Luce Colmant

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mardi 6 janvier 2004

le Temps et la Chambre Botho Strauss


Cliquez sur la photo pour voir l'album. Photo Akynou.

Pour ceux qui n'auraient pas eu l'occasion de le lire :

Olaf et Julius cohabitent, co-existent... Ils sont sortis du monde et le regarde du haut de leur fenêtre avec ce mélange d'ironie et de tendresse. Surgit une jeune femme, Marie Steuber, avec elle, la vie, ses passions, ses douleurs, ses souvenirs, ses rencontres improbables, et celles qui sont inévitables. Le temps d'une vie ou celui d'un instant, la chambre intime et universelle, au coeur la colonne, l'axe du monde...

Création 2004. Compagnie Vis Fabula en co-production avec le T.N.N.

Cette réalisation est sans doute la plus forte et la plus enrichissante de toutes mes expériences de metteur en scène. J'ai rencontré ce texte comme on prend une claque et je sais qu'il me faudra y revenir. Un puit sans fond d'émotions, d'intelligence, de finesse. Une vue de l'humanité tendre et sans complaisance.

Ce que j'ai raconté, c’est avant tout la rencontre si complexe des deux mondes : le masculin et le féminin. Cette rencontre absolument intime, dans la chambre…

Ces deux hommes qui n'en sont peut être qu'un, qui font ce choix de s'exclure du monde des émotions pour se protéger, et qui finissent, à force d'abstraction par douter de leur propre existence. Marie, épuisée, au bord du gouffre de la folie à force de vivre, d'aimer, d'avoir faim et de n'être jamais rassasiée d'amour, qui aimerait pouvoir renoncer aussi, mais qui ne peut résister à la vie. Il y a ces hommes qu'elle a aimé, raté, pas compris, il y a ces femmes qu'elle a connu, des parts d'elle même disloquée, des morceaux de féminité exacerbée et toujours cette opposition/attraction entre ce qu'on pourrait appeler la paix et la vie. le monde masculin et le monde féminin. " Le Temps et la Chambre " c'est cette quête dont personne ne trouve le graal...

Cette création m'a confrontée directement à mes propres limites. J'ai commis quelques erreurs sur la scénographie notemment, sur les costumes, j'ai eu des moyens supplémentaires et en même temps pas tout à fait suffisant pour faire les choix que je souhaitais réellement faire. L'interprétation des comédiens et comédiennes a été remarquée et appréciée à sa juste valeur, me semble t'il, la musique composée par Wilfrid Houssin l'a été également. Mais je garde ce sentiment de n'avoir pas pu aboutir ce travail d'ou mon envie certainement d'y revenir plus tard.

Cette création a marqué également la fin d'un pacours, l'envie de travailler avec d'autres personnes, ailleurs, l'envie d'un renouvellement, de nouvelle recherche artistique.

jeudi 5 décembre 2002

Les caprices de Marianne. Alfred de Musset

Pour ceux qui n'auraient pas eu l'occasion de le lire :

Marianne, à peine sortie du couvent, épouse Claudio, un juge austère. Elle passe sa vie entre sa maison et l'église. Coelio, un jeune homme romantique, sensible et fragile croise son chemin et tombe éperduement amoureux d'elle. Toutes ses tentatives de l'aborder n'aboutissant qu'a des échecs. Il demande l'aide de son meilleur ami, Octave.
Octave est un histrion qui a soif de femmes, d'alcools et de fêtes. Il accepte d'aider son ami et de parler à la belle Marianne. La tragédie est nouée...

Création 2002. Compagnie Vis Fabula.

C'est le premier projet dont je suis à l'origine. "Les caprices de Marianne" est un texte qui me suit depuis mon adolescence. Musset a une écriture tout à la fois poétique et fluide. Sa vision de la femme, que l'on sent très inspirée par Georges Sand, s'exprime de façon magnifique dans certains monologues de Marianne.
Projet collectif puisqu'il réuni une dizaine de personnes.

La mise en scène est créée pour s'intégrer dans des décors naturels. Place de village des alentours de Nice. Il tournera une cinquantaine de fois, et chaque fois s'adaptera aux nouvelles contraintes données par un nouveau lieu.
L'enjeu était à la fois de faire revivre un passé architectural, tout en faisant entendre la modernité du texte de Musset.
Les costumes ont été fait selon des modèles contemporains de l'auteur.
J'ai inclu un travail de comedia del Arte, de musique acoustique en direct, pour rendre encore plus prégnante la présence du carnaval durant tout la durée de l'action.
Le travail des comédiens était axé sur la vérité émotionnelle. Donner à entendre ce qui est écrit, une vision boulversante de la condition féminine, du peu de place faite à l'émotion pour les hommes. Un monde injuste d'où l'amour ne peut sortir vainqueur. Une vision romantique de l'existence, une vision qui ne vieillit pas parce notre société n'évolue que très peu.

Créé dans la cour du théâtre de la semeuse dans le vieux nice, il a ensuite tourné dans toute la région de ville en village et rencontré un large succès durant les estivales, pendant deux années.

lundi 26 novembre 2001

La Valse du Hasard de Victor Haïm

Pour ceux qui n'auraient pas eu l'occasion de le lire, quelques mots sur la situation :
Une femme meurt dans un accident de voiture. Elle arrive dans un endroit mystérieux où se présente à elle un Ange qui lui propose un jeu. Elle va devoir raconter sa vie le plus sincèrement possible, la dernière confession, sans tricherie, sans mauvaise foi. L'ange va lui accorder des points ou lui en enlever selon une règle impossible à comprendre, une balance divine en quelque sorte... Si elle parvient jusqu'à Cent points, les portes du paradis s'ouvriront pour elle, si elle retombe à zéro, c'est le purgatoire. S'en suit une valse des points, des émotions, la vie ne pèse pas grand chose et cet Ange est un peu démoniaque.

Création 2001. Compagnie Vis Fabula.
A cette époque, je suis à la recherche d’un texte me permettant de créer un nouveau duo d’acteurs avec Emilie Jobin et Eric Guyonneau qui a rejoint la compagnie Vis Fabula. Emilie me propose le texte de Victor Haïm.
"La valse du hasard" correspond exactement à mes attentes d'alors. Les personnages sont à la fois complexes et jubilatoires. De par sa forme difficile, cycle répétitif instauré par la relation de jeu entre les deux personnages, le texte représente un nouveau défi pour la mise en scène. Je crée un univers étrange, ludique, avant tout extrêmement amusant. Toutefois, chez Haïm on trouve toujours ce point de vue sur l’humanité tendre et caustique.

Ce spectacle sera un formidable numéro de duettiste menant le publique de l’hilarité à l’énervement, de l’impatience au soulagement, tel un cycle infernal, et il s’agit bien de cela.

Il tournera dans la région PACA pendant deux ans, il sera également sélectionné pour la quinzaine des compagnies par le T.N.N.

mardi 31 octobre 2000

Orgasme adulte échappé du zoo de Dario Fo et Franca Rame

Pour ceux qui n'auraient pas eu l'occasion de lire ces textes, quelques mots sur les situations :

"La putain à l'asile d'aliénés" : La putain se retrouve face une psychiatre invisible pour le publique et lui raconte son parcours de prostitué et ce qui l'a mené dans cet asile, la descente aux enfers d'une innocente pas armée pour la vie.Drôle et émouvant.

"Moi, Ulrike Meinhoff, je crie" : Inspiré de faits réels, la vie en prison D'Ulrike Meinoff, arrêtée pour terrorisme. Voyage au coeur du cerveau d'un humain qui lutte pour ne pas devenir fou, pour ne pas céder aux tortures psychologique qu'on lui inflige. Terrifant.

"Une femme seule" : Enfermée chez elle par un époux jaloux, elle parle à sa voisine d'en face et lui raconte sa vie de femme d'intérieure. Si elle semble accepter sa situation, on découvre en même temps qu'elle prend conscience que sa vie est un enfer. Drôle et pathétique.

"Le réveil" : Un matin comme tous les matins, une jeune femme se réveille en retard pour aller à l'usine. En dehors du fait qu'elle doit préparer son bébé pour aller à la crèche, elle s'aperçoit qu'elle ne trouve plus ses clées. La voilà repartie dans sa soirée de la veille. Elle nous raconte ses étourderies de femme fatiguée, sa dispute avec l'homme qu'elle aime pourtant, puis quand finalement elle retrouve sa clée, elle prend conscience que c'est dimanche et qu'elle peut se rendormir. Extrêmement d'actualité, on s'y retrouve toutes, qu'on soit à l'usine ou dans des bureaux, le stress des femmes modernes qui doivent tout gérer de front. Extrêmement drôle et pourtant.

Création 2000. Compagnie Vis Fabula.

Après Ay Carméla, Emilie Jobin et moi même avions le désir de continuer à travailler ensemble. Trois autres comédiennes que j'avais rencontrées lors de différents travaux, ayant vu ma première mis en scène, m'expriment le souhait de travailler avec nous.
Je réunie ainsi quatre comédiennes : Séverine Dricot, Emilie Jobin, Nathalie Masseglia et Muriel Revollon.
Emilie me propose les monologues de Dario Fo et Franca Rame. A la première lecture je suis immédiatement enthousiaste. J'y trouve à la fois la force du propos, l'humour, l'émotion et la possibilité pour chacune des quatre comédiennes d'avoir un rôle à leur mesure.

- Pour Séverine Dricot je choisi: "La putain à l'asile d'aliéné", texte ou s'entremêle humour et horreur.

- Pour Emilie Jobin, "Moi Ulrike Meinhof, je cris". Ce monologue m'a complètement bouleversée à la lecture. Ce qu'il dénonce de notre monde moderne va bien au delà de l'Histoire avec un grand H dont elle est inspirée. Dario Fo a, pour moi, remarquablement dépassé l'évènement politique polémique pour l'inscrire dans un point de vue sans jugement, sans opinion tranchée, avec beaucoup d'humanité.

- Pour Nathalie Masseglia, "Une femme seule". C'est un texte hilarant fait de situations extrêmes. On oscille sans arrêt entre comique et pathétique. La conclusion du monologue transforme le rire et glace le sang.

- Pour Muriel Revollon, "Le réveil". J'ai tout de suite senti la vie de ce personnage et de ce texte, son humour, sa tendresse, sa vérité toute simple.

J'ai poussé ma recherche vers l'essentiel au service de l'histoire. Chaque monologue impliquant un lieu différent, une ambiance différente, j'ai supprimé tout décor mais également tout accessoire. Nous avons fait un énorme travail de mime pour faire exister tous les détails quotidiens du texte.
Pour symboliser le changement d'espace j'ai travaillé sur différentes formes géométriques de l'espace, délimité au sol par des lignes de sables de couleurs différentes selon le personnage et soutenu par le jeu de lumière. La putain à l'asile était dans un rond représentant la cellule d'isolement de l’asile. Ulrike était dans un triangle représentant l'angle de la prison dans lequel l'humain va chercher refuge. La femme seule était dans le rectangle de son salon (à l'horizontal) et le rectangle de sa fenêtre (à la verticale). La femme du "réveil" était dans un carré représentant l'étroitesse de son logement où elle vit avec mari et enfant.

Ce spectacle a été présenté dans le cadre du festival de théâtre étudiant que nous avions intégré car deux des comédiennes suivaient encore le cursus de la faculté en étude théâtrale à Nice. Cela nous a donné l'occasion de rencontrer les membres du jury qui étaient : François Morel, Isabelle Nanty, Edouard Baer et Aure Attika. Nous avons obtenu le prix du meilleur spectacle et le prix de la meilleure interprétation féminine pour les quatre comédiennes. Repéré par le conseil général des Alpes Maritimes, nous avons tourné ce spectacle dans toute la région sous l'égide du conseil général et du centre dramatique national de Nice.

Cette expérience a été très enrichissante. Confronté parfois a de vives réactions sur le contenu du texte, il est devenu encore plus évident que ces écrits, datés des années soixante dix, avaient gardés toutes leur force et leur nécessité. Nous avons tourné ce spectacle durant deux années consécutives.

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