Demain c'est la première

Demain déjà, oui, ce sera la première de "Celle qui se bat comme un homme... Andromaque".

J'ai cette sensation étrange au creux du ventre. Cette petite boule d'énergie qui se concentre dans mon centre de gravitation. Je ne suis pas une grande traqueuse, en apparence du moins. Simplement à l'approche d'une première, je ne suis pas tout à fait la même. Je me sens électrique, recentrée, un peu absente au reste du monde.

Je ne réalise pas ce que va être ce spectacle, je ne veux pas réaliser, je laisse ça à la metteur en scène. Je sens que c'est quelque chose de fort, je sens que cela va être une expérience puissante pour moi et pour les spectateurs aussi, je crois. Une traversée dans le monde d'Andromaque, un voyage émotionnel hors norme dans la vie d'une femme. Ce n'est pas Andromaque qui est hors norme, mais bien les émotions qu'elle traverse.

Je m'appuie de tout mon être sur le texte, j'en reviens toujours à ça. Je raconte une histoire, et le texte m'emporte. L'alchimie qui se crée ne me regarde presque pas, je n'y pense pas. Je ne pense qu'à ce que je suis en train de dire, au moment ou je le dis. Je redécouvre les mots, les dis pour la première fois, et pour autant je sais parfaitement ou je vais.

L'émotion est une énergie qui nous traverse, qui fait son va et vient entre acteur et spectateur, elle circule, se partage, ce n'est pas sur elle que je me concentre, elle est comme autonome. Je n'ai pas prise sur elle, c'est ça en quelque sorte le lâché prise. Moi je suis avec les mots, dans les mots, dans les images, dans l'histoire que je me raconte, que je raconte.

La magie de la représentation c'est ce voyage. Et Andromaque est l'un des plus beaux que j'ai eu à faire et à partager.