Répétitions "celle qui se bat comme un homme Andromaque"

On n'en fini jamais d'apprendre sur son métier de comédienne comme on n'en fini jamais d'apprendre sur soi.

Après mes débuts, où la quête de lâcher prise était le centre de mes préoccupations, où parfois je luttais pour ne pas penser, pour me laisser traverser, me voilà à l'approche de la quarantaine, dans la redécouverte de la maitrise. La voie du milieu est toujours la bonne mais qu'elle est longue à trouver. Le temps, la maturité sont mes alliés les plus surs. C'est fascinant d'avoir cette impression qu'un rôle arrive au bon moment, au moment ou vous êtes prêt à vivre et comprendre l'expérience proposée. Quand c'est le cas, j'ai l'impression de grandir, c'est extrêmement agréable.

Andromaque arrive à point nommé. J'ai la sensation d'être sur un fil, équilibriste entre deux abîmes, la maitrise et le lâché-prise, devoir me tenir exactement entre les deux pour ne pas sombrer.

Le fait d'être seule sur scène c'est à la fois plus de liberté et plus de danger aussi. (Mais j'aurai bientôt le musicien sur scène avec moi qui sera mon partenaire.) J'ai déjà eu à jouer des monologues, mais Andromaque c'est tellement beau, énorme. J'ai beau connaitre ce texte depuis longtemps, je l'ai fait travailler à des élèves à de nombreuses reprises, l'expérimenter ainsi c'est vraiment prendre conscience dans tout son être de sa richesse . J'ai souvent dit à mes élèves qu'entre deux alexandrins il y avait tout un monde. J'en fait l'expérience, cette condensation émotionnelle, et l'adaptation qui contracte en plus le temps, nous demande de nous arrêter quasiment sur chaque vers. pour donner à entendre ces mondes émotionnels qui se succèdent et même se juxtaposent. Car c'est bien l'enjeu donner à entendre, à voir, à sentir.

(à suivre)