Warning: Parameter 1 to googlestuffPublicBehaviours::publicHeadContent() expected to be a reference, value given in /home/fbgtel/public_html/lucecolmant.com/root/inc/core/class.dc.core.php on line 317

Carnet de brouillons

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

vendredi 14 mai 2010

Le voyage de Cali

La maison brûle. Papa est parti faire la guerre quelque part au delà du désert. ça fait longtemps que je ne l'ai pas vu. Je ne suis pas sûre de me souvenir de son visage. Maman est allongée par terre, sur le dos. Il y a une tache rouge, sur son front, qui coule. La tache pénètre dans le sable en y dessinant un lion.
Je m'appelle Cali, je porte mon petit frère sur mon dos.
La maison brûle, il faut partir, maman. Maman pleure et ne se lève pas. Je m'approche. Maman respire encore, elle n'est pas morte. Je sais ce que c'est la mort, je l'ai déjà vu quand ils sont venus pour prendre mon frère, le grand. Je me souviens très bien du sourire qu'ils ont dessiné sur sa gorge et du rire écarlate qui a jailli sur nos corps. Maman pleure et ne se lève pas, il faut partir maman.

Je marche dans le désert, mon petit frère sur mon dos. On m'a dit qu'en allant tout droit vers le soleil couchant je trouverai des gens, de la nourriture et de l'eau. Alors je marche en portant mon petit frère sur mon dos. Maman est resté la bas, avec la tache rouge qui dessine le lion. Part, marche, je te suis, bientôt... Je marche depuis longtemps maintenant, je ne veux pas me retourner, je pense que maman est derrière et qu'elle va nous rattraper. Si je me retourne c'est que je ne crois pas, si je ne crois pas, je jette le mauvais sort sur nos vies. Je marche dans le désert, mon petit frère sur mon dos.

Il y a eu la nuit, puis le jour, puis la nuit, puis le jour, quand j'ai vu le premier homme. J'ai eu peur d'abord, mais il a souri, il m'a donné de l'eau pour mon petit frère. Mon petit frère est presque mort de faim et de soif mais un autre homme est venu. Il a dit que mon petit frère est très fort, et qu'il va vivre. Il a dit aussi que je suis très courageuse. J'ai posé mon petit frère pour qu'il le soigne puis j'ai mangé, j'ai bu, j'ai dormi. Maintenant je veille mon petit frère et j'attends maman. Il y a eu le jour, puis la nuit, puis le jour, puis la nuit, puis le jour quand on m'a dit qu'elle ne viendrait pas, mais je ne les ai pas cru, depuis j'attends.

Il y a des hommes et des femmes blancs ici. Il parle de chez eux. Je les ai entendu parler de la neige. Ils disent que ça leur manque. Neige, c'est peut être le nom de leur maman.
Maman ne vient pas, maman doit être morte là bas.
Mon petit frère s'accroche de toutes ses forces à mon dos maintenant. Il va bien, il sourit, les hommes et les femmes blancs l'aiment bien. Moi je ne souri pas. Un homme blanc m'a parlé hier, à moi, dans les yeux. Il a dit qu'on allait m'emmener chez eux. Là bas il y a une maman et un papa qui m'attendent, il a dit. J'ai déjà un papa, même si maman est morte. Mais il dit qu'on ne sait pas où est mon papa. Il a promis qu'on resterai ensemble, mon petit frère et moi. J'ai dit "une Maman neige" ... Il a sourit. Ici, il y a des hommes et des femmes blancs qui font des promesses, je les crois, si je ne les crois pas je jette le mauvais sort sur nos vies...

à suivre un jour peut être. Texte écrit en décembre 2007

samedi 8 mai 2010

Angoisse

OLYMPUS DIGITAL CAMERA
Photo Luce

Ils étaient allongés tous les trois sous le saule pleureur au bord d'une rivière, lui, elle, et la petite. Ils regardaient les feuilles danser doucement dans le vent. L'arbre laissait percer des étoiles de soleil, la mousse était sèche et douce, la rivière chantait sa chanson d'été. Ils étaient si bien, là. Il a fermé les yeux le premier et s'est endormi. Elle sentait sous sa main la cuisse nue de la petite, cette dernière babillait. Entre mots reconnus et langage mystérieux, elle écoutait sa fille. Puis elle a fermé les yeux, elle aussi, et s'est endormi, à son tour.

Ce fût un sommeil étrange, de ceux qui donnent le sentiment d'avoir à peine fermé les paupières. Était ce un enchantement, était ce un maléfice, la danse du Saule pleureur ? Quand ils se sont éveillés, le temps avait passé et la petite n'était plus là.

Elle

J'ai ouvert les yeux comme pour finir un long battement de cils. Mon corps n'était qu'angoisse. Je me suis assise. J'ai crié le prénom de ma fille en agrippant le bras de son père, en étreignant son bras comme s'il était ma racine. Nous nous sommes levés, incrédules, nous avons commencé à la chercher, à l'appeler, elle allait surgir de derrière un arbre, c'était sûr. J'ai fini par comprendre que mes frissons n'était pas seulement dû à la peur mais aussi au froid tombé soudainement. "Quelle heure est il ? Mon dieu, si tard ! nous avons dormi tout ce temps ? " ça m'a pétrifié. J'ai regardé la rivière, mon angoisse est devenu monstrueuse. Mes jambes se sont mises à trembler. il m'a attrapé par les épaules, il m'a dit "appelle les secours, je pars à sa recherche." Je l'ai attrapé par la manche, j'étais incapable d'articuler un son, la peur avait le dessus. Ma main était tellement crispée qu'il ne pouvait pas se dégager. Il m'a dit "Écoute moi bien. N'imagine pas le pire. Respire, calme toi. Elle est allée se promener, elle s'est perdue mais on va la retrouver. Ne regarde pas la rivière, n'y pense même pas. Jamais, tu m'entends, elle ne se serait approchée de l'eau sans qu'on lui tienne la main. Tu sais à quelle point elle est peureuse, prudente, naturellement, elle ne se met jamais en danger !". Ces arguments semblaient concrets, il parvenait à penser, à parler, à agir, ça m'a apaisé suffisamment pour que j'arrive à parler: "Appelle des secours et on la cherche." -"l'un d'entre nous doit rester ici, l'attendre si elle revient, attendre les secours" - "d'accord, je reste". Il a sorti son téléphone portable, il a appelé, il s'en est allé le long de la rive.

Je suis debout, toute seule, sous le saule pleureur, mes yeux ne sont que regards, mes oreilles ne sont qu'écoutes, je cherche de tous mes sens un signe d'elle. Une tache violette au loin, est ce son chapeau tombé dans l'herbe ? Un cri d'enfant au loin, elle qui m'appelle ? Tout me semble être signe et rien ne me parle d'elle. Je suis debout, immobile mais tout mon être la cherche. Il y a en moi ces mots qui me tuent "je me suis endormie. comment ai je pu ? Comment n'ai je pas senti le danger ? Moi, qui me réveille spontanément toujours un peu avant elle, le matin. Moi qui reconnait sa voix, ses pleurs, entre mille quand j'arrive à la crèche. Comment ai je pu m'endormir sans sentir qu'elle partait tandis que j'avais ma main posée sur sa cuisse nue ? Comment ai je pu baisser la garde ?"

Je me suis mise à prier, sans m'en rendre compte, moi qui ne croit ni en dieu ni au diable, moi qui ne croit qu'en l'humain, je me suis mise à prier . "Mon Dieu, ne m'enlevez pas ma fille, je peux tout supporter, mais pas de perdre ma fille, ne m'imposez pas cette douleur, je vous en supplie. je ferais n'importe quoi, je ferais tout, je donnerais tout, mais pas ma fille, je vous en prie, je vous en prie, mon dieu, rendez moi ma fille". J'ai prié debout, tendue vers ce ciel vide et bleu. En quelques secondes je suis devenue la plus fervente des âmes.
C'est à ce moment là que j'ai entendu les sirènes, rouges, bleus, pompiers, gendarmes, "ils arrivent, ils vont la trouver, il faut qu'ils la trouvent".

Lui

Je ne sais plus si c'est son cri, sa main sur mon bras, qui m'a réveillé, mais j'ai vu tout de suite que la petite n'était plus là. J'ai sauté sur mes pieds. Je me suis mis à la chercher frénétiquement. Je l'appelais, je regardais cent fois derrière le même arbre. Soudain j'ai vu sa mère immobile, pétrifiée, statufiée. Elle regardait la rivière. J'ai eu envie de vomir à ce moment là. Je l'ai attrapé par les épaules, je lui ai dit d'appeler les secours, que j'allais partir à la recherche de notre fille. Je voulais qu'elle arrête de regarder les tourbillons de l'eau, je ne voulais pas que la rivière entre dans les possibilités. Elle s'est accrochée à moi comme une noyée. Je ne voulais pas de ce regard, je voulais agir, chercher, penser concret. J'ai dit quelque chose, je ne sais plus quoi. Elle m'a lâché.

Vu son état de choc, j'ai appelé moi même les secours. Je me suis assuré qu'elle pouvait rester seule et je suis parti à la recherche de la petite. J'ai commencé par la rive. Je criais son nom à tue tête. Pas même un écho pour me répondre. Je croyais l'apercevoir sans arrêt. Combien de temps ai je marché ? Je ne sais pas. Je ne pensais à rien, juste à la retrouver. J'ai entendu les sirènes au loin. J'ai bifurqué pour rejoindre la route. J'ai croisé des personnes : " Vous n'avez pas vu une petite fille, blonde, 3 ans, elle a une robe à fleurs je crois et un chapeau violet, mauve, rose, dans ces tons là. Non ? si vous la voyez, gardez là et appelez moi, voici ma carte." Je me suis maudit de n'avoir pas de photo d'elle sur moi. J'ai pensé " sa mère en a une, c'est sure". Des gens se sont proposés pour m'aider. On est devenu un groupe de chercheur. ça m'a fait du bien. Puis j'ai pensé que sa mère était resté toute seule là-bas. Je suis reparti vers mon point de départ, laissant les autres chercher mon enfant n'ayant qu'une vague description.

Quand je suis arrivé, les gendarmes et les pompiers étaient là.

Le chef de recherche.

Quand nous sommes arrivé près de la rivière. Je l'ai vu tout de suite. Une belle femme j'ai pensé. Elle se tenait toute droite face au cours d'eau. Je me suis approché. Je me suis rendu comte qu'elle tremblait de la tête au pieds. J'ai donné des ordres pour qu'on lui apporte des couvertures et une boisson chaude. J'ai dit "Madame?" Alors elle s'est retournée. J'ai déjà vu des tas de trucs dans ma vie, pas joli-joli, mais là j'ai eu un choc. "Putain" j'ai pensé, "comment peut on être aussi belle et souffrir autant". C'est con hein, de penser un truc pareil, comme si la beauté protégeait de la souffrance. Puis je me suis dit "mon vieux, te laisse pas aller, t'es trop sensible, si ça se trouve c'est elle qui l'a foutu à la baille, sa môme. Ouvre grands tes mirettes et tes écoutilles, maintenant faut qu'elle raconte."

Elle

Je tremblais, je n'arrivais pas à me contrôler. J'ai entendu derrière moi un homme donner des ordres. Il y avait soudain tant de mouvement autour de moi. Des hommes, des chien, des cris, des ordres, mais en moi c'était un étrange silence. L'homme m'a appelé madame. Je me suis retournée, il a fait un pas en arrière, comme pour se protéger de ma peur. C'était un petit bonhomme, tout rond, tout rouge, tout chauve, avec des yeux doux. Il m'a dit "vous pouvez me dire ce qui s'est passé ?" J'ai commencé à débiter mon récit comme un automate, et puis au milieu d'une phrase je me suis évanouie.

Lui

En arrivant je me suis présenté. On m'a dirigé vers le chef de recherche. un petit bonhomme qui ne ressemble à rien, enfin si, qui ressemble à un flic. Il m'a dit que ma femme était "tombée dans les pommes", qu'on l'avait transporté dans le camion des premiers soins. J'ai voulu courir vers elle mais il m'a retenu. "Pourriez vous me raconter ce qui s'est passé, votre femme n'a pas pu. Son début de récit était incompréhensible. Apparemment elle souffre de dysphasie, dû au choc." J'ai senti mes forces m'abandonner. Je me suis senti tout seul. J'ai pensé "ça y 'est, le bonheur est fini". J'ai eu envie de mourir, là, tout de suite. Le petit bonhomme m'a dit de pas s'inquiéter que ça allait revenir, "pour votre femme, la parole. Faut juste qu'elle se repose. On lui a administré un calmant, ça va l'aider". Alors j'ai commencé à raconter, j'ai donné le plus de détail possible. Et puis j'ai pu aller voir ma femme. On n'avait toujours aucune nouvelle de la petite. Elle dormait, le calmant l'avait assommé. Je lui en ai voulu d'abord de me laisser tout seul. Puis après j'ai pensé "dort mon amour, tu vas avoir besoin de toutes tes forces bientôt.

Le chef de recherche

Le mari ? Un drôle de costaud, solide. Il devait bien faire deux têtes de plus que moi, pas vraiment beau gosse mais solide. C'est l'impression qu'il m'a fait. J'ai pensé qu'avec lui je pourrais causer. Sûr, il est devenu tout blanc quand il a su que sa femme avait tourné de l'œil, mais il a gardé son sang froid. Je me suis dit "putain, ils vont sacrément bien ensemble ces deux là, tailler pour le bonheur. La vie c'est une putain de vacherie." Puis je me suis repris "allez mon vieux, te laisse pas aller, si ça se trouve c'est lui qui s'est débarrassé de la môme, ouvre bien tes mirettes et tes écoutilles quand il te raconte, te laisse pas séduire".

Elle a ouvert les yeux. Il était au dessus d'elle, il lui souriait. Ils étaient sous le saule pleureur, lui, elle. Les branches dansaient dans le vent, la mousse était devenu humide sous le soir qui pointait, la rivière chantait encore sa chanson éternelle. Le soleil était caché par les arbres. Il a dit "tu as dormi longtemps".

Était ce un enchantement ? Était ce un maléfice ? La danse du saule pleureur ? A son réveil, le temps était passé et elle entendit la petite dire " éveillé maman ?" Alors elle a su.

Il l'a prise contre lui, ils se sont embrasser longuement et la petite a rit en se jetant dans leur bras.

Note:
Texte écrit l'été dernier lors de vacances au bord du Loir. Juste un peu retouché pour l'occasion.


Warning: Parameter 1 to googlestuffPublicBehaviours::publicFooterContent() expected to be a reference, value given in /home/fbgtel/public_html/lucecolmant.com/root/inc/core/class.dc.core.php on line 317