Carnets de brouillons

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dimanche 26 juillet 2015

Jusqu'à Z

-Ce conte s'appelait, la belle au bois dormant...

Il vit une ombre passer sur son apparente sérénité. Elle prit la théière et fit le service du thé. Dans tout l'univers, il n'existait pas de geste plus gracieux que ceux qu'elle exécuta à ce moments là. Étonnante, envoutante, reine des glaces. Il allait reprendre le cours de l'histoire quand Watt surgit à nouveau. Xénon pensa " ce n'est pas possible, il a des antennes celui là, pour apparaitre toujours quand je prend la main" Watt dit :
-Madame vos vélocipèdes sont prêts.
- Merci watt. Savez vous pratiquer cet outil de déplacements ? Xénon ?
- Heu, oui, vélocipède ? Je ne m'attendais pas à en trouver chez vous ! Comment faites vous avec la glace ?

Elle rit.

- Il y a beaucoup de choses que vous ignorez mon cher. C'est notre activité du week-end. Une fois par an seulement nous avons ce plaisir, une faille météorologique, mais cela est mon secret...

Elle sourit et il frissonna. Il aurait bien bu une bonne rasade de Xérès pour se réchauffer le cœur. Elle gagnait toujours et il sentait son cœur se refroidir, mais elle n'était pas seule. Décidément il fallait qu'il se méfie d'avantage de ce Watt. Il n'était pas qu'un animal de foire, un yéti imaginaire, il était bien réel, et sans aucun doute dangereux pour la réussite de sa mission. Peut être devrait il commencer par l'éliminer. Il l'observa à la dérober et le vie prendre un petit comprimé, l'avaler puis disparaitre à nouveau. Il demanda:

- Quel est donc ce petit comprimé que Watt avale en cachette, le secret de sa capacité à disparaitre ?
- Oh vous avez remarqué cela ? Watt ne vas pas apprécier. Ce sont des comprimés de Zinc, indispensable à son organisme, il n'en existe plus dans l'alimentation naturelle ici. Aussi je lui fourni sa dose.
- Est ce ainsi que vous le gardez auprès de vous ?
- Vous alunissez mon cher, Watt est un être qui a choisi de rester, je ne retiens personne prisonnier.

Elle eu un sourire indéfinissable qui lui donna le sentiment d'une bise, un vent glacé sur sa joue. Clopin-clopant, il arriverait à ses fins, il fallait juste qu'il ne mette pas trop de temps, sinon, elle lui glacerait le cœur et il ne pourrait jamais plus repartir.

- Mais vous êtes un divin invité et je me réjouis de votre présence. Il y a en vous une part d'enfance fort intrigante. Fichtre, c'est rafraichissant, vraiment.

Et elle rit de plus belle. Le cœur de Xenon se serrait sous les coups de chaque éclat, il devait réagir, maintenant. Il dit :

- Sans vouloir faire le glouton, le petit déjeuné est vraiment trop petit pour un organisme tel que le mien, serait il possible d'avoir quelque chose de plus consistant à se mettre sous la dent ?

Elle marqua une hésitation, comme si elle pesait, chaque mots avant de donner sa réponse. Ce qu'elle fit alors parut incroyable aux yeux de Xénon. Un nuage de glace s'éleva et les entoura, il eu très chaud pourtant. Bientôt tout fût blanc et elle disparut à ses yeux. Il se sentait seul, mais son appétit de vivre devint encore plus féroce. Le nuage de glace retomba. Sur la table, un banquet de pains chauds, de croissants, de brioches encore fumantes et dont l'odeur lui fit verser une larme, rayonnait sur la table. Elle était assise tout près de lui et lui murmura à l'oreille.

- Jouissez tant qu'il est temps de ces mets délicieux.

Il eu envie de l'embrasser tant ces odeurs chaudes et sucrées et cette voix de miel qu'elle avait prise l'avait chaviré. Il voguait sur un ketch, embarqué dans un flot de désir qui montait en lui et telle une étrange levure faisait gonfler son cœur et brandir son mat. Puis elle disparu, ou plutôt elle s'effaça et tout fut perdu. Avait il rêver ? Il était totalement perdu. Il mit plusieurs minutes à se souvenir, ou il était, ce qu'il était venu accomplir et il se sentit démuni face à la puissance magique de cette reine glacée qui jouait de lui comme d'un instrument de musique. Sur la table, plus aucun met, elle était vide, banche immaculée, au centre de la nappe, un monogramme brodé dont il ne trouva pas le sens. Quel niais était il comparé à elle ! Son optimisme du début lui parut si ridicule. De ce rêve qu'elle avait provoqué, lui restait encore un parfum de cannelle...

Il était venu chercher querelle auprès d'une femme bien plus puissante que lui. Ce n'était qu'une répétition avant la grande bataille et il se sentait déjà vaincu. Si seulement, il pouvait trouver la faille ou plutôt avoir le temps de l'exploiter, si seulement le tintamarre de son esprit pouvait se taire ! Non, ce qu'il lui fallait c'est le moyen de lui mettre un uppercut, rapide et sans merci. Pas assez de temps pour un poison venimeux, ça, c'était son arme à elle. Mais il n'avait pas trouvé encore ce moyen. Il lui fallait de la solitude, un bon whisky et un peu de temps. Il devait soigner la Xérophtalmie dont il avait fait preuve depuis le début et faire face, les yeux grands ouverts sur la vérité de l’ennemie.

C'est alors qu'il entendit une voix sortie d'un passé disparu. Une femme chantait. De sa mémoire anthologique il reconnut Zizi Jeanmaire et le titre "Toto l'aristo". Etait ce encore une hallucination ? un message ? Venait il de son propre cerveau ou était ce encore un tour de la reine des glaces ?

jeudi 16 juillet 2015

Dernières heures à Montréal

Ce matin de bonne heure, la merveille et moi sommes allées nous promener dans la ville. Il n'y avait presque personne dans les rues, presque pas de circulation, il était 8h environ. Nous avons pu cette fois, profiter de la vieille ville et aller jusqu'au port. J'ai aimé cette promenade et décidément j'aime cette ville. Je ne sais pas pourquoi, ce n'est pas tant qu'elle soit belle, c'est... un mystère, un sentiment de bien être et de sécurité, oui, c'est cela un sentiment de sécurité. Pourquoi ? je ne saurai le dire. Illusion de touriste, ou réalité de la ville ? Je ne sais pas. Elle me fascine et en même temps je m'y sens chez moi.

Je me souviens quand j'étais petite mes parents m'avait offert un disque de Robert Charlebois, qui chantait "je reviendrai à Montréal". J'adorais cette chanson. Pourquoi ? Il y était question de l'hiver et des aurores boréales, que je n'ai pas vu. Mais peut être dans mon inconscient, quelque chose s'est gravé. C'est drôle de réaliser ses rêves de petites filles et de n'être même pas déçue, rire !

Je reviendrais à Montréal, oui, sans doute... J'espère...

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mercredi 15 juillet 2015

dixième et avant dernier jour Montréal

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Après avoir passé un petit moment en famille, la merveille et moi avons pris le pique-nique, la voiture et sommes montées sur le Mont Royal. De là on a une vue magnifique sur la ville. Le mont est une petite forêt, avec par endroit des prairies. Nous avons fait semblant de nous perdre dans les petits chemins. Nous avons contempler la ville. Nous avons mangé dans l'herbe en compagnie des écureuils et des corbeaux. La merveille a fait un cache-cache avec un écureuil, c'était très drôle.

Son plus grand demi-frère lui a offert plus tôt dans la matinée un diabolo, avec lequel elle s'est beaucoup amusée.

Nous avons écouté un joueur de flute traversière qui jouait une musique parfaite pour la sieste. Mais c'est notre dernier jour, demain soir nous rentrons, aussi nous voulions profiter encore et encore. Pas de sieste sur l'herbe donc.

Nous avons repris la voiture, direction le quartier Chinois puis le vieux Montréal. Nous avons connu les joies des embouteillages et des stationnements introuvables. Juste le temps de se promener un peu dans le quartier Chinois dont la merveille ne comprend pas pourquoi il y a un quartier spécial pour les Chinois et se demande si en Chine ils ont un quartier spéciale Amérique ou France . ça m'a fait rire et je n'ai su que répondre.

elle a grandi, murit, pendant ce voyage ! je vois la jeune fille se dessiner. Elle ne veut plus aussi facilement que je la filme ou que je la prenne en photo, je dois négocier son droit à l'image. C'est nouveau et je respecte ça. Ce matin, nous étions bien couverte car il y avait un vent frais mais nous avons croisé des gens en tee-shirt. Elle ma demandé si elle pouvait ôter son gilet parce qu'elle se sentait ridicule d'être trop couverte par rapport aux autres. Une conscience différente d'elle même, du regard des autres sur elle est en train de naitre. Et puis nous avons pris de bons fous rire aussi. j'adore ces moments de complicités, qu'on se fasse rire toute les deux ! c'est bon.

Je suis prête à rentrée en France. Quitter Les Escoumins c'était difficile, mais quitter Montréal. Pas de frustration, j'en ai profiter pleinement. Mais la merveille, elle, a trouvé que tout était passé trop vite, et regrette de devoir déjà rentrer. Je la comprend et je me dis que c'est le signe qu'elle a vévu et aimé pleinement son voyage.

Demain, il nous reste quelques heures avant de rejoindre l'aéroport ou nous devrons attendre, attendre, attendre... Avant de décoller vers la France.

Neuvième jour retour Montréal

Nous avons eu du mal à quitter notre chalet des Escoumins. La merveille ne voulait pas partir alors je lui ai dit "regarde tout bien, à fond, imprègne toi de chaque parcelle du paysage, du bruit des oiseaux, des vagues, de l'odeur de sel marin, pour bien te souvenir de tout et l'emporter avec toi" et c'est ce que nous avons fait, toutes les trois.

Puis nous avons pris la route, road trip, avec musique qui va bien. Les autoroutes sont gratuites, limitées à cent. De part et d'autre de la forêt, de la forêt et encore de la forêt, de temps en temps à l'approche d'une grande ville une zone commerciale. Parfois, étonnamment, juste à quelques mètres de l'autoroute, une belle maison.
Nous avons croisé des bikers sur des Harley Davidson, des camions comme on en voit qu'en Amérique du nord. Et oui, décidément tout est plus grand.

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Arrivées à Montréal, dans le même quartier, nouvel appartement, très beau, très grand. Demain, je serais en tête à tête avec la merveille tandis que la grande sera en tête à tête avec son grand demi frère. Puis jeudi, en fin de journée, se sera le retour vers la France...

En attendant, je vais me coucher. Suis crevée moi ;-)

mardi 14 juillet 2015

Lettre à François

Je suis venue dans ce pays avec tes filles, le pays de ton fils ainé qui se trouve être le pays de mon rêve d'enfant. Je suis venue ici avec elles parce que j'ai toujours su au fond de moi que la vie est belle et j'avais besoin de m'en re-souvenir et de le leur montrer.

Je me souviens, le jour de ton enterrement j'ai écrit ça : "je voudrais leur dire, n'oubliez pas que la vie est belle et l'amour en est la garant". Je savais déjà dans mon état de choc, que ce serait ça qui serait dur, se souvenir que la vie est belle...

j'ai eu si peur de ne pas réussir à m'en souvenir. Si peur de trainer avec moi la souffrance de ta perte jusqu'à la fin de mes jours et que ta mort m'ait volé ça aussi, le gout de vivre.

Mais, je suis dans ce pays, le Canada. Les baleines, font leur éternelle danse, j'ai ce bonheur d'y assister. La vie est là, partout autour de moi, plus que la vie, sa beauté m'entoure. Je la prend et je m'en gave !

Et je vais tenter autant possible, de me souvenir d'être là, dans chaque instant, comme je sais l'être ici. Parce que la vie est partout et si elle n'attend pas, elle ne demande qu'à se vivre...

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Huitième et derniers jours aux Escoumins

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Ce matin, après le petit déjeuné, crapahutage dans les rochers. Puis pour finir la matinée ensoleillée, bronzage sur la plage. Après le déjeuné, nous sommes allée à Tadoussac visiter le centre d'interprétation des mammifères marins. Nous y avons vu des squelettes qui ont fort impressionné la merveille. J'ai fait des photos mais elles ne sont pas encore chargées sur mon ordinateur. je ferais un album en rentrant.

Ensuite, nous avons écumé les boutiques souvenirs à la recherche des cartes postales et babioles à rapporter aux uns et aux autres. Puis nous avons gouter sur la plage face à la baie.
Là, j'ai laissé pour une demi heure les deux filles ensemble et je suis allée marché le long de la baie. Je me suis assise sur un rocher plat et chaud, j'ai regardé le paysage jusqu'à plus soif. Mon dernier jour ici, je voulais dire au revoir, pleinement, aussi intensément que ces quelques jours déjà passé.

Sur la route du retour, j'ai fait quelques détours. Arrêt sur un joli point de vue, un autre au bord d'un lac. Je n’arrêtai pas de me dire, voilà, c'est ça le Canada, le fleuve, la montagne, les forêts et les lacs, tout y est. Sauf les ours, rire ! Et les gens sont gentils ! On a toujours l'impression qu'on les connait depuis toujours. C'est tellement simple de se parler !

En rentrant au chalet, une belle surprise nous attendait. Le bal des baleines ! Toute la soirée, nous avons assisté a leur danse. Des rorquals encore pour commencer. Incroyablement près de la berge. On entendait leur souffle.
Elles ne montrent qu'une infime partie de leur corps immense, mais il y a dans cette oscillation une étrange fascination.
Je ne pouvais détourner mes yeux du spectacle. Une vrai féérie ! Puis, comme pour un bouquet finale, les bélugas sont apparus au loin. Taches blanches, immaculées, sur le bleu du fleuve. Ils ont fait leur défilé. ça a duré, duré, une danse infinie qui ne s'est arrêtée qu'avec la nuit.

Nous étions toutes les trois émues, moi sans aucun doute d'avantage que les autres. Mon cœur de petite fille s'est mis à battre très fort et quand ma fille m'a dit "merci maman pour ce voyage !" C'est comme si la petite fille que j'avais été me remerciait aussi.

C'était mon dernier soir près d'elles et j'ai eu droit à un adieu magnifique. je suis si reconnaissante de ce moment vécu. Si heureuse ! Si éblouie ! Je garde ça précieusement dans mon cœur. Et j'en laisse ici une trace indélébile. Là, à cet instant, ce soir là, si près des baleines, j'ai été heureuse !

lundi 13 juillet 2015

Septième Jour Les Escoumins Québec

Aujourd'hui c'était détente, farniente. La merveille à jouer sur la plage ce matin, dans les rochers et moi je suis restée allongée à écouter le vent, les oiseaux, à regarder le fleuve . j'ai eu la joie de voir un rorqual me faire signe à nouveau. Et j'ai pleuré un peu toute seule sur mon rocher. Je lâche prise. Toutes ces émotions accumulées, pas seulement depuis le voyage, depuis toujours ai je envie de dire. Parfois quand mon corps lâche prise, elles ressortent en larmes salés. Ce n'est pas grave, c'est de l'eau de vie, sans alcool, sourire...

L'après midi j'ai embarqué la merveille en ballade. On a exploré un nouveau chemin de rochers. Elle a trouvé un nouveau titre de livre pour notre aventure "Les chemins des aventurières". Elle adore crapahuter dans les rochers et je reconnais que moi, j'aime toujours ça aussi. En rentrant j'ai été prise d'un coup de fatigue ! Le grand air, les émotions, le lâcher prise. Je me suis sentie presque mal avant de réaliser que ce n'était que de la détente. Faut dire, ça fait longtemps hein que je n'ai pas lâché ! Mon corps était tout de langueur. Je n'avais plus de force du tout, plus rien, juste le besoin de m'allonger. La merveille a pris un livre et s'est installé sur le rockingchair chair, et moi je me suis assoupie sur le canapé. Une heure peut être...

Puis je me suis réveillée, elle est venue me faire un câlin sur le canapé et nous avons parlé. Le genre de conversation sérieuse sur la vie qu'elle affectionne en ce moment.

La grande est revenue de sa plage, nous avons joué au UNO pour faire plaisir à la petite puis nous avons diné.

Une journée de vacances banale somme toute qui pourrait avoir lieu n'importe ou. Sauf que je suis au canada et que tout ce qui m'entoure est beau. Je lâche, je lâche, je lâche et je vais dormir...

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dimanche 12 juillet 2015

Les baleines

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Ce pays est merveilleux, il a la douceur, la grâce, la beauté de ces baleines qui y passent et nous salut de leur chant. Je crois que j'ai été chaman indienne ici dans une autre vie, étrange sensation d'être rentrée à la maison alors que tout est si nouveau en même temps.

Je pourrai vous détailler cette journée, vous parler de l'accoutrement burlesque dont on nous a affublé pour monter sur le bateau, vous décrire l’appréhension de la grande qui n'aime pas être sur l'eau, l'impatience de la merveille. Vous décrire le bal des rorquals petits et communs, les petites tâches blanches que forment les bélugas sur l'horizon, les têtes de phoques sortis de l'eau tel des concierges de mer. Je pourrai et ça ne vous dirai rien. Il fallait y être pour éprouver cette émotion unique quand la nature se fait spectacle et qu'elle vous montre que vous lui appartenez.

Les baleines sont des danseuses, se sont elles les sirènes. De loin ou de près, ça n'a pas beaucoup d'importance, parce que je sens leur présence. Mon regard toujours appelé juste avant l'apparition, je ris, je cris là, là et la merveille suis mon doigt dans la seconde et s'exclame, "je vois !" Et les autres sur le bateau tournent leur appareil photographique toujours une seconde trop tard. (J'ai oublié le mien au chalet, acte manqué fort réussi. ça m'a permis de décider de ne pas en faire même avec mon téléphone.)

Quand le moteur du bateau se tait, au loin une légère brume nous donne la sensation de naviguer vers le pays des rêves. Les premiers dos de baleines apparaissent, oscillation infinie, danse océane. Tout est si calme. Mais je crois que le calme est surtout en moi, car j'entends bien à bord, un bébé pleurer, et d'autres gens parler. Mais c'est si calme.

Le voyage vers elles nous a bercé, la merveille s'est même endormi un moment. Elle savoure ce moment à sa façon. Je ris de sentir sa joie, son émerveillement. Elle ne sait pas encore vraiment la chance qu'elle a. Mais moi je le sais, c'est de mon age de le savoir.

Ce matin nous avons parlé de la mort de son papa, de ce que cela nous avait appris sur la vie. Je lui ai dit que les grands malheurs nous apprenaient quelques choses sur la vie et que moi j'avais appris de la mort de son père qu'il ne fallait pas attendre trop longtemps pour réaliser ses rêves et saisir l'occasion qui se présente. Peut être que s'il était vivant, nous ne serions jamais venu ici, cela serait resté un rêve, installé que nous étions dans notre vie. Mais le malheur de sa perte m'a réveillé. La vie est ainsi, c'est sa beauté et son paradoxe. Elle m'a écouté et elle m'a dit "Maman, je t'aime".

Son émotion à elle lui appartient, de même que l'émotion de la grande toute intérieure. Nous sommes ensembles mais nous sommes seules comme pour toutes les grandes émotions. Il faut que nous le soyons pour être entièrement tournées vers ces instants uniques. Plus tard, sur la terre ferme, et même peut être après la nuit, viendra le temps du partage.

Quand le bateau reprend le chemin du port, je verse une larme. Ce n'est pas l'adieu aux baleines mais la reconnaissance. Je pense " merci, dame nature, mère nature, de m'avoir accueillie en ton sein, de m'offrir ton spectacle. Tout peut être si beau et la beauté est un soin précieux. Merci, infiniment..." Une douce larme comme ce pays que j'aime et qui ne me quittera jamais même quand je reviendrais vers vous. J'emporte avec moi, inscrit dans mon cœur, tout ce qu'il m'a donné. Et mon cœur s'en trouve agrandit encore...

Ce texte est décousu et je ne veux pas le rapiécer. Il est ce qui devait sortir de moi pour aller vers vous. Je suis descendue du bateau il y a tout juste deux heures. J'écris face à la baie. Je lève les yeux, au loin un phoque vient de plonger. Je souris. Un oiseau vole au ras de l'eau, son reflet le suit. Je souris. La rive de l'autre côté du fleuve se distingue à peine tant elle est loin, et se confond avec le ciel. Je souris. Je pense à François, je souris. Je pense à l'avenir, je souris. C'est mon sourire que j’envoie vers vous tous qui me lisez depuis plus ou moins longtemps et qui avez reçu beaucoup de mes larmes. Mon sourire émue de femme vivante.

samedi 11 juillet 2015

Voyage vers les Escoumins

Ce matin nous avons quitter Québec après une dernière promenade dans la ville. Nous avons pris la route 138 qui longe le St Laurent un moment mais qui traverse aussi des forêts et des monts. L'émotion est montée de kilomètre en kilomètre mais curieusement cette fois est restée très intérieure.

Puis nous sommes arrivées au chalet. Comment vous dire... La magie, la beauté du lieu. Ici, je pourrai rester des mois à me prendre pour un grand écrivain. Le chalet est pourvu de grande baie vitrée qui donne sur la baie. La vue est à couper souffle.

Nous avons posé nos valises et la merveille a retrouvé son âme d'aventurière enthousiaste. Nous sommes allées crapahuter dans les rochers. Elle disait "Maman, ici c'est le paradis" ou encore " Merci maman !" On s'est fait des câlins en guettant pour voir si on ne voyait pas au loin apparaitre une baleine.

Puis nous sommes revenue vers le chalet.

Irrésistiblement attiré par la vue, mon regard ne cesse de se perdre dans l'horizon, quand soudain je la voie. Ma première Baleine, nous montre son dos et replonge, puis reviens caresser la surface de l'eau. J'appelle la merveille et la grande, elle a déjà replongé. Nous attendons. Une deuxième s'offre à nos regards. Le mien à 6 ans, quand j'ai essayé d'imaginer une baleine rentrer dans le préau de mon école. La merveille reste bouche bée ce qui est rare. La grande dit "oh mais c'est pas une baleine c'est tout petit". C'est un petit rorqual, qui gentiment s'annonce avec son souffle pour nous dire ou tourner nos regards. Puis plus rien, l'horizon blanchit, on ne peut plus distinguer le ciel de l'eau. La grande rentre dans le chalet. La merveille et moi restons là à contempler. Un son étrange, jamais entendu jusque là, nous parvient, doux et aigu, une musique en trois tons. Serait ce un chant de baleines ? Oui, je crois bien que oui.

C'est l'heure de faire à diner. Nous mangeons. La merveille va se coucher en me disant qu'elle va rêver des baleines cette nuit. Moi je ressors sur la terrasse du chalet. Il fait un peu froid, je mets ma polaire, je m'assois et je regarde. j'essaie de m’imprégner tellement de cette vue pour ne jamais l'oublier. Alors le bal des rorquals reprend. Je vois leur dos affleurer, j’entends leur souffle. Ils me disent bonsoir. Je les salut en pensée : "Merci. J'ai fait un long voyage pour vous rencontrer. Je suis heureuse. Demain, nous irons sur un bateau vous voir d'un peu plus près"

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vendredi 10 juillet 2015

Quatrième jour Québec

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Quelle belle journée c'était !

Ce matin promenade dans le vieux Québec, boutique souvenir, architecture ancienne (ne riez pas, Québec a tout de même 400 ans), nous étions bien, tranquilles. J'ai pu enfin faire quelques photos avec mon appareil photo et non pas avec mon tel, les piles ont finies par se charger. j'espère qu'elles tiendront la charge assez longtemps.

Après le déjeuné nous avons rencontré Carole, une amie virtuelle d'Akynou. Carole est simple, sincère, chaleureuse. Elle nous a fait la visite des points de vues sur le fleuve puis nous sommes allées chez elle, dans la banlieue. Là, c'est comme dans les séries américaines, les pavillons/villas, les pelouses magnifiques, mais surtout les arbres ! C'est calme, familiale, les enfants jouent au milieu de la route. Parfois on sent la mégalomanie dans les petites tours et les colonnes, parfois ce sont de petites maisons, toutes charmantes comme celle de Carole.

On a bu un verre dans le patio, assises sur la balancelle. On a parlé, de tout, de rien, de nos vies, un peu comme si on se connaissait depuis toujours. Je vous écrit et j'ai encore dans la tête la musique de son accent québécois, charmant, chantant et si tranquille.

Si un jour, j'ai l'occasion de revenir dans ce pays, je resterai plus longtemps pour prendre le temps de vivre un peu avec les gens d'ici.

Demain, nous reprenons la route en direction d'Escoumins ou nous séjournerons quatre jours.

jeudi 9 juillet 2015

Troisième jour Québec

Sur la route qui m'a mené de Montréal à Québec, il y a eu un instant, rien qu'à moi. La merveille à l'arrière un peu assoupie, la grande à mes côtés le casque sur les oreilles quand mon ipod a lancé Dust in th wind je me suis mise à pleurer. Voilà, ça y est, j'y suis, au Québec. Je l'ai réalisé ce rêve, avant de mourir, poussière dans le vent... ça n'a pas duré longtemps, juste le temps de la chanson. Une émotion de moi à moi, elles n'en n'ont rien vu, c'était très bien comme ça.

Nous sommes arrivées à Québec, fatiguées. La maison au plafond bas nous a paru un peu oppressante au début. nous avons mangé puis nous sommes allées faire des courses, la merveille allait mieux. Puis nous sommes allées marcher sur l'avenue St joseph, ses commerces, ses librairies, boulangeries, restaurants, bars. J'ai dit : ça te dirais pas une bière ? là, maintenant. Elle a dit oui (la grande hein, la petite est au jus de pomme) Nous sommes entrées dans ce bar, il y avait une tête d'élan accroché au mur, ça nous a fait rire. On a commandé une bière, un cidre et un jus de pomme. Quand les boissons sont arrivées, on a éclaté de rire. Un demi litre de bière, pas l'habitude. en France c'est une pinte je crois. Je l'ai bu, la grande m'a aidé un peu, le cidre canadien ne l'a pas convaincu. j'étais pompette, c’était drôle et agréable. On a pris des fous rire, pour rien, pour le plaisirs. c'était comme si le voyage commençait maintenant.

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Ici, il est maintenant pas loin de 21 heures. Tout le monde est couché. Je me suis faite au plafond bas et me sens bien, ici aussi. Tant que la merveille va bien, je me détends et je profite.

mercredi 8 juillet 2015

Deuxième jour à Montréal

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Quelle journée ! Après un réveil extrêmement matinal pour cause de décalage horaire. Merveille réveillée à 3h du mat heure locale, donc moi aussi vu que nous partageons la même chambre.

Matinée sympa, tranquille dans la maison, sur la terrasse en compagnie des écureuils. Vers 10h, le fils ainé de François passe nous prendre et nous partons à la découverte de la ville. Vers 12h, la merveille montre des signes de fatigue évident, se plaint d'avoir froid puis chaud. Je touche son front, elle est brulante. Nous décidons de rentrer à la maison. Je lui donne de l'advil, la fièvre descend à peine. Nous déjeunons.

Je passe l'après midi à angoisser. Que faire? Attendre, c'est peut être juste un coup de froid. Voir un médecin ? Ou ? Quand ? Comment ? En fin d'après midi je l'emmène dans ce qu'ils appellent ici une clinique, qui chez nous ressemble plutôt à un dispensaire. Nous attendons presque 2 heures, et nous avons de la chance. La visite me coute la modique somme de 130 dollars canadien (environ 90 euro) gloups !
La merveille se fait une infection de type angine. Le médecin prescrit un antibiotique. Elle devrait aller beaucoup mieux d'ici 48H

Demain nous prenons la route pour Québec, elle pourra dormir dans la voiture.

Malgré toutes ces angoisses liées au fait d'avoir son enfant malade dans un pays qu'on ne connait pas, je dois reconnaitre que tout le monde a été très gentils. Du fils de François à la personne qui nous loue sa maison, en passant par médecin et pharmacien. les gens sont d'une grande douceur ici. C'est étrange d'ailleurs de voir une si grande ville, sans percevoir l'agressivité, le stress, que l'on perçois à Paris par exemple. Il semble faire bon vivre à Montréal, comme ça, à première vu très rapide.

Les voyages ne se passent jamais comme prévu. j'avais pensé à plein de choses qui pourraient mal se passer, mais curieusement, je n'avais pas du tout pensé que la merveille pourrait être malade. Une autre façon de découvrir une ville ;-) L'essentiel, c'est qu'elle soit vite sur pied pour profiter au mieux de la suite du voyage...

mardi 7 juillet 2015

Premier jour à Montréal

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Première impression, c'est grand. Tout est grand. Les avenues, les buildings, les voitures, les camions. Ensuite, tout est simple. Des rues parallèles et perpendiculaires, on ne peut pas se perdre, c'est toujours tout droit.

Nous arrivons dans une jolie maison, toute en étage, assez typique pour le quartier. Une terrasse, un petit jardin avec un arbre immense et des écureuils.

La merveille est épuisée par le voyage, elle s'extasie mollement. Moi je suis sur-excitée. La fatigue du voyage, l'euphorire de l'arrivée.
Prendre la voiture de location après 7h d'avion, s'apercevoir que c'est une boite automatique, rire. Sortir le manuel, juste pour être sure et puis démarrer, se lancer sur ces routes inconnues, guider par un gps de téléphone. Se faire klaxonner parce que je roule lentement. Mes yeux ne s'habituent pas. voilà, ça y est j'y suis.

Le plus étrange me dira la grande, c'est qu'il parle Français et que les panneaux sont tous écrits en Français. c'est si différent par ailleurs.

Je suis allée toute seule faire quelques courses. Je me régale des voix et de leur accent. Je remercie la caissière qui me répond "c'est un plaisir": Dépaysement LOL

Ici, il est 19h39, en France il est 1h39 du matin ce qui veut dire que je suis éveillée depuis 20 heures environ.

Allez au dodo, demain l'aventure continue !

lundi 29 juin 2015

Tu sens l'histoire qui s'accélère ?

Dans 8 jours, nous décollons en direction du Canada. 10 jours en trois étapes : Montréal, Québec, Escoumins. Nous, c'est ma fille, ma belle fille et moi même. Je m'offre mon rêve d'enfant et je le partage avec elles. Les billets sont réservés depuis longtemps, ainsi que les logements, ainsi que la voiture.

J'ai une sensation très étrange mêlée de peur et de hâte. C'est fou comme la peur est toujours présente dès que j’entreprends quelque chose qui me tient à cœur. Je regarde celle là comme quelque chose d'un peu idiot, et je me répète " ça va être super".

J'ai une autre sensation étrange plus globale celle là. Si j'étais marin, je dirais "oh, le vent va tourner" comme si après avoir lutté dans la tempête puis patienté dans l'inertie, le voyage allait enfin reprendre. Le voyage de ma vie.

Hier je riais avec ma sœur en lui disant que mes neurones en étaient tout perturbés, je les imaginais comme des petits personnages habitant mon cerveau et criant " il se passe quelque chose dans sa vie !! tout le monde sur le pont ! faite passer le message ! " Et on a surenchérit la métaphore à se tordre de rire...

J'en dors mal la nuit. La chaleur sans doute mais aussi surement, mon corps qui se réveille a du mal à s'endormir la nuit venue. J'ai tellement dormi ! Il va falloir qu'il se réhabitue et retrouve son rythme, un nouvel équilibre...

Je repense à cette réplique dans "Merci la vie" De Bertrand Blier. Je crois que c'est Anouk Grimberg qui disait ça à Charlotte Gainsbourg, ou le contraire peut être, j'ai encore l'image dans la tête et cette petite voix qui dit "Tu sens l'histoire qui s'accélère ?..." C'est tellement ça...

lundi 22 juin 2015

Duel de y à r

Xénon entamait son deuxième jour au pays des glaces, et déjà il commençait à douter de sa capacité à accomplir sa mission. Elle était très forte, il avait été très présomptueux de penser qu'il la vaincrait facilement et repartirai libre vers sa destinée.

Mais il n'était pas abattu non plus. Il pensait en souriant "Il n'y a plus qu'à s'accrocher, yapluka, yapluka". Il en faisait une chanson légère et drôle pour se réchauffer le cœur. Elle le prenait pour un vulgaire Zinjanthrope. Finalement, ils avaient commis tous les deux la même erreur, sous-estimer son adversaire. Pourvu qu'il ne la détrompe pas, il aurait un avantage sur elle.

Le déjeuné se passa sans incident notable, il continuait de parler pour ne rien se dire, s'observant, se testant. Parfois elle voyait le regard de Xénon s'allumer de curiosité, aussitôt elle faisait machine arrière.

C'est au dessert qu'elle porta une nouvelle attaque: "Avez vous entendu parler de la chambre des béatitudes ?" Surpris, il se demanda quel était le rapport avec la choucroute, "décidément, c'est une coutume ici de passer du coq à l'âne dans une conversation", pensa t-il.

Watt surgit juste derrière Xénon et le fit sursauter. Cette façon qu'il avait d'être absolument discret , ses regards énamourés sur la reine des glaces, lui donnait des frissons et des sueurs froides. Cette femme avait dressé ce modimo-lima comme un toutou. Il avait fait le tour du globe terrestre mais n'avait jamais trouvé puissance aussi absolue, sur soi et sur les autres. C'était là le secret de sa force, le contrôle qu'elle exerçait sur elle même d'abord. Il savait que c'est là qu'il devrait frapper.

-Qu'est ce donc que cette chambre des béatitudes ? demanda t-il.

Lovée dans sa robe d'hermine, elle lui sourit. L'espace d'une demi seconde elle eu l'air d'une petite fille dont on venait de satisfaire le caprice.

-Vous n'avez jamais entendu parler de la chambre des béatitudes ? C'est impardonnable !

Puis elle rit a gorge déployée. Xénon ne comprenait rien et n'aimait pas cela du tout. Cette impardonnable joie sadique qu'elle avait à le maintenir dans l'ignorance commençait à lui taper sur les nerfs.

- N'êtes vous jamais allé à Katmandou ?
- Si bien sur
- Et vous ne savez ce qu'est la chambre des béatitudes ?
- Non
- Oh ... Cela aura donc disparu aussi. Tout s'éteint mon pauvre ami. Mais ici, dans la glace, nous conservons le monde et son histoire. Je vous montrerais ce soir cette chambre...
- Dois je prendre le terme "béatitude" au pied de la lettre ?
- Mon cher, ne prenez pas vos désirs pour des réalités, ce serait au mépris de votre intelligence. Il serait extrêmement négatif pour vous, de vous égarer dans cette voie.
-Quels sont donc, d'après vous, mes désirs ?
- Quels qu'ils soient vous les assouvirez dans l'onanisme ce soir...

Ils rirent tout deux ensemble pour la première fois. Mais cette parenthèse fut brève.

C'est Xénon qui passa à l'offensive cette fois.
- Vous souvenez vous de ce vieux conte ou une princesse, sous la malédiction d'une sorcière dormi cente ans après s'être piqué le doigt à une quenouille.
- Oui, je m'en souviens comme d'une vague réminiscence

Elle avait mordu à l’hameçon.

jeudi 4 juin 2015

Jour de deuil

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Le deuil, en sort on un jour de cette histoire là ? Voilà quelques jours que j'ai dû mal à respirer, parfois le palpitant qui s'affole et puis je pleure comme ça, comme ça vient, j'aurai presque envie de dire "sans savoir pourquoi" mais aujourd'hui ça fait trois ans qu'il est mort, alors bien sur, je me doute que c'est pour ça...

François me manque...

Vous souvenez vous de son rire, de son œil malicieux, de sa voix grave ?

Je me sens si seule. De cette solitude qui se souvient ce que c'était qu'être deux...

mardi 2 juin 2015

Des mots étranges dans une étrange histoire

Xenon pensa :"quel drôle de Zigoto, ce Watt. Il faudra le surveiller de près. Surement un espion".

Après son petit déjeuné, il vérifia que toutes affaires étaient là. Tout y était. Mais de toute façon, ils ne pourraient lui dérober l'essentiel, l'algorithme qui lui permettrai d'emporter la victoire à coup sur. Celui là, était caché dans sa tête.

Sur le rebord de sa fenêtre, un crapaud baveux croassais. Étrange et inattendu cette présence au pays des glaces. Il s'approcha, derrière lui, Watt dit :"
-Oh, vous avez fait la connaissance de Chéri ?
- Chéri ?
- Oui, curieux nom pour un crapaud, je sais. Mais il a une faculté toute particulière, il apparait et disparait comme bon lui semble. Elle l'adore.
-Diantre ! Voilà une curieuse faculté !

Et se retournant vers la fenêtre, il s’aperçut, qu'en effet, Chéri avait disparu. Ce n'était donc pas les élucubrations d'un serviteur trop zélé.

- Elle vous demande monsieur.
- Bien assez farniente pour aujourd'hui. Allons y !

En traversant les corridors glacés, il comprit que ceux-ci formait un labyrinthe dans lequel il serait incapable de se déplacer seul sans se perdre. Son cœur battit plus fort, il ne devait pas laisser la gangrène de la peur gagner du terrain. Il se força à respirer, focalisant sa pensée sur son prochain face à face, il se rendit hermétique à toute autre image.

Enfin ils débouchèrent dans la salle du trône. Elle était là, laide et magnifique à la fois. Watt avait disparu à son tour. Ils étaient seuls à nouveau. Elle dit :
- Quel est donc votre jeu ?
La question le prit au dépourvu
- Mon Jeu ?
- Votre jeu ! N'est ce pas pour cela que vous êtes venu ? Pour jouer ?
- Madame, je suis venu pour chanter, je suis ténor.
- Oui, oh, je n'ai pas besoin d'un ténor de Karaoké !

L'insulte le gifla aussi surement que s'il l'avait reçu de sa main. Son orgueil léonin ne résista pas, il se mit à chanter comme jamais il ne l'avait fait. Il voulait l'éblouir, lui fermer la bouche et lui ouvrir le cœur. Voilà, l'assaut avait commencé.

Elle le regardai chanter, magnifique et obscure, elle sentit un pincement de vie parcourir sa chair. Elle s'enferma dans son cœur de glace. Rien ne devait l'atteindre, certainement pas se faiseur de méchoui ! Ses nébuleuses motivations pour venir jusqu'à elle méritait encore d'être éclaircie. Il était dangereux, elle le savait, mais ne savait pas encore comment. Son omniscience se trouvait limité, elle détestait cela, elle adorait cela. Là était le danger ! Paradoxe de sa vie glacée, obnubilée de maitrise, rien ne la chavirait tant que ce risque, perdre le contrôle. Mais alors, qu'adviendrait il ?

Watt apparut à cet instant.
- Madame, Monsieur, je dois m'enquérir auprès de vous de ce que vous aimeriez pour le déjeuné. La cuisinière à prévu de faire des quenelles, mais j'ai pensé que ce n'était peu être pas assez glorieux pour recevoir Monsieur.

Xénon, interrompu dans son chant, en avait le souffle coupé ! Interrompu pour une histoire de quenelles ! Quel était donc ce stratagème ?

Elle sourit, ce bon vieux Watt, il avait toujours l'art de dire des choses banales et inattendues ! Lui au moins lui était totalement dévoué. Elle planta son regard dans celui de Xénon et dit :
- Votre chant vaut il plus qu'une quenelle ?
Il comprit alors, qu'il avait perdu cette manche, la deuxième. Elle ne serait pas si facile à atteindre.

Il sourit gracieusement, et répondit : " tant qu'on parle de nourriture et que cela n'est pas le signe de ralliement pour une éventuelle ratonnade ! Je mangerai volontiers des quenelles."
Elle sourit à son tour, il avait le secret pour n'avoir jamais l'air vaincu. Grande était la tentation de l'écraser, aussi grande que l'espoir qu'il saurai résister. L'union de leur force pourrait ... Mais non, elle ne devait pas y songer. De glace elle était, de glace, elle devait rester.

C'est alors que Watt repris la parole :
- Je dois vous demander monsieur si vous avez déjà eu la varicelle ?
- Pardon ?

Décidément il avait l'art de surprendre.
- Avez vous déjà eu la varicelle ? la fille de la cuisinière en est atteinte, je ne voudrai pas que monsieur s'en trouve incommodé.
- Oui, je crois que je l'ai déjà eu.
- Je vérifierai pour vous sur le web, si vous me donner l'accès à votre dossier santé.
- Je m'en occuperai moi même Watt.

Watt disparut à nouveau.

Elle dit : "j'espère que vous n'êtes pas xénophobe vis à vis des modimo-lima"
-Des quoi ?
- Oh, vous ne connaissez pas ce peuple ? J'aurai cru, vous qui venez du sud. Les modimo-lima sont des êtres qui ont la faculté de disparaitre aux yeux de chairs. Watt est l'un d'eux. Il est arrivé ici il y a quelques années, avec Chéri en cadeau. Vous avez déjà rencontré Chéri.
- Oui, en effet.
- Il est arrivé un peu comme vous, étranger, aventurier. Puis il est resté.
- A votre service.
- A mon service, c'est ce qu'il m'a proposé en arrivant. Tout comme vous, non ?

vendredi 8 mai 2015

Beaucoup de mots pour presque rien

Derrière son rire, elle pensa: " quel est donc ce bastringue qui pense avoir un charme démoniaque, cet étranger dont la bouche ne me sert que des fariboles ? S'imagine-t-il que je vais gober son galimatias ? Je sens bien qu'il se croit maitre d'un jeu dont je n'ai pas tout deviné, mais tout cela finira dans un bain d'hémoglobine, je me laverai dans son sang ! " Elle donna l'ordre de servir la suite illico presto, elle voulait se retrouver seule pour établir son plan qui anéantirait ce faux jeton.

Le dessert la calma, le froid du sorbet s'insinua en elle, la glace vint éteindre le feu. Elle changea d'idée. Il fallait qu'elle l'observe plus longtemps. Cet homme était venu en ennemi, elle le sentait, elle devait prendre son temps. Elle demanda : "Quels sont donc vos talents Xénon, en dehors de votre voix et de votre sens de l'humour qui sont des armes certes utiles mais bien légère pour parcourir le monde comme vous semblez l'avoir fait ?"
- Je sais me battre, j'ai séjourné en Asie quelque temps
- Oh ! Vous faites du karaté sans doute ? Comme c'est mignon.
- Je pratique les Arts martiaux en général.
- Avez-vous déjà tué ?

La question était posé sur le même ton badin. Il observa ses yeux pour y discerner son intention, mais il s’aperçut qu'ils étaient faux eux aussi, elle portait des lentilles qui changeaient de couleur au gré de la lumière et lui donnait ce regard à la fois étrange et terrifiant. Il sentit qu'il avait commis une erreur, il était important qu'elle le prit pour un matou docile et ronronnant, il devait dominer son orgueil et flatter le sien. Néanmoins, cette erreur lui avait appris quelque chose.
- Non, je n'en ai jamais eu besoin.

Le silence s'installa jusqu'à la fin du repas. C'est alors qu'il lui offrit son cadeau. Chaque individu la voyant pour la première fois le devait. Elle mettait au défi ses invités de la surprendre. Ce qui arrivait rarement. Elle défi le paquet, son petit sourire de glace toujours sur ses lèvres. Qu'avait il bien pu imaginer ? Il était intelligent, pas suffisamment pour l'égaler mais tout de même. Partagée entre l'espoir et l'appréhension d'être enfin surprise, elle défit le défi. C'était une ombrelle de papier, la couleur était délavée, le bois du manche même pas sculpté. Une ombrelle pour la reine glacée, au pays des icebergs. Elle n'avait de précieux que son inutilité absolu. Elle aima ce cadeau et n'aima pas l'aimer.

Elle remercia sans chaleur et l'invita à quitter la table. Ils se retrouvèrent au Paradis. C'est ainsi qu'elle appelait cette salle, elle portait bien son nom. La magie résidait dans le fait que l'illusion d'être dans le ciel, installé sur des nuages était parfaite. D'ici, elle pouvait véritablement se prendre pour une déesse. Un quatuor à corde jouait quelque part, hypnotique. Il sentait une dangereuse mélancolie l'envahir. Il ne devait pas laisser ses émotions affleurer, il devait se souvenir qu'il était là pour ratiboiser sa mégalomanie, transformer cette mante religieuse en inoffensive sauterelle, couper une à une ses tentacules de tentatrice, réchauffer ce cœur froid et le briser.

Mais la musique, le paradis, un ululement doux et lancinant eu raison de sa vigilance. Il s'endormit. Elle le regarda longuement, abandonné, fragile, beau et se souvint avec regret qu'elle devrait fatalement le tuer.

Le lendemain, il se réveilla en sursaut. Il était dans une chambre, qui l'avait donc transporté ? Sa valise avait été défaite. On l'avait installé. Partagé entre la victoire d'être toujours en vie et d'avoir passé la première nuit et la défaite de s'être mis à sa portée si facilement, il commença la journée par une séance de méditation. Il devait sortir de lui le tumulte. Quand il revint de sa transe, il savait que c’était en restant humain qu'il l'atteindrait.

Dans la chambre, se tenait un homme si immobile qu'il en devenait presque invisible. Quand était il entré ? Il se présenta " Je suis votre... comment dire... majordome, pour la duré de votre séjour. Je me nomme Watt, comme l'énergie pas comme la question"

Il se regardèrent en silence, puis Xénon sourit.

-Bonjour Watt, où est servi le petit déjeuner ?
- Dans votre chambre Monsieur. Thé ? Café ?
- Café
- Monsieur est étranger à nos contrés n'est ce pas ?
- Cela vous pose un problème Watt ?
- Monsieur, je n'ai pas suffisamment de pouvoir pour avoir le moindre problème. Nous savons tous que la maitresse des lieux est Xénophile. Si monsieur est toujours parmi nous ce matin, c'est que monsieur a su se montrer suffisamment exotique pour retenir son attention. Formage blanc ? Yaourt ?
- Yaourt...

jeudi 16 avril 2015

Treize mots

Il avait ce teint olive qu'ont les hommes venant du sud, aussi exotique qu'un papillon dans cette contrée du grand froid. Il avait décidé de prendre ses quartiers ici. Jusque là sa vie avait été une grande ratatouille, délicieuse certes, mais aussi confuse. Il devait rester concentré, pas question de finir cette histoire en saucisson, Il ne devait pas se tourner vers son passé. Il était venu ici pour devenir le grand Ténor de la dame du froid, en apparence tout au moins. Mais il ne perdait pas de vue son objectif, le dernier ultimatum qui marquerait la fin de son voyage. Face à elle, pendant qu'il lui souriait, il sentait une vague nausée qu'il devait contenir. Le repas allait être servie, elle le convia à sa table. Au menu on y servait du Wapiti.

- Alors dîtes moi, Xénon, quel étrange nom, pourquoi vous appellent on ainsi ?
- C'est parce que je suis comme ce gaz du même nom, noble, inodore et incolore, inconnu, étranger, rare et le plus cher.

Elle rit de son rire de cristal, et cela le transperça.

- Je vous prenais pour un de ces Yankee, qui débarque chez nous en trop grand nombre, depuis la grande désertification de l'hémisphère sud. D’où venez-vous ?
- De partout et de nul part. Je suis le point zéro, l'origine d'une histoire dont on ne sait rien encore
- Vous cultivez le mystère.
- Non, madame, pas autant que vous. Je m'attendais à vous voir entourée de mille courtisans, comme le sont généralement les êtres de pouvoir. Souffriez-vous d'agoraphobie ?

Elle rit encore, mais cette fois le cristal de sa voix se brisa.

mercredi 1 avril 2015

Hebdo Ignorance Je Kapok Latitude Marionnette Nature

Elle croyait qu'il était arrivé là par hasard, mais il avait vu un article dans un hebdo, une caricature qui l'avait fait rire, sur la richissime diva. Il était ravi de son ignorance, car dans l'affrontement de cette première entrevue, Il était prudent qu'elle ne se doute de rien. Il dit "Je vous suis très reconnaissant de me recevoir". Son visage devait être fait de kapok pour réussir à ne rien exprimer à ce point. Mais il restait confiant. Il avait eu toute la latitude possible pour l'observer à loisir avant cette présentation. Il l'avait vu traiter son entourage comme les marionnettes de son jeu de vie en grande manipulatrice. Mais lui, connaissait sa vrai nature.

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