessin pour mémoire
Sur le sable en miroir

Je suis à marée basse
La mer efface
Sur le sable
Les pas
Des amants
Désunis...

vendredi 14 novembre 2014

Marcher vers l'harmonie

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Photo encore Gilsoub ;-)

La vie est ce qu'elle est. Pas toujours si belle, hein... Mais elle est ce qu'elle est. Et je l'aime quand même. J'ai un chemin devant moi encore. La vie ne m'attend pas. J'ai un travail à faire. Qu'est ce que je veux vraiment aujourd'hui ? La paix. La paix intérieure, le calme, la sérénité, appelez ça comme vous voudrez. Moi je trouve que la paix c'est bien. ça dit tout.

En bonne pragmatique que je suis, je cherche des nouveaux outils pour y parvenir. J'ai quelques pistes à explorer. J'ai besoin de sécurité affective. J'ai besoin d'apprendre à vivre mes émotions sans que mon corps en souffre autant. C'est un chemin qui m'attend, une longue route. Je l'écris pour ne pas oublier.

Je me connais un peu, je sais que je vais faire des détours et me perdre en route. Je sais que la souffrance de mon corps est l'expression de ma souffrance tout court. Je suis fatiguée de souffrir. Je sais que ce n'est pas finie et que la route est encore longue.

J'ai un but. Je veux être en paix. C'est un mantra. Je ne veux pas oublier que c'est là mon chemin. Chaque décision doit être prise à l'aune de cet objectif. C'est ma priorité, mon essentiel.

"Le chaos porte en lui le désir d'harmonie". On m'a dit ça un jour. Aujourd'hui c'est le chaos. Je veux marcher vers l'harmonie. C'est à cela que je veux employer mon énergie, marcher vers l'harmonie...

Marcher vers l'harmonie...

jeudi 6 novembre 2014

Des gens heureux

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Photo Gilsoub (une de mes préférées)

- Ou sont passés les gens heureux ?
- Es tu aveugle que tu ne les vois plus ?
- Ils me semblent loin, perdus dans la brume.
- C'est ton regard qui est embrouillé.
- Peut être, pas sure...
- Il faudrait que je te prête le mien.
- Oui, mais tu ne peux pas.
- Non, je ne peux pas.

(silence Bergmanien)

- Je vais passer une petite annonce.
- Pour quoi faire ?
- Pour trouver des gens heureux.
- Quelle drôle d'idée!
- Oui, elle est drôle, elle a le mérite de me faire rire.
- Elle te rend heureuse ?
- Elle me donne de l'espoir en tout cas.
- Tu dirais ça comment ?
- Un truc du genre : " Femme, encore jeune, veuve depuis deux ans et demi, cherche gens heureux.
- Qu'en feras tu si tu en trouves ?
- Je me laisserais contaminer.
- Tu croies que les gens heureux sont contagieux ?
- Oui.

(silence Bergmanien)

- Mais quoi, il suffirait de te dire "je suis heureux ?"
- Il faudrait me raconter.
- Quoi ?
- Ce qui fait qu'ils sont heureux.
- A quoi ça servirai ?
- A me rappeler que ça existe.
- Tu ne le sais plus ?
- Mon corps l'a oublié je crois...

(silence Bergmanien)

- Et c'est tout, juste te raconter ?
- Ben ce serait bien pour commencer.
- Pour commencer... Et ensuite ?
- Ben après, c'est une histoire d'ondes, d'énergie...
- Je comprend pas.
- Les gens heureux sont comme des soleils, ils nous réchauffent de leur présence.

(silence Bergmanien)

- Et toi, tu es malheureuse ?
- Je ne sais plus ce que je sens.
- Tu ne t'es pas demandé si tu n'étais pas contagieuse ?
- Que veux tu dire ?
- Tu n'a pas peur de contaminer les gens heureux avec ta brume ?
- J'ai peur qu'ils en aient peur et que ce soit ça qui les tiennent éloigné de moi.

(silence Bergmanien)

- Peut être que ton annonce n'est pas bonne.
- c'est à dire ?
- Peut être que tu ne devrais pas dire que tu es veuve.
- Pour ne pas les effrayer ?
- Oui.
- Non.
- Pourquoi non ?
- Je préfère que viennent à moi ceux qui n'ont pas peur, je n'ai pas envie de faire semblant.
- Peut être que ceux qui n'ont pas peur sont ceux qui savent que la vie est aussi une souffrance.
- Oui peut être.
- Sont ils heureux, ceux là ?
- Je ne sais pas, j'espère qu'il y en a, oui.

(silence Bergmanien)

- Mon annonce devrait peut être être plus précise ...
- Comment ?
- Un truc du genre : " Femme, encore jeune, veuve depuis deux ans et demi, cherche gens heureux, qui n'aurait pas peur.
- De quoi ?
- De moi, de ma vie, de mes émotions trop intense, de ma force, de mes failles béantes, de ma féminité, de la petite fille que je suis toujours, de mes contradictions, de ma franchise, de mes aveuglements, de ma lucidité, de mes désirs, de mes peurs.
- Ce n'est pas tant des gens heureux que tu cherches.
- Ah non ? C'est quoi ?
- Des gens qui t'aiment...
- Bien sur, des gens heureux qui m'aimeraient.
- Des gens ?
- Des gens pour commencer ...

jeudi 30 octobre 2014

Rêver

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Photo Gilsoub

Rêver de s'échapper,
De se faire la malle de sa vie.
Partir sans valise avec pour seule compagnie des bras ou me lover pour pleurer, rire, vivre.

Rêver d'une aparté,
Ouvrir une parenthèse sur un monde léger.
Ne pas oublier non, mais savoir se souvenir sans souffrir.

Rêver de fluidité
de facilité, d'évidence
Savourer l'absence de souffrance et gouter la simplicité d'une danse

Danser, danser
Rire comme un oiseau sort de sa cage
Dans le vent, s'envoler et se débarrasser de sa rage.

Rêver d'une danse
Douce et délicate comme une romance
Vivre une autre vie, une nouvelle vie, que tout commence...

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