Luce Colmant

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

Le théâtre que j'aime

Fil des billets - Fil des commentaires

dimanche 3 juin 2012

Mademoiselle Julie à L'odéon

J'ai vu "Mademoiselle Julie" de Strinberg à l'odéon.

Un beau décor, une belle mise en scène intelligente, de bons acteurs, mais que m'a t-il manqué ? Ah oui, voilà, l'émotion. Oui, c'est cela sans doute, et je crois même que c'est voulu. ça me fait pensé à Céline, une vision de l'humanité médiocre, qui ne crée aucune empathie avec aucun des personnages. On les regarde, c'est comme de lire les déboire de Paris Hilton dans un magasine de papier glacé dans la salle d'attente de chez le médecin, je m'en fout.

C'est surement très juste par rapport à ce qu'à voulu l'auteur, c'est surement très réussi. Mais je suis déçue. Il faut dire que j'ai joué "Mademoiselle Julie" il y a quelques années, que je me suis battue pour comprendre, pour entrer en empathie avec elle, que nous en avions fait un personnage de chair, de sang, de désir, de destruction, de désir de destruction, que mon Monsieur Jean et sa Christine était des personnages tournés vers la vie, avec ses arrangements, ses mesquineries, ses petits combats, mais portés par leur pulsion de vie, tandis que Mademoiselle Julie n'était porté que par sa pulsion de mort. Qu'elle faisait tout pour empêcher la vie d'arriver, tout pour se faire croire quelle subissait une inertie qu'elle créait. C'est humain ça, ça vaut le coup de s'y intéresser, ça vaut le coup d'en être touché.

Enfin, avec Juliette Binoche dans le rôle titre, j'espérais être épatée, j'espérais prendre ma leçon, j'espérais avoir une révélation sur ce rôle qui m'a donné tant de fil à retordre. Avec Juliette Binoche, il y avait de quoi déchirer. Mais hélas ce ne fût pas le cas. C'est une excellente actrice. Oui mais ...

Au début je me suis dit "ah c'est chouette, j'aime le décor, j'aime cette boite toute blanche, ces grandes baies vitrées, ces gens qui dansent au fond, cette cuisine moderne. Puis je me suis dit "ah les voies des acteurs soutenue par les micros pour passé au dessus de la musique, ça met à distance. Bon on est au cinéma là, pas au théâtre. Et puis j'ai oublié, parce que ça joue tout de même. Une sorte d'hypnose opère sur la première partie. Puis le temps passe et rien ne monte, je me suis dit " tiens on en est là, bon, dommage je n'ai rien ressenti sur ce passage là" et puis le temps passe et on reste froid, et le suicide de Mademoiselle Julie, au final, on s'en fout...

Ils ont surement raison. C'est surement très intelligent, peut être trop intelligent. Je ne me suis pas ennuyée mais j'ai quitté la salle avec cette impression de "bon et alors ?" Décidément, j'attends autre chose du théâtre.

jeudi 23 juin 2011

De beaux lendemains

slider1_beauxlendemain.jpg

Je suis allée voir "De beaux lendemains", invitée par ma sœur. Elle avait oublié ce qu'elle avait lu lors de sa réservation, près d'un an plus tôt, nous ne savions donc à quoi nous attendre. En nous installant dans ce théâtre que j'aime tant, nous avons lu le programme. J'avoue qu'une petite peur d’ennuis m'a saisi. Déjà le thème du deuil, des enfants tués dans un accident d'autocar, moi dès qu'on touche au enfants je suis une fontaine de larmes surtout depuis que je suis maman moi même. On nous annonce un spectacle ultra minimaliste ou les acteurs, au nombre de quatre, tour à tour sont seuls face à un micro, soutenu par un pianiste en fond, par petite touche musicale, le tout dans une ambiance glaciale, puisque l'action se passe en plein hiver sur un lac gelé. Et cela durant 1h45. là, on se dit que peut être, à la place, on va aller au restaurant. Mais comme nous sommes courageuses, que nous aimons ce théâtre et sa programmation en générale, que Catherine Hiegel est à l'affiche, on reste et on espère.

Le spectacle commence avec Catherine Hiegel justement qui incarne la conductrice de l'autobus. Dès les premiers mots, je suis happées, par sa présence, par sa voix, par ses silences, par le tremblement de sa jambe, par ses yeux qui se ferment. Je suis témoin de son témoignage et émue et touchée, et saisie. L'épure au théâtre a cette force là, l'acteur prend toute la place et quand il le fait avec raffinement, subtilité, sensibilité, retenue et puissance tout à la fois, c'est absolument magique.
Puis est venu Carlo Brandt qui incarne un père qui a perdu ses enfants dans l'accident et qui a été témoin de la scène. La leçon d'acteur continue. Je reste happée par le récit. J'ai la chair de poule de froid, d’effroi, de compassion, d'émotion. Je traverse sa colère, son impuissance, sa fragilité, son humanité. Tout les coups portent au cœur qui se serre et c'est magnifique. Ses mains s'agitent pour dire tout ce que la voix ne peut dire. Tout ce que l'humain retient de peur d'exploser s'échappe par ses mains.
C'est au tour Redjep Mitrovitsa qui incarne l'avocat qui vient défendre les familles des victimes. C'est l’Amérique, il y a toujours procès, on cherche toujours un coupable. Il mène sa propre guerre. Personnage qui pourrait être antipathique mais là encore l'humanité déchiré est trop forte, on est forcé à l'empathie. C'est une des grandes forces de ce texte.Il n'y a pas de méchant, il n'y a que des humains et pourtant la cruauté est là, tendu comme un arc prêt à se rompre. L'acteur est sobre, puissant, retenu.
Vient alors Judith Chemla qui incarne une adolescente rescapée de l'accident et la claque dans la gueule qu'on se prend nous laisse sans voix, saisi, suspendu, meurtri, blessé, révolté. Mais elle nous fait rire aussi, cette jeune fille si lucide et si cynique, mais elle est elle même si légère, comme si tout cela au fond ne comptait pas. C'est joué avec une grande finesse et une grande intelligence et là, la comédienne que je suis se dit :" wow, si jeune et déjà si mure dans son jeu!"

Vous parler aussi du texte sublime du Russel Banks, du piano qui accompagne l'émotion par petite touche de noires et de blanches, par petites touchent de silence. Un piano qui se glisse discrètement dans l'émotion jusqu'à faire partie d'elle, jusqu'à ce qu'on ne le distingue plus, qu'il fasse partie du tout. Le décor nu, juste ce sol, ce lac gelé, les costumes qui portent tous des reste de neiges, tous ces personnages sortis du froid. Le froid et l'allégorie de la mort qui rode. Les lumières qui sculptent cet espace. Tout dans ce spectacle est essentiel, juste l'essentiel. Bravo donc au metteur en scène Emmanuel Meirieu, c'est si rare, de nos jours, un metteur en scène qui s'efface au profit de l’œuvre, si rare et si précieux.

Voilà, 1h45 sont passées comme un rêve, oui, une sorte de rêve glacé. Alors bien sur ce n'est pas un spectacle qui allège le cœur mais il ne l'alourdit pas non plus, il n'est jamais mélodramatique, c'est sa force. Il est digne comme le sont tous ses personnages. C'est ce qui le rend absolument magnifique. Malgré l'horreur des évènements, malgré la destruction des vies qui en découlent, il y a une puissance toute humaine, quelque chose qui me prend aux tripes et qui me fait dire :"ça, c'est du théâtre comme je l'aime!!!"

Texte du programme
Jusqu'au 26 Juin, Théâtres des bouffes du Nord
Du roman de l'auteur américain Russell Banks nous connaissions l'adaptation pour le cinéma du réalisateur canadien Atom Egoyan honoré du Grand prix du festival de Cannes 1997. En choisissant de transposer le livre à la scène, Emmannuel Meirieu ouvre le cadre sur les espaces immaculés d'un immense lac gelé pour l'incarner en quatre monologues et autant de solitudes partagées.

De Beaux Lendemains traite simultanément du psychologique et de l'injustice d'un destin qui confronte parfois à une cruauté que l'on croyait réservée aux plus terribles des contes de l'enfance. Le récit fait oeuvre de consolation en puisant à l'éternel questionnement d'un deuil d'autant plus difficile à faire puisqu'il s'agit, pour cette petite communauté, du groupe de ses 14 enfants disparus d'un seul coup sous les glaces en hiver. Le bouleversant hommage du théâtre à l'un des auteurs les plus important de la littérature contemporaine.

Avec: Carlo Brandt, Judith Chemla, Catherine Hiegel , Redjep Mitrovitsa

Mise en scène, production et adaptation du roman: Emmanuel Meirieu

Assistant à la mise en scène: Loïc Varraut Musique: Raphael Chambouvet Décor et lumière: Seymour Laval Son: François Vatin Conseiller artistique: Géraldine Mercier Avec la participation de: Thibaut Bonnot-Roux Traduction: Christine Leboeuf

lundi 6 décembre 2010

Rêve d'automne

resize_me_file_name_RevedAutomne01.jpg

Cher monsieur Chéreau

La première mise en scène de vous que j'ai eu le bonheur de voir en vrai était "Le Temps et La Chambre" de Botho Strauss. J'avais alors à peine plus de vingt ans. J'étais une apprenti comédienne. Je me souviens si bien de l'émotion éprouvée alors. Hier j'ai vu votre mise en scène de "Rêve d'automne" de Jon Fosse et je sais déjà que ce spectacle va laisser une trace indélébile en moi, comme il y a vingt ans presque.

Votre théâtre se passe d'argument, il est juste nécessaire, pas seulement au théâtre, mais nécessaire à la vie tout court. On ne le sait pas toujours, et particulièrement dans notre époque ou l'utile se dispute à l'inutile dans un acte de consommation et ou l'on oublie que vivre c'est être et non pas avoir. Votre théâtre est nécessaire dans ce sens là. J'ai encore des larmes dans les yeux en vous écrivant ceci.

Dans le texte de présentation que vous avez écrit et que j'ai lu dans le programme qu'on nous donne à l'entrée de la salle, vous dites : "Les hommes vivent longtemps encore quand tout semble mort en eux, c'est sans doute ce qu'on appelle la vie de tout les jours". En lisant ceci je devinais déjà les échos et les émotions que j'allais éprouver devant votre spectacle. Mais quel sorcier êtes vous donc pour donner à vos acteurs cette incroyable densité ?!

"Rêve d'automne", est un texte mystérieux, comme "Le Temps et La Chambre", parce que banalité des mots et pourtant il frappe juste. Il frappe oui, une grande claque comme après une séance chez le psy qui nous a bien retourné, mais ou l'on sent, sans savoir exactement pourquoi, qu'on a fait un grand pas en avant. Vous n'évitez aucune de ses difficultés, vous n'êtes jamais dans l'esquive, vous nous laissez nous perdre mais jamais vous ne nous abandonnez. J'ai cru à mille histoires possibles, mais au fond je sentais qu'il n'y en avait qu'une. J'étais perdu, mais je n'avais pas peur. J'assistai à la beauté. Cette beauté faite de désir et de cruauté, de haine et d'indifférence, de mépris et d'amour, de tant d'amour, de trop d'amour, beauté humaine qui me déchire l'âme tant elle me bouleverse.

Et vos acteurs, je ne peux dire autrement, il semble vôtres, en effet. Vos acteurs sont des arcs tendus, tendus à l'extrême, denses, tenus, ils sont magnifiques, drôles, émouvants, mais ils sont cela totalement, ils sont cela presque trop, oui, trop, au bord de l'éclatement. Et pourtant, ce n'est pas pendant le spectacle que j'ai pleuré, c'est à la fin, pendant les applaudissements. J'ai pleuré comme une petite fille qui ne sait pas bien pourquoi elle pleure, je savais juste que je venais d'assister à quelque chose de sublime. Et plus tard, seule dans le train qui me ramenait chez moi, et plus tard encore dans les bras de mon compagnon qui ressemble beaucoup à votre personnage. j'ai pleuré des flots, des vagues. Me revient en mémoire cette phrase " ensemble comme les vagues et le vent".

Et puis, il ne faut pas oublier le décor, le musée, le cimetière de l'Histoire. Un décor monumentale au sens littéral du terme. Comment faites vous donc pour avoir des décors si imposants, ces hauteurs qui nous dépassent à l'échelle humaine, sans que jamais vos acteurs en soient écrasés ? Cela m'avait déjà marqué dans le temps et la chambre. Je me souviens de Anouk Grimberg, si petite, si menue, faisant claquer des portes immenses, l'image que j'en ai gardé. Sans doute est ce parce qu'il n'y a rien de petit chez vos acteurs, sans doute parce qu'ils ont la puissance des grands rois. Ils sont rois, reines, empereurs, impératrices, de l'émotion.

Hier soir, après les larmes, je me suis sentis fatiguée comme si j'avais joué moi même la pièce, fatiguée mais aussi heureuse. Pas vidée, non, par l'émotion, au contraire remplie.

il y a quelques années, j'ai pris le risque inconsidéré de faire moi même une mise en scène de "Le Temps et La Chambre". Je voulais aller me frotter à ce texte, je n'étais pas tout à fait prête. J'ai conscience de mes réussites comme de mes échecs, mais j'ai tenté l'expérience, relevé le défi. Je l'ai commencé en aveugle, ne sachant pas bien quel était ce désir qui me prenait, je ne l'ai su qu'après. C'est étrange de penser que, bien que hantée par votre mise en scène, je ne me suis pas sentie écrasée par elle. Il y a cela dans votre travail, vous n'écrasez pas, vous sublimez. Vous ouvrez des portes et on a envie d'aller voir ce qu'il y a de l'autre côté, vous êtes source d'inspiration. Alors pour tout cela. Merci, du fond de mon cœur monsieur Chéreau. Je suis venue voir votre pièce, c'est un cadeau que l'on m'a fait pour mes quarante ans. Quel cadeau !

lundi 1 novembre 2010

"La Tempête..." à Bobigny

La Tempête
Titania et ses fées

Je suis allée voir, à Bobigny (MC93), la mise en scène de Georges Lavaudant de "La Tempête... D'après La Tempête et Le songe d'une nuit d'été". Deux œuvres de Shakespeare entremêlée pour l'occasion. Les effets de miroir sont souvent soulignées entre ces deux textes, aussi était ce à priori une bonne idée de les réunir en une seule soirée. Ce sont quasiment les mêmes acteurs qui jouent dans les deux pièces et ils passent d'un rôle à l'autre avec plus ou moins de réussite.

Lavaudant réalise un bon divertissement mais pour être honnête, je n'ai pas trouvé sa mise en scène d'une grande créativité. J'y ai revu des effets un peu ressassés, comme mettre du Claude François au milieu d'une œuvre classique, ou faire des elfes et des fées du "songe", des prostituées (même si, ici, la version est plus burlesque que vulgaire). Par contre et heureusement, il a quelques très bons acteurs qui galvanisent le tout.
A noté tout particulièrement Pascal Rénéric qui interprète un excellent Bottom, très drôle, d'une fantastique énergie, qui joue avec jubilation, une véritable performance. Qu'il devienne un âne sous les mauvais coup de Puck (manuel le lièvre, bon Puck) ou qu'il soit Pyrame, il est à mourir de rire. Il parvient à jouer le ridicule avec excès et sincérité en même temps, son personnage est extravagant, burlesque et crédible, pas un effet en trop, pas de cabotinage dans le personnage du cabot, excellent je vous dit !
Les amoureux du songe sont rafraichissant à souhait, Adeline Zarudiansky dans Hermia à une belle voix rauque dans un corps de jeune première qui donne du caractère au personnage, Marianne Téton dans Héléna, nous interpelle de ses grands yeux noirs étonnés, Loïc-Emmanuel Deneuvy dans Lysandre passe de la tendresse à la cruauté avec aisance. Ils se dégagent de leurs jeux de la simplicité, de la fluidité et une belle énergie,
Tous les acteurs de la troupe amateurs qui entoure Bottom sont aussi excellent, Jean François Lapalus qui fait le Lion ( et un très bon Gonzlo également dans la tempête), Olivier Cruveiller qui fait le metteur en scène ( également hilarant dans Stephano dans la tempête), François Caron qui joue la muraille et une fée et qui fait un très bon Roi de Naples dans la tempête
Un bémol toutefois pour Julien Testard dans Démétrius, un peu fade et Iriana Solano dans Titania, amusante mais pas inoubliable.

J'ai préféré le songe d'une nuit d'été à la tempête. Mal soutenue par l'acteur principal André Marcon (rôle de Prospéro) qui déclame plus qu'il ne joue, qui fait des effets de voix pour des effets de puissance. On n'écoute plus le texte, on ne l'entend plus, on ne le comprend plus et l'on fini par s'y ennuyer. Dommage car les autres, Ariel joué par Astrid Bas, les jeunes amoureux joués par Janaîa Suaueau et Clément Bertani sont plutôt bien. Quand au Duo de clown porté par Jean François Lapalus et par Olivier Cruveiller, il est tout simplement excellent.

Cela donne l'impression générale qu'ils ont eu plus de plaisir à jouer "le songe" qu'à jouer "la tempête". André Marcon s'amuse vraisemblablement d'avantage dans ses rôles de Thésée et d'Obéron, il y est plus naturel en tout cas, Manuel Le Lièvre est bien plus convaincant dans Puck que dans Caliban. Seul Julien Testard semble plus à l'aise dans son rôle de Sébastien, traitre en puissance dans la tempête que dans son rôle de Démétrius.

Deux heures trente de spectacle donc, avec une longueur sur la fin quand après l'euphorie du songe, Lavaudant nous fait revenir dans la Tempête pour sa conclusion. Nous n'y sommes plus, Prospéro nous ennuie et les acteurs du songe nous manque.

Malgré mes critiques, l'ensemble laisse une impression positive et me donne plutôt envie de conseiller de voir ce spectacle, car on s'y amuse plus souvent qu'on ne s'y ennuie. Enfin, j'avouerai qu'ayant vu l'an passé la mise en scène d'Irina Brook de "La Tempête", qui en a fait une vrai fête du théâtre vivant, il est difficile de supporter la comparaison par la suite. C'est peut être pour cette raison également que mon regard fût plus critique pour cette partie du spectacle.

- page 1 de 3