Le théâtre que j'aime

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mardi 7 juillet 2009

Oedipe ect. Suite ...

Le spectacle fut à la hauteur de ce qu'il promettait. Je ne parlerai pas de la création, tout ce que j'en ai dit dans mon billet précédent y était, en plus aboutit. Je parlerai de l'ambiance.
Dans le public se côtoient toutes sortes de personnes. On devine ceux qui sont habitués à venir au théâtre à leur aisance, ils sont vêtus comme tous les jours, nonchalants, rien d'apprêter, ils vont au théâtre comme au restaurant ou au cinéma, irais je jusqu'à dire qu'ils consomment du spectacle ? Pour certains, oui sans doute. On y croise aussi ceux qui viennent pour la première fois, les parents des acteurs du soir, bien habillés, les femmes ont sorti leurs bijoux, leur plus beau boubou pour certaine, les foulard sont colorés. Il y a aussi les "djeuns", remuant, un tantinet provocateur de bourgeois et ça marche, un tantinet "jeunes cons" et je dis ça avec tendresse au fond. Ce qui est sûr, c'est que nous ne sommes pas à la messe théâtrale mais peut être bien dans l'arène du jeu antique.
A mes côtés une toute petite fille sur les genoux de son père, tour à tour se dandine au rythme de la musique, écoute avec attention, puis se bouche les oreilles.

J'entre dans le spectacle avec l'envie d'être avec eux sur scène, de partager cette grande fête tragique. Ils prennent leur pieds, les 150 amateurs, ça se voit, ça se sent. Certains d'entre eux profitent à fond, s'attardent un peu, qu'importe, la longueur ici est légitime, leur plaisir compte autant que le mien, le décuple. Quelques frissons viennent me prendre par surprise, même parfois ma gorge se noue, oui, parfois j'ai tout oublié, je suis devenue une vrai spectatrice. Je sors de là, de cette tragédie, avec l'envie de faire la fête. Je parlerai longtemps, très longtemps avec l'amie qui m'accompagne, comme une impossibilité à finir la soirée...

Pari fou que ce chantier, mais pari gagné haut la main. ça m'inspire du respect pour les maîtres d'œuvre, et une immense envie. Oui, j'adorerai faire parti de l'équipe des intervenants sur ce type d'aventure.

jeudi 11 juin 2009

Oedipe ect.

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SAM 13 JUIN 20 H 30 / DIM 14 JUIN 16 H
CHANTIER THEATRAL N°3
OEDIPE ETC.
CDN Sartrouville

chef de chantier Laurent Fréchuret

Une mêlée poétique jouée, chantée, dansée et filmée pour un chœur de 150 habitants de Sartrouville et des environs.

spectacle gratuit

› réservation obligatoire 01 30 86 77 79 ou resa@theatre-sartrouville.com

Pour tous ceux qui n'ont rien encore de prévu ce week-end, je recommande ce spectacle. C'est une fantastique aventure humaine et artistique à partager.

J'ai rencontré rapidement Laurent Fréchuret lors d'un stage animé par son assistant Renaud Lescuyer. Nous étions cinq stagiaires et pendant qu'il nous parlait de son parcours et de sa démarche artistique, il nous a invité à venir voir des répétitions du Chantier numéro 3. L'aventure m'intriguait déjà. 150 amateurs réunis sur un plateau de théâtre pour raconter une histoire. 150 personnes, d'horizons différents, ayant pour point commun d'être des habitants de Sartrouville et des environs, réunis pour plonger au cœur d'un des plus grand mythe, celui d'Oedipe.

Comment cela est il possible ?

Je suis donc allée voir deux répétitions et j'ai assisté à une incroyable, fantastique aventure humaine et artistique.
Déjà, 150 personnes sur un plateau c'est une force incroyable d'émotions. Musiciens, danseurs, chanteurs acteurs se mêlent. Chacun se livre, se jette, prend ce risque fou d'être là, sur scène pour raconter. Au delà de cette histoire vieille comme le monde, se raconte en perceptions subliminales, les individus, leur vie, leur ville. Des enfants, des femmes, des hommes, sublimés par l'acte artistique, s'offrent à nos regards et nous ne pouvons pas rester indifférent.

Je n'ai vu que des répétitions, il y régnait encore un joyeux foutoire, de ces moments inachevés qui se cherchent. Mais déjà, les frissons me parcourent, c'est beau, c'est magnifique, c'est du théâtre, c'est de la vie.

Je me dis qu'on devrait voir ça partout . Mais il y faut une volonté, un vrai désir d'inscrire le théâtre dans la ville, dans la vie. Cette volonté est en Laurent Fréchuret et dans son équipe qui guident tous ces individus vers une sorte de naissance. Ce que je savais déjà pour l'avoir expérimenté en tant qu'enseignante, c'est que n'importe quel individu peut être beau sur scène, cette magie qui s'opère, c'est cette offrande de soi, où paradoxalement les masques tombent pour laisser toute la place à l'humain. J'ai entendu dire Laurent Fréchuret ;" ne joue pas le personnage, c'est toi qui m'intéresse, dis le texte, juste le texte" Et j'ai vu des individus maladroit devenir des acteurs, ils actent, c'est bien cela.

Je pourrai mettre encore des mots bavard sur ce que j'ai éprouvé en assistant au travail, mais ils seraient en deçà. Je suis touchée, voilà, par la démarche, par l'aventure, par les humains...

vendredi 6 mars 2009

Ashes de Koen Augustijnen

Ashes

Nous avions rendez vous ce soir là au théâtre des abbesses. On y danse. Nous sommes montés tout en haut, au paradis, sur les strapontins, la salle plonge vers la scène à en donner le vertige. Il est tôt, et le ballet commence pour nous, assis, debout, assis, debout, clap font les strapontins comme pour applaudir notre performance. D'autres spectateurs nous écrasent un peu les pieds au passage, ils ne sont pas si bons danseurs.

L'obscurité se fait, notre ballet s'assagit, je soupire d'aise et de hâte.

Je suis comme dans un avion qui survole un cataclysme. J'ai une image de désolation, chutes des corps, tout est gris comme nimbé de poussière, un seul homme est debout encore, immobile. Une petite tache bleu et rouge apparaît, la vie, le mouvement, l'espoir. C'est ainsi que ça commence... La suite est une explosion permanente d'émotions. Je ressens leur danse dans mes tripes. Tout me parle, la musique en vie, plus réelle que les mots, les chants qui me pénètrent, et les corps qui sont miens, qui sont nous, qui sont l'humanité entière, Le bruit même de leur corps, de leur poids, participe à la grande vibration qui m'inonde.. Cette histoire de mort et de re-vie, cette histoire de deuil impossible à faire mais qui se fait pourtant.
Il y a cette femme qui s'agite, elle me fait mal, elle me bouleverse, il y a cet homme, ivre, de vie enfin, mais qui joue sans arrêt avec la mort, ce survivant qui se prend pour un immortel, j'ai peur pour lui, mais il me fait tant rire en même temps que je le supplierai volontiers de continuer à être fou. Il y a ces couples qui se reforment, ces jeux d'intouchables qui aimeraient s'atteindre, et puis la douceur infinie de leur souffle origine de tout, du premier mouvement d'amour. Tout explose à nouveau, au fond plus haut, il y a ce terrain de jeux, ils bondissent de vie, ils défient l'apesanteur, je les vois disparaître comme happés par le ciel, puis revenir à nous. Cela finira sur une berceuse, le grand apaisement collectif.

Koen Augustijnen, est un chorégraphe, mais il est plus que cela. C'est un faiseur d'émotions. Il sait tout utiliser pour nous faire vibrer. Il s'entoure d'artistes, danseurs, musiciens, chanteurs lyrique, il les fédère. J'imagine sans peine que ce doit être un pur bonheur de travailler avec lui, il y a tant de générosité sur scène, ça ne s'obtient pas autrement que par le réel plaisir, le réel désir, le défi collectif qu'ils relèvent. Moi, c'est le genre de spectacle qui me rendrait groupie, j'avais une telle envie d'attendre les artistes juste pour leur dire : " Merci". Si un jour vous voyez ce nom "Keon Augustijnen" sur une affiche, n'essayez pas de le prononcer, mais ne réfléchissez pas, prenez vos billets et allez voir. Il fait partie des incontournables.

lundi 1 décembre 2008

La seconde surprise de l'amour

Nous sommes allées, samedi soir, avec Akynou, au théâtre voir "la seconde surprise de l'amour" de Marivaux, mis en scène par Luc Bondy. Le théâtre des bouffes du nord est une merveille, bien qu'on y soit mal installé quand on a des jambes comme les nôtres, il a une certaine magie, de celle qu'on attend dans ce genre de lieu.

Un moment de pur bonheur pour un jeu d'acteurs ... Comment dire ... Incroyable ! Tout à la fois sincère et caricaturale, subtile et grossier, jamais lourd. Le génie de Marivaux servie dans son intégralité, mieux que servie, révélé. Une intelligence du texte qui nous élève tout en nous amusant. Une leçon de théâtre pour moi, qui me suis si souvent ennuyé devant les œuvres de cet auteur. C'est que presque personne (en dehors d'une Isabelle Hupert, attrapé au vol lors d'une diffusion sur le petit écran) jusque là, ne m'avait permis d'accéder totalement à la vérité des personnages, humains jusqu'au bout du plus loin du bout de l'humanité. Tellement, que leur passion, leur orgueil, leur défi, leur peur, leur désespoir, nous laisse épuisé comme après une journée de trop grande émotions. De celle ou l'on a un coup de foudre qui nous ravage, ou de celle où l'on perd pour toujours un être aimé, ou de celle où l'on vit les deux à la fois, et tout cela en deux heures.

Je ne parle pas de la mise en scène, elle est comme je les aime, invisible parce qu'évidente. D'ailleurs tout est au service des acteurs, la mise en scène, le décor, les lumières. Tout est là pour eux et donc pour nous.

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