jeudi 3 avril 2008

Les premières photos de répétitions de L'amoureuse

Répétition l'amoureuse
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Marie Teissier

mardi 25 mars 2008

L'amoureuse suite ...

Cela fait un moment que je me dis qu'il faut que je raconte la suite ... Et le temps file ... Notre deuxième semaine à donc eu lieu dans une salle de danse spacieuse... Il est finalement plus difficile que je ne pensais de parler du processus de création. J'ai quelques mots comme des images, pression et contre temps, agressivité, dénouement, apaisement, avancée, surprise, joie, plaisir, concentration, retard, pression encore etc ...

Nous avons donc tout traversé, tout le texte et toutes les émotions et le travail n'est pas fini. Petite bataille avec la comédienne, gestion de l'enjeu, de l'envie de bien faire, recevoir l'agressivité, surtout ne pas tomber dans le panneau, résister, savoir lui dire par hasard mais au bon moment qu'elle se demande trop, qu'elle ne peut pas aller plus vite que la musique, qu'il faut accepter le temps que cela prend, lâcher prise. Être soulagée de la voir pleurer, larmes qui lavent de l'inutile tension, et travailler à nouveau, humblement et sereinement.

Et puis douter aussi, à nouveau, de mon savoir faire, savoir dire, laisser faire, laisser dire ... Être toujours trop directive ou pas assez, jongler avec les besoins du moments, être à l'écoute, tellement, passer à côté du caché évident jusqu'à ce qu'il saute au visage avec violence, et puis trouver, sentir, comprendre, créer.

Et puis savourer l'entente de notre trio, la comédienne Marie, la danseuse Linda et moi même ... Ces moments où cela fusent, ou chacune nourrit l'autre, l'énergie qui circule... Découvrir ce travail du corps qui nous permet d'aller plus vite et plus loin...

Pour enfin présenter cette étape a quelques autres, le compositeur, un ami de la comédienne qui viendra filmer la pièce pendant les représentations, déjà présent avec sa caméra, et puis le directeur de l'espace qui nous accueil. Présentation en l'état, tout traversé et pas fini. S'apercevoir soi même de ce qui manque et de ce qui tient. Avoir peu de retour, besoin de prendre du recul pour tout le monde...

Et puis se quitter content, heureux parce que c'était bon quand même, avec tout, de travailler ensemble. Et puis ne plus y penser, passer à autre chose, oublier tant que je peux pour revenir dans un mois avec un regard neuf ...

Il y aura encore des répétitions au mois d'avril ...

samedi 1 mars 2008

Première semaine

Nous avons traversé quelques déboires d'organisation. Nous pensions pouvoir avoir une salle de répétition pour cette première semaine, mais nous n'avons pu l'obtenir, il était trop tard pour en chercher une autre. Par ailleurs, l'emploi du temps de Hicham s'est avéré beaucoup plus compliqué à allier avec les répétitions que ce que je croyais. Passé les premières secondes de panique "mais comment allons nous donc faire ?" Je me suis souvenue d'une phrase de Caubère qui disait à peu près ceci : "Mes spectacles sont nés de contraintes extérieures et intérieures, je me suis appliqué par la suite, quand ces contraintes ont disparu, à faire comme si elles étaient toujours là, parce que c'est cela qui m'avait poussé à créer le premier spectacle, c'est cela qui a dessiné ma voie"

Me voilà donc au volant de ma voiture, en direction d'un des cours que je donne, à envisager d'autres possibilités, pour créer avec ces contraintes et non pas faire comme si elles n'existaient pas.
Remplacer Hicham? Encore plus compliqué... Créer le spectacle sans la présence du "IL"... Je rappelle que la pièce est un monologue pour une comédienne et que la présence de l'homme était un effet de mise en scène. C'est en me disant cela, "un effet de mise en scène" que j'ai compris le signe qui m'était envoyé. D'abord d'instinct, j'ai senti que c'était plus que la solution, que c'était ce qui devait être. A la détente que j'ai éprouvé instantanément, aux images qui se sont mises à affluer, au souvenir des tensions éprouvé lors des quelques répétitions précédentes. Le corps de cet "IL" que j'avais voulu pour donner plus de crédit au crime, gênait. Cet "IL" qui ne s'exprime qu'à travers cette "ELLE" est une projection d'un homme idéal, parfait et chaque spectateur doit pouvoir s'en faire sa propre projection. Incarner cet "IL", c'est tuer le fantasme, c'est revenir au concret, au réel. Or, ce qui est raconté là, finalement, pourrait se résumer au fait que la quête de l'idéal, le fantasme de la perfection, en amour, mène à la destruction. Le crime commit par cette "ELLE" devient quasi secondaire, le chemin qui la mène au crime est l'essentiel.

Une fois la décision de metteur en scène prise, il faut parler avec la comédienne et le comédien. Entre soulagement et déception leurs cœurs oscillent, mais je suis sur de moi à présent, je vois le spectacle se dessiner clairement.

Le travail s'est donc organisé de façon différente. Le matin nous étions chez Toups Bebey pour travailler sur la musique et les chansons ( il y a 8 chansons chantées par la comédienne ), Linda Gonin s'occupait de préparer physiquement Marie Teissier, tandis que je travaillais sur certains détails avec Toups, puis Marie travaillait les chansons avec Toups, pendant que Linda et moi même préparions les sessions suivantes. L'après midi, nous avons travaillé chez moi. Poussé les meubles, fait de la place, heureusement l'essentiel de la scénographie c'est le lit, facile à reproduire dans un appartement. L'exiguïté du lieu nous a servi pour l'intimité. Marie dit que ma direction d'acteur empêche le comédien de se protéger, il est mis à nu... Je crois que le fait de travailler chez moi a encore accentué cela.

Nous avons bien travaillé. Linda, dans la façon qu'elle a de préparer physiquement Marie, par des clés techniques qu'elle nous donne, nous a fait gagner un temps précieux. C'est pour cela que j'aime travailler avec quelqu'un qui connaît bien les mécanismes du corps. Bien sur, le comédien finit toujours par trouver le chemin, mais parfois cela prend énormément de temps. Là, avec quelques indications simples, elle a pu trouver le chemin directement, du coup, elle a trouvé une grande liberté pour jouer.

La semaine a été efficace et agréable, fatigante aussi bien sur. Pour ma part, je suis heureuse qu'on ait réussi à retrouver le plaisir de travailler, de créer. C'est une qualité de concentration tellement plus efficace que la douleur, la culpabilité ou les tensions qui se trimballent souvent durant un travail de création. Combien de fois ai-je dit à Marie cette semaine de lâcher la pression, combien de fois ai-je dit que ce texte a été écrit pour elle, sur mesure, combien de fois ai-je dit que ces quinze jours de répétitions devaient être une fête pour nous qui aimons tant notre métier et qui nous donnons la chance de l'exercer, même dans la précarité. Quinze jour pour faire ce que nous aimons le plus. Je ne sais pas combien de fois, mais de moins en moins au fur et à mesure que les jours ont passés.

Nous avançons, et c'est pleins d'émotions et de reconnaissance que je vois ce spectacle naître ...

lundi 14 janvier 2008

Reprise des répétitions de L'Amoureuse

Voilà, c'est reparti. cette fois ci, l'équipe est au complet. Les comédiens ont deux à trois heures de préparation physique avec linda Gonin, la danseuse qui m'assiste à la mise en scène. Je suis parfois dedans, parfois dehors, selon que j'ai besoin de les voir bouger ou de sentir les mouvements du corps. Ils réapprennent le mouvement. On rit en disant qu'on travail notre troisième dimension, mais c'est vraiment l'effet que cela nous fait. Marie gagne en densité.

Jusque là je n'avais fait qu'écouter le texte, maintenant je regarde la comédienne. Incroyable comme lorsqu'on efface le petit mouvement de la tête, le micro mouvement, celui qu'on devine à peine mais que l'acteur utilise comme pour ponctuer sa pensée, incroyable comme lorsqu'on l'efface, l'acteur gagne en présence, en puissance. On est bien obligé de constater qu'on ne peut rien dissocier, l'acteur est un tout qui doit tout travailler en même temps dans une intense concentration. Pour le moment elle est dans le " je prend appui dans le sol de toute la plante de mes pieds, quand mon bras se lève le mouvement part du bas du dos, pas de l'épaule" et autres incongruités. Oui, tout réapprendre à chaque fois, gommer le quotidien pour aller à l'essentiel jusqu'à trouver la grande illusion, ce qui semble naturel, évident et qui a demandé tant et tant d'heure de labeur.

Hicham, (l'homme tué de la pièce) se montre très à l'écoute et c'est ce qu'il faut. Il découvre tout du travail mais il a une façon simple d'aborder les choses. Il ne cherche pas à démontrer, ce qui est souvent le défaut des débutants. Je suis rassuré sur mon choix. C'est toujours une prise de risque de travailler avec un débutant sur ce genre de projet, mais pour le moment, les raisons qui ont motivés ce choix continue de peser plus lourd dans la balance que son inexpérience du théâtre.

Je découvre aussi la collaboration avec Linda. Un pur bonheur, une chose assez rare pour être précieuse, nous sommes vraiment sur la même longueur d'onde, et nous apprenons beaucoup au contact l'une de l'autre. Notre approche du travail n'a que l'apparence de la différence, nous découvrons avec enthousiasme que tout se tient, tout se rejoint. A nous deux, nous tissons une toile pour les acteurs.

Les musiques de Toups Bebey arrivent petit à petit dans le travail et me porte encore un peu plus loin. C'est toujours très émouvant pour moi, l'arrivée de la musique du spectacle. c'est comme un rêve auquel on n'osait croire, des mots qui deviennent des notes de musique. J'ai une sorte de fascination pour le compositeur qui parvient à traduire en musique des émotions que j'ai eu tant de peine à traduire en mot et qui n'a eu pour cela que le flou de mes envies. Toups a du génie et l'humilité qui va avec.

Et Marie qui n'en finit pas de me surprendre. Cette façon bien à elle d'être un peu scolaire, et d'en rire. Cette façon qu'elle a d'intellectualiser, de vouloir comprendre pour finalement lâcher et nous étonner de la rapidité avec laquelle elle se joue des contraintes. La crème de comédienne, une pro quoi ...

Bref, j'ai une équipe du tonnerre, du miel.

Chaque branche travaille, tout en écoutant la branche voisine, je sens d'une façon si aiguë, le but que nous allons atteindre. C'est comme bâtir une maison, on commence avec une idée de la maison, on en fait les plans, puis le chantier commence et au bout l'idée est devenue réalité, et le top c'est que sur ce chantier, il n'y a que des gens qui aime travailler, et qui ont plaisir à le faire ensemble. Je me sens architecte ...

Alors bien sur mon expérience fait que je sais que nous traverserons des crises, des doutes, des angoisses et même probable des ras le bol. Et j'essaierai de les raconter de la même façon parce que ça fait partie du chemin. Pour le moment je profite, mon cerveau est si heureux de retrouver la voie de la mise en scène...

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