Résumé

Lucie, une femme, trente ans environ
Francis, un homme, cinquante ans environ
Ils se rencontrent, se découvrent, tombent amoureux
Ils ont une petite fille
La vie…
Quand surgit la tragédie
La maladie : cancer du poumon
Il va mourir
Elle l’accompagne, c’est sa compagne
Ce pourrait être « Orphée et Eurydice »
Mais c’est « Lucie et Francis »
« Elle et lui »
N’importe lesquels d’entre nous
Ce ne sont pas des héros
Ce n’est que la vie et l’un de ses accidents
Mais Ils ont en eux l’Amour
Cette humaine capacité à la sublimation

La construction du récit

Le récit se fait en trois actes. Un acte pour l’amour, un pour la maladie, un pour le deuil. Chacun de ces actes a son propre rythme d’écriture.



L’acte 1 : C’est l’acte fondateur de ce couple, leur rencontre. Comment s’éprennent t-ils l’un de l’autre ? Leurs premiers émois, leurs premiers doutes, leurs premiers accords. Tout ce qui va constituer la musique de leur amour.

Francis : Je parle de toi.

Lucie : Je parle de toi, tout le temps, oui, je fais ça, c'est plus fort que moi. Je t'embrasse.... plein... Beaucoup... Partout... Serre-moi dans tes bras.

Francis : Je te caresse partout dans mes pensées.

Lucie : Hum encore, tes mains, ta bouche, et cette façon que tu as de me regarder, j'ai tout emmené !
Francis ?
Je t'ai dit que j'aimais ton prénom?
J'aime ton prénom... Il est doux, il te va bien...
Je te fais plein de bisous dans le cou, sur ta bouche, je m'emmêle à toi, je te happe, je…

Francis : Je fonds, je me liquéfie, je te saute dessus sauvagement ! Tu me dé-chaînes ! J'ai hâte de toi.

Lucie : Je te dé-chaîne et je te lis, je te dé-lie et je te mets au lit et plus vite que ça !
Francis ?
Mes premières, mes dernières, mes permanentes pensées sont pour toi.
Francis ?
Je te regarde et je te trouve beau.

Francis : L'amour est aveugle ?

Lucie : L'amour éclaire au contraire, je te vois mieux que quiconque, et tu es beau...

Francis : Je t'aime

Lucie : Je t'aime... Infiniment.

Francis : Je t’encage de mes bras.

Lucie : Pourvu que la cage reste ouverte, tu me verras toujours y revenir.

Francis : J’ai un vieux refrain qui me revient en pensant à toi, je n’ai changé que le prénom.

« Lucie, ma belle, ma douce, ma jolie!
Je chante pour elle et pour elle je vis!
Elle est tendre et sauvage, elle est comme un torrent
Qui me berce au rivage, qui m'entraîne en riant.
Elle est douce, elle est tendre, et moi, je l'aimerai
Cent mille ans et trois jours, jusqu'à la Saint Jamais!
Et tant pis si demain je meurs au point du jour:
J'aurai vécu près d'elle plus de mille ans d’amour! »

Lucie : Mon réel
Je voulais te dire merci.
Mon réel,
Mot étrangement tendre, vrai, palpable, touchable, atteignable, étreignable.
Tu m'offres ce que d'autres promettent.
Mon réel,
Je n'ai pas de mot plus doux, plus fort, plus amoureux que celui-là.
Mon réel,
Tu ne sais pas encore, d'où je viens, d'où je reviens.
Je regardais de ce côté, de ton côté depuis longtemps mais je ne te voyais pas.
J'ai cru que tu ne viendrais jamais, je me trompais, nous étions là déjà depuis longtemps.
J'étais impatiente et tenace, j'ai mis du temps à renoncer, je croyais en mourir.
Je suis morte finalement, d'épuisement.
J'ai fait le deuil de l'image de toi, j'ai tué le fantasme de toi, j'ai renoncé au rêve de toi.
C'est alors que j'ai pu te voir,
Mon réel,
Te voir toi, mon imparfait aux rêves de perfection.
C'est alors que j'ai pu t'aimer toi,
Mon réel...
Oui, pas de mot plus amoureux que celui-là...

Francis : Ton réel ! Tu exagères... Et après tu t'étonnes que je te traite de sorcière…



L’acte 2 : C’est la maladie. Il a un cancer du poumon. Il raconte, de façon concrète, avec détail, ce qu’il traverse. Il est le conteur et le compteur du temps qu’il leur reste. Elle est la conteuse et la compteuse d’émotions. D’une manière qui leur est propre, ils forment ensemble le récit de la lutte, de la traversée d’un océan de souffrance et d’amour.

Francis :
01/07/11
Je sors de chez le spécialiste.
Diagnostic : j'ai un cancer du poumon.
La tumeur fait environ 7 cm de diamètre.
Elle est située en haut du poumon droit.

Mon IRM du cerveau a révélé deux petites boules suspectes.
Dans ce cas-là, on oublie la chirurgie, on commence par la chimiothérapie.
Ensuite, on fait une combinaison radio-chirurgie/chimiothérapie.
La première séance de chimiothérapie devrait avoir lieu vers le 20 juillet.
Après c'est toutes les trois semaines. Une séance c'est deux nuits à l'hôpital.
Il semble qu'il n'y ait pas d'effet indésirable majeur sauf parfois des nausées. Mais ils prescrivent un anti nauséeux efficace.
J'ai aussi des vitamines à prendre, une en comprimé, une par piqure...
Bon, là, la grande aventure commence !

Lucie :
Je voudrais mettre des mots là, sur ce que je traverse.
Maintenant.
Des mots pour libérer l'émotion
Dénouer les nœuds
Des mots écrits
Et cri
Des mots pour remplir le blanc silence.
Mais bouche cousue
Regard perdu vers la fenêtre
Ma fille dort à côté
Mon Il est au travail
Je me sens ... assommée
Mon Il a un cancer
Mon Il en parle
Pas un secret
Mon Il a un cancer donc
Bouh, le vilain mot, tabou
Je veux être très forte à ses côtés
Je ne veux pas me laisser prendre par la peur
Je ne veux pas lui faire subir ma peur
Mais j'ai peur

Je veux me marier avec lui
Il dit : « Tu as besoin de sécurité »
Possible
Je veux lui dire : « Je suis là, pour le meilleur et pour le pire"
Lui dire devant témoin



Francis : " La fin de la phrase c'est jusqu'à ce que la mort nous sépare"

Lucie : Oui
Mon Il veut m'épouser que s'il est mourant
Il veut me mettre à l'abri
Je ne veux pas épouser un mourant, c'est glauque
Maintenant
Connaître la date de la première chimio
Passer à l'action
Organiser
Planifier
Agir
Et ne pas penser
Laisser la vie, la joie, prendre leur place à l'intérieur de cette histoire-là

Francis : Voilà, rendez-vous est pris pour la chimio : le jeudi 21 juillet à 14h.
La seule question vraiment importante, maintenant, c'est "Est-ce qu'il y aura le wifi dans ma chambre ?

Lucie : Espèce de geek, mon amour ... Tu as réussi à me faire rire…

(Danse)

L’acte 3 : C’est le deuil. C’est comme un long poème épique, un élan permanent. Elle sombre et se relève sans cesse, la vie et l’amour en elle s’habillent de « à jamais », de « pour toujours ». Elle est dans son éternité…

Mon amour
Je veux rire
Être légère et court vêtue
Je m'imagine ainsi
Je t'imagine aussi
A mes côtés
Amusé de mes tours
Mon Amour
Dans mon imagination tu me souris toujours
Même quand je suis triste
Tu es mon compagnon, toujours
Celui qui m'aime et me laisse vivre ma vie
Toujours.
Mon amour
J’écris notre histoire
Vivante
Je suis partie seule sur une île
Mon Il
Quand je n'écris pas
Je vais regarder l'océan
Je te jure que je ris
Mes larmes c’est le vent
Ma liberté, la vie

J’ouvre les yeux
Jamais, je n’ai été seule
Tous ces autres à qui tenir la main
Je n’étais pas seule à faire le chemin
Ton absence
Me rendait aveugle à leur présence
Mais sans ces mains tendues
Tenues
Je me serais noyée ?
J’ouvre les yeux