"La Tempête..." à Bobigny

La Tempête
Titania et ses fées

Je suis allée voir, à Bobigny (MC93), la mise en scène de Georges Lavaudant de "La Tempête... D'après La Tempête et Le songe d'une nuit d'été". Deux œuvres de Shakespeare entremêlée pour l'occasion. Les effets de miroir sont souvent soulignées entre ces deux textes, aussi était ce à priori une bonne idée de les réunir en une seule soirée. Ce sont quasiment les mêmes acteurs qui jouent dans les deux pièces et ils passent d'un rôle à l'autre avec plus ou moins de réussite.

Lavaudant réalise un bon divertissement mais pour être honnête, je n'ai pas trouvé sa mise en scène d'une grande créativité. J'y ai revu des effets un peu ressassés, comme mettre du Claude François au milieu d'une œuvre classique, ou faire des elfes et des fées du "songe", des prostituées (même si, ici, la version est plus burlesque que vulgaire). Par contre et heureusement, il a quelques très bons acteurs qui galvanisent le tout.
A noté tout particulièrement Pascal Rénéric qui interprète un excellent Bottom, très drôle, d'une fantastique énergie, qui joue avec jubilation, une véritable performance. Qu'il devienne un âne sous les mauvais coup de Puck (manuel le lièvre, bon Puck) ou qu'il soit Pyrame, il est à mourir de rire. Il parvient à jouer le ridicule avec excès et sincérité en même temps, son personnage est extravagant, burlesque et crédible, pas un effet en trop, pas de cabotinage dans le personnage du cabot, excellent je vous dit !
Les amoureux du songe sont rafraichissant à souhait, Adeline Zarudiansky dans Hermia à une belle voix rauque dans un corps de jeune première qui donne du caractère au personnage, Marianne Téton dans Héléna, nous interpelle de ses grands yeux noirs étonnés, Loïc-Emmanuel Deneuvy dans Lysandre passe de la tendresse à la cruauté avec aisance. Ils se dégagent de leurs jeux de la simplicité, de la fluidité et une belle énergie,
Tous les acteurs de la troupe amateurs qui entoure Bottom sont aussi excellent, Jean François Lapalus qui fait le Lion ( et un très bon Gonzlo également dans la tempête), Olivier Cruveiller qui fait le metteur en scène ( également hilarant dans Stephano dans la tempête), François Caron qui joue la muraille et une fée et qui fait un très bon Roi de Naples dans la tempête
Un bémol toutefois pour Julien Testard dans Démétrius, un peu fade et Iriana Solano dans Titania, amusante mais pas inoubliable.

J'ai préféré le songe d'une nuit d'été à la tempête. Mal soutenue par l'acteur principal André Marcon (rôle de Prospéro) qui déclame plus qu'il ne joue, qui fait des effets de voix pour des effets de puissance. On n'écoute plus le texte, on ne l'entend plus, on ne le comprend plus et l'on fini par s'y ennuyer. Dommage car les autres, Ariel joué par Astrid Bas, les jeunes amoureux joués par Janaîa Suaueau et Clément Bertani sont plutôt bien. Quand au Duo de clown porté par Jean François Lapalus et par Olivier Cruveiller, il est tout simplement excellent.

Cela donne l'impression générale qu'ils ont eu plus de plaisir à jouer "le songe" qu'à jouer "la tempête". André Marcon s'amuse vraisemblablement d'avantage dans ses rôles de Thésée et d'Obéron, il y est plus naturel en tout cas, Manuel Le Lièvre est bien plus convaincant dans Puck que dans Caliban. Seul Julien Testard semble plus à l'aise dans son rôle de Sébastien, traitre en puissance dans la tempête que dans son rôle de Démétrius.

Deux heures trente de spectacle donc, avec une longueur sur la fin quand après l'euphorie du songe, Lavaudant nous fait revenir dans la Tempête pour sa conclusion. Nous n'y sommes plus, Prospéro nous ennuie et les acteurs du songe nous manque.

Malgré mes critiques, l'ensemble laisse une impression positive et me donne plutôt envie de conseiller de voir ce spectacle, car on s'y amuse plus souvent qu'on ne s'y ennuie. Enfin, j'avouerai qu'ayant vu l'an passé la mise en scène d'Irina Brook de "La Tempête", qui en a fait une vrai fête du théâtre vivant, il est difficile de supporter la comparaison par la suite. C'est peut être pour cette raison également que mon regard fût plus critique pour cette partie du spectacle.