L'amoureuse, mis en scène

C’est une aventure particulière que d’être le metteur en scène de sa propre pièce. Mon rôle de metteur en scène a pris la place de l’auteur quand je me suis reposée cette question : Qu’est ce que je raconte ? En y répondant j’ai regardé mon texte d’un autre œil, je l’ai regardé comme un metteur en scène.

Le point commun entre ces deux regards : la comédienne est première dans la mise en scène. C’est avant tout sur elle que repose le spectacle. La scène est quasiment nue, comme elle, comme l’âme de L’Amoureuse qu’elle met à nue pour nous. Tout est là pour la mettre en lumière, rien ne doit nous détourner d’elle.

Ensuite est venu le lit comme le lieu évident de ses confidences. Il est plus symbolique que réaliste, un rectangle, des draps, un espace qui est tout à la fois le lieu de son crime, et sa prison, son cocon et son ring.

Parce que ce texte est une volonté de dire l’intime, parce que le personnage se fait témoin de sa propre vie, de son propre crime ; le public est son partenaire, le réceptacle de ses confidences. Il est directement impliqué dans son écoute. Parce que nous vivons une époque où « la réalité » vole la part de la fiction, ou le voyeurisme vole la part du spectateur, ici, la fiction est au service du fantasme, la représentation au service d’une vérité. Le théâtre est le lieu idéal pour répondre à notre besoin d’émotions, à nos pulsions de voyeur. L’on peut cesser de se demander la part du réel, la part du virtuel, puisque la réponse découle de la représentation. Au théâtre, tout est faux, sauf les corps, sauf l’émotion, sauf l’humanité. N’est-ce pas ce que nous cherchons toujours, à travers nos écrans ? N’est-ce pas parce que l’écran fait écran à cette humanité, que nous sombrons dans l’exhibition ? Ainsi, le théâtre est plus que jamais nécessaire, un théâtre qui s’adresse directement à l’humain pour lui parler de lui, l’aider dans sa quête de lui, cette recherche qui n’aura de fin qu’avec l’humanité elle-même.

Parce que le corps raconte une vérité quand l’esprit se déguise, parce que la chair est le premier récepteur d’émotions, parce que je veux un théâtre sensuel, cru, mais sans vulgarité, j’ai fait appel pour m’assister à Linda Gonin, danseuse. Parce que les confidences sont aussi des confi-danses, parce que les émotions donnent un rythme à notre corps, parce que notre corps est notre "choeur", j’ai voulu que la comédienne ait une grande conscience de ce que son corps raconte. Il ne s’agit pas de la faire danser, il s’agit avant tout d’aller au geste essentiel, de supprimer le superflu, le superflou, pour atteindre une vision limpide, évidente, comme l’auteur cherche la bonne virgule.

Parce que la musique des mots ne cesse de changer au rythme de sa folie qui grandit, parce que j’ai toujours pensé que chacun de nous avions nos petites musiques intérieures, parce que les émotions sont mélodiques, et parce que la musique peut atteindre des cellules inaccessibles aux mots, j’ai demandé à Toups Bebey de composer la musique de l’Amoureuse, de lui trouver ses rythmes, ses petites musiques intérieures, ses mélodies.

Nous avons réunis cette petite équipe l'autre soir autour d'un repas. Tous ne se connaissent pas. Une prise de contact réussie. J'aime cette ambiance, le groupe se forme autour du projet, on sent chacun tout à la fois motivé, traqué, certain s'interroge encore beaucoup sur ma demande de metteur en scène. Ces questionnements m'oblige à approfondir, me font avancer et me prépare bien pour le début des répétitions. j'aime sentir nos cerveaux en ébullition, la pré-création, ce temps où l'excitation se partage à l'impatience. Plus tard viendront les doutes, la gestion de tous nos doutes confrontés, de cela naîtra l'unité.

Cette première réunion m'a donné une grande confiance dans le choix de l'équipe. Le courant passe. C'est très important le choix d'une équipe, c'est 50% du travail.

Première cession de répétition prévue, entre le 1 et le 7 novembre, juste la comédienne et moi. Première approche, première mise en bouche, en mouvement. Débroussaillage dans l'intimité pour un texte qui fouille cette intimité. J'ai hâte, hâte, hâte ...

Commentaires

1. Le jeudi 25 octobre 2007, 23:11 par andrem

Pas de lien. Tu sais d'où je viens. Continue de raconter ton travail, ce long mystère qui aboutit à mes éblouissements de spectateur totalement théâtromane.

Je n'ai jamais abandonné les acteurs en pleine représentation, comme parfois font ces goujats qui partent bruyamment, surtout lorsque je sens bien que rien ne fonctionne, ni le texte ni les joueurs ni moi. Je sens bien que je suis celui qui souffre le moins.

Alors dès qu'une lumière, une luciole, survient dans le noir, je ne regrette plus rien. Aucun de tes doutes, de tes hésitations de tes paris, de tes audaces, de tes ratages, il doit bien y en avoir quoique je ne le crois pas trop mais il faut bien tout imaginer, ne tombera dans mon oreille sourde sans y laisser son et lumière.

J'ai hâtossi.

Je te le dis ^parce que je sors justement d'une de ces galères de pièce ratée. Et que je sais que je n'ai pourtant pas perdu ma soirée; sans dire pourquoi, mais je sais. Rien n'est vain au théâtre, qu'il soit boulevardier du pire ou intellochiant du plus pire encore, qu'il soit français de répertoire ou sans papier de chez zoulou. Qu'il soit hermétique ou ermitique. Beckett et Gredy. Karsenty et Lope de Vega. Tchekov et Marivaux. Colment aussi, j'en suis déjà certain.

Réserve moi une place à manger de suite.

Quoi? Je te mets la pression? Ben oui, pourquoi?

2. Le vendredi 26 octobre 2007, 21:35 par Alixire

Moins bien qu'Andrem qui sait mieux que moi user des mots, je t'encourage à continuer la description de ton travail. J'aime cette intimité avec la progression du faire. Et puis ta hâte est si formidable...

Merci

3. Le samedi 27 octobre 2007, 09:55 par luce

Andrem : Je suis bien heureuse que tu me suives jusqu'ici. Non, tu ne me mets pas la pression, tes mots sont l'expression de ta confiance et ta confiance vient renforcer la mienne ;-).

Alixire : Oui, on trouve cela aussi chez toi, j'aime tout autant les images de ton travail en cours ;-)