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Carnet de brouillons

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mercredi 8 septembre 2010

Serge 2

... Serge est une falaise abrupte pleine de failles

Il descend tous les jours gare St Lazard et passe devant Momo, le petit marchand de fleurs. Depuis qu'un jour, en panique, il s'est arrêté pour en acheter à une belle qu'il a beaucoup aimé, Serge continu de saluer Momo et réciproquement. Même s'il n'achète plus de Fleurs depuis longtemps.
La belle s'est fait la malle. "Tu manques de fantaisie Serge, t'es gentil, t'es bon, mais tu m'ennuies". Tiens, prend toi ça dans les dents. Ça lui a fait mal au début. Il a fini par s'habituer. Il est devenu un peu plus carré. Même si ses yeux ont gardé l'empreinte du doute.
Ça lui a servi de leçon aussi. Il n'a plus trompé sa femme depuis. Peut être bien qu'il s'ennuie un peu avec elle, mais il se dit maintenant que c'est plus de sa faute à lui que de la sienne.
Sa femme s'appelle Lolita, mais elle préfère qu'on l'appelle Loli, à cause du film et tout ça. Elle dit qu'à cinquante berge, s'appeler Lolita c'est ridicule.

Serge est dans le métro, sur la ligne 13. Il pense à sa femme et à sa fille. Il se dit qu'il ne sait pas aimer et que c'est pour ça qu'on ne l'aime pas. Tout au moins on le supporte. Ce n'est pas qu'il n'éprouve pas de sentiments, loin de là, trop même peut être. C'est le bordel tellement il y en a, il ne sait pas quoi faire avec. Serge est démuni face aux sentiments, alors il fait comme si ils n'existaient pas. Même si ses yeux en garde la trace.

Assis à côté de lui, il y a une jeune fille, très jolie, très élégante, à peine plus vieille que sa fille. Elle a un petit air triste, ou peut être seulement fatigué. Serge se dit que les gens dans le métro, le soir, ils ont toujours l'air triste.
Station St Lazare, ça y est, il est temps de descendre. La jeune fille se lève aussi. Serge s'arrêterait bien chez Momo pour offrir des Fleurs à la jeune fille au regard triste, juste pour voir comment ça fait quand elle sourit. Mais il hausse les épaules. Elle le prendrait pour un vieux pervers, alors il se contente de saluer Momo comme tous les soirs...

mercredi 19 mai 2010

Delphine

Delphine a une petite trentaine, fausse blonde, mais pas trop, ongles courts mais pas rongés. elle porte une petite robe noire à la Jacquie Kennedy, collants noirs pas tout à fait opaques, bottes à talons pas trop hauts, sac à main et mallette de cuir noir. Delphine est élégante mais pas au point d'en être impressionnante. Son look est très étudié, très travaillé, imite assez bien la simplicité. Elle travaille dans une boutique de cosmétiques des quartiers chics de la capitale et vit en banlieue. Elle ressemble à sa clientèle mais pas trop, assez pour leur inspirer confiance, pas assez pour rivaliser, ce qui les rassure.
Delphine prend soin de sa clientèle, des femmes riches et inquiètes à l'idée de vieillir. C'est bien normal, pense t-elle, après tout c'est presque un travail à temps complet pour ces femmes d'être belle et de le rester.
Delphine aime parler de la couleur des vernis, des rouges à lèvres, mais ce qu'elle préfère c'est la parfumerie. C'est dans ce rayon qu'elle excelle, il y flotte une odeur de secret qu'elle seule détient.
Delphine se parfume, mais personne ne le sait, c'est un parfum discret qui accompagne et qui ne couvre pas. Elle sent bon et l'on croirait que c'est naturel. Elle sait assez bien avoir l'air naturel alors que tout est soigneusement étudié. C'est peut être ça qu'elle aime le plus, s'embellir dans le secret, tricher avec science.
Delphine a de très beaux yeux verts, qu'elle sait mettre en valeur. Un regard doux de jeune fille en fleurs ou perce parfois une étincelle d'espièglerie. Des pommettes très saillantes, des fossettes quand elle sourit, de jolies lèvres ourlées, naturellement celles-ci. Elle ressemble à ces filles qu'on voit dans les magazines de mode, mais en petite. Elle est toute petite.
Delphine a un petit bouton rouge sur le bout du nez ce qui la range définitivement du côté des humaines.

Ce soir, Delphine rentre du travail comme tous les soirs en prenant le métro. Elle croise les bras et s'endort la tête légèrement penchée sur son épaule comme une petite fille qui se niche. Dans cet abandon de demi sommeil, elle ressemble plus à la tristesse qu'à la beauté, malgré tous ses soins. Assis à côté d'elle, un homme de belle carrure, à l'air rigoureux, l'observe du coin de l'œil.

mardi 11 mai 2010

Serge

La cinquantaine, trait tiré vers le bas, regard d'eau trouble, tempe grisonnante, coupe de cheveux propre, écharpe rayée, imperméable beige, sacoche en cuir noir, paire de lunettes rectangle transparent qui encadre son regard, branches noires, Serge à quelques chose de Lino Ventura. Il fait penser à un inspecteur de police, pourrait jouer Maigret.

Quand Serge lève les yeux au ciel, on a envie de pleurer. Il est beau, pas de façon évidente, mais tout de même. Une beauté rigoureuse, un peu antipathique, non, bourru. Il en a vu de l'humanité et pas des plus jolis.

Serge a de larges mains, des doigts courts, il porte une alliance à la main gauche. Ce qui est étrange c'est son regard. Dans toute cette rigueur, il a un regard d'agneaux. On le croirait toujours au bord des larmes. Il consulte son agenda et jette parfois un regard furtif par dessus ses lunettes. Il guette les mouvements autour de lui. Parfois il oscille la tête de gauche à droite comme pour dire non à ses pensées. Il se ronge l'ongle du pouce droit, geste de tout petit garçon chez cet homme qui incarne tant l'adulte. Il pose sa tête dans sa main, le coude sur sa sacoche en cuir noir.

Serge est une falaise abrupte pleine de failles.


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