J'ai vu "Mademoiselle Julie" de Strinberg à l'odéon.

Un beau décor, une belle mise en scène intelligente, de bons acteurs, mais que m'a t-il manqué ? Ah oui, voilà, l'émotion. Oui, c'est cela sans doute, et je crois même que c'est voulu. ça me fait pensé à Céline, une vision de l'humanité médiocre, qui ne crée aucune empathie avec aucun des personnages. On les regarde, c'est comme de lire les déboire de Paris Hilton dans un magasine de papier glacé dans la salle d'attente de chez le médecin, je m'en fout.

C'est surement très juste par rapport à ce qu'à voulu l'auteur, c'est surement très réussi. Mais je suis déçue. Il faut dire que j'ai joué "Mademoiselle Julie" il y a quelques années, que je me suis battue pour comprendre, pour entrer en empathie avec elle, que nous en avions fait un personnage de chair, de sang, de désir, de destruction, de désir de destruction, que mon Monsieur Jean et sa Christine était des personnages tournés vers la vie, avec ses arrangements, ses mesquineries, ses petits combats, mais portés par leur pulsion de vie, tandis que Mademoiselle Julie n'était porté que par sa pulsion de mort. Qu'elle faisait tout pour empêcher la vie d'arriver, tout pour se faire croire quelle subissait une inertie qu'elle créait. C'est humain ça, ça vaut le coup de s'y intéresser, ça vaut le coup d'en être touché.

Enfin, avec Juliette Binoche dans le rôle titre, j'espérais être épatée, j'espérais prendre ma leçon, j'espérais avoir une révélation sur ce rôle qui m'a donné tant de fil à retordre. Avec Juliette Binoche, il y avait de quoi déchirer. Mais hélas ce ne fût pas le cas. C'est une excellente actrice. Oui mais ...

Au début je me suis dit "ah c'est chouette, j'aime le décor, j'aime cette boite toute blanche, ces grandes baies vitrées, ces gens qui dansent au fond, cette cuisine moderne. Puis je me suis dit "ah les voies des acteurs soutenue par les micros pour passé au dessus de la musique, ça met à distance. Bon on est au cinéma là, pas au théâtre. Et puis j'ai oublié, parce que ça joue tout de même. Une sorte d'hypnose opère sur la première partie. Puis le temps passe et rien ne monte, je me suis dit " tiens on en est là, bon, dommage je n'ai rien ressenti sur ce passage là" et puis le temps passe et on reste froid, et le suicide de Mademoiselle Julie, au final, on s'en fout...

Ils ont surement raison. C'est surement très intelligent, peut être trop intelligent. Je ne me suis pas ennuyée mais j'ai quitté la salle avec cette impression de "bon et alors ?" Décidément, j'attends autre chose du théâtre.