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Ce projet a pris sa source dans mon histoire personnelle.

J’ai 41 ans quand le père de ma fille meurt d’un cancer du poumon. Durant l’année que dure sa maladie, je l’accompagne. Je côtoie des soignants, d’autres patients. Nous écrivons tous les deux, chacun à notre façon, ce choc, cette traversée.

« Écrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. » Marguerite Duras. A sa mort, je continue d’écrire seule, mon deuil.

A ces écrits, « ces cris silencieux », je donne corps et voix. Je pense théâtre et je pense danse. Cette histoire s’incarnera par les mots et par les corps parce qu’elle n’est pas seulement la mienne.

Portée par une nécessité plus forte encore de transmettre, de partager, de réunir, de mettre la parole là où le silence règne, (parce que le silence, c’est une double peine, c’est ajouter la douleur de la solitude et de l’exclusion à la douleur de la maladie), Je veux mettre les mots au service des autres. Je sais combien ils sont utiles pour traverser le drame.

Dans notre société, la maladie et la mort sont des réalités refoulées, des tabous.
Or, un tabou, c’est un monstre qui nous fait tellement peur, une horreur telle, qu’on n’a plus de regard pour le voir, plus de mot pour le dire, plus d’ouïe pour l’entendre. Le tabou nous prive de nos sens. Pourtant, se sont des choses qui arrivent. La tragédie fait partie de la vie et notre époque en sait quelque chose. Alors, je pose ces questions : quand cela arrive, qu’en faisons nous ? Comment y survit-on ? Et ma réponse est : par l’amour… C’est l’amour qui nous rend la vue, la parole et la faculté d’écouter. L’amour est l’arme absolue de la vie. « Elle ma compagne » est une histoire d’amour. Cet amour présent dans chaque mot, dans chaque silence, dans chaque geste, nous permet d’entendre, de voir, d’éprouver, de traverser cette tragédie et d’en revenir armé pour la vie.

Ce texte est donc écrit pour la scène. Il a besoin de prendre chair, de prendre vie par les acteurs. A la manière des impressionnistes, j'imagine la mise en scène comme une interprétation de la réalité, une réalité émotionnelle. Lorsqu’on regarde un tableau de Van Gogh, on éprouve le vent, la chaleur, l’orage, la nuit. Van Gogh nous donne à voir l’invisible.

Le sujet touchant à l’essentiel de notre humanité, (la vie, l’amour, la maladie, la mort) à l’existentiel, je veux l'aborder avec sincérité et pudeur. J'ai toujours présent à l’esprit, tout le long du travail de création, que ce texte n’est pas là pour heurter mais pour éveiller, pas là pour effrayer mais pour dire que c’est possible de vivre ensemble, bien portants, malades, accompagnants, soignants, mourants, vivants. Et qu’il y a une grande richesse humaine à trouver quand on cesse de détourner les yeux.
« Elle ma compagne », peut se faire outil, pour accompagner, panser, penser, avec d’autres qui traversent, d’autres qui accompagnent, et tous les autres aussi, non plus séparés, mais ensemble. Chaque représentation pourrait être suivie d’une rencontre permettant un échange avec le public, comme elle pourrait être accompagnée d'atelier de "récit de vie" autour du thème "accident de vie" organisé en amont ou en aval de la représentation.

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