Luce Colmant

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mercredi 13 septembre 2017

Avant propos à la mise en scène de "Elle ma compagne"

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Ce projet a pris sa source dans mon histoire personnelle.

J’ai 41 ans quand le père de ma fille meurt d’un cancer du poumon. Durant l’année que dure sa maladie, je l’accompagne. Je côtoie des soignants, d’autres patients. Nous écrivons tous les deux, chacun à notre façon, ce choc, cette traversée.

« Écrire, c'est aussi ne pas parler. C'est se taire. C'est hurler sans bruit. » Marguerite Duras. A sa mort, je continue d’écrire seule, mon deuil.

A ces écrits, « ces cris silencieux », je donne corps et voix. Je pense théâtre et je pense danse. Cette histoire s’incarnera par les mots et par les corps parce qu’elle n’est pas seulement la mienne.

Portée par une nécessité plus forte encore de transmettre, de partager, de réunir, de mettre la parole là où le silence règne, (parce que le silence, c’est une double peine, c’est ajouter la douleur de la solitude et de l’exclusion à la douleur de la maladie), Je veux mettre les mots au service des autres. Je sais combien ils sont utiles pour traverser le drame.

Dans notre société, la maladie et la mort sont des réalités refoulées, des tabous.
Or, un tabou, c’est un monstre qui nous fait tellement peur, une horreur telle, qu’on n’a plus de regard pour le voir, plus de mot pour le dire, plus d’ouïe pour l’entendre. Le tabou nous prive de nos sens. Pourtant, se sont des choses qui arrivent. La tragédie fait partie de la vie et notre époque en sait quelque chose. Alors, je pose ces questions : quand cela arrive, qu’en faisons nous ? Comment y survit-on ? Et ma réponse est : par l’amour… C’est l’amour qui nous rend la vue, la parole et la faculté d’écouter. L’amour est l’arme absolue de la vie. « Elle ma compagne » est une histoire d’amour. Cet amour présent dans chaque mot, dans chaque silence, dans chaque geste, nous permet d’entendre, de voir, d’éprouver, de traverser cette tragédie et d’en revenir armé pour la vie.

Ce texte est donc écrit pour la scène. Il a besoin de prendre chair, de prendre vie par les acteurs. A la manière des impressionnistes, j'imagine la mise en scène comme une interprétation de la réalité, une réalité émotionnelle. Lorsqu’on regarde un tableau de Van Gogh, on éprouve le vent, la chaleur, l’orage, la nuit. Van Gogh nous donne à voir l’invisible.

Le sujet touchant à l’essentiel de notre humanité, (la vie, l’amour, la maladie, la mort) à l’existentiel, je veux l'aborder avec sincérité et pudeur. J'ai toujours présent à l’esprit, tout le long du travail de création, que ce texte n’est pas là pour heurter mais pour éveiller, pas là pour effrayer mais pour dire que c’est possible de vivre ensemble, bien portants, malades, accompagnants, soignants, mourants, vivants. Et qu’il y a une grande richesse humaine à trouver quand on cesse de détourner les yeux.
« Elle ma compagne », peut se faire outil, pour accompagner, panser, penser, avec d’autres qui traversent, d’autres qui accompagnent, et tous les autres aussi, non plus séparés, mais ensemble. Chaque représentation pourrait être suivie d’une rencontre permettant un échange avec le public, comme elle pourrait être accompagnée d'atelier de "récit de vie" autour du thème "accident de vie" organisé en amont ou en aval de la représentation.

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lundi 10 mai 2010

Bilan de stage

Jeudi et vendredi dernier j'ai participé à un stage au C.D.N de Sartrouville clown/danse. Co-animé par Catherine Germain et Thierry Niang.

catherine_germain_11.jpgCatherine Germain tout en austérité comme elle le dit elle même nous invite à nous confronter au vide et à la question. Chercher le monstre en nous. C'est un travail invisible à l'œil nu, tout est en dedans. Unique après midi passée avec elle, tout autant fascinante que frustrante. Rentrée chez moi avec une étrange sensation de faim. Oui de faim pas de fin.

thierry.jpgThierry Niang nous propose une séance extrêmement ludique. Les corps s'expriment, le mentale disparait. Lâché prise, abandon, confiance, prise de risque, plaisir, sont les mots qui me viennent pour en parler.

un-amour_modif_.jpgIl y avait aussi une représentation de leur spectacle "Un Amour" auquel malheureusement je n'ai pu assister ayant des cours de théâtre à assurer ces soirs là.

Au final, une rencontre entre un danseur et un clown, deux univers connectés comme un être forme un tout. Au final de belles rencontres d'humanité avec les autres stagiaires, avec Catherine et Thierry. Merci à eux, c'était vraiment bien.

vendredi 6 mars 2009

Ashes de Koen Augustijnen

Ashes

Nous avions rendez vous ce soir là au théâtre des abbesses. On y danse. Nous sommes montés tout en haut, au paradis, sur les strapontins, la salle plonge vers la scène à en donner le vertige. Il est tôt, et le ballet commence pour nous, assis, debout, assis, debout, clap font les strapontins comme pour applaudir notre performance. D'autres spectateurs nous écrasent un peu les pieds au passage, ils ne sont pas si bons danseurs.

L'obscurité se fait, notre ballet s'assagit, je soupire d'aise et de hâte.

Je suis comme dans un avion qui survole un cataclysme. J'ai une image de désolation, chutes des corps, tout est gris comme nimbé de poussière, un seul homme est debout encore, immobile. Une petite tache bleu et rouge apparaît, la vie, le mouvement, l'espoir. C'est ainsi que ça commence... La suite est une explosion permanente d'émotions. Je ressens leur danse dans mes tripes. Tout me parle, la musique en vie, plus réelle que les mots, les chants qui me pénètrent, et les corps qui sont miens, qui sont nous, qui sont l'humanité entière, Le bruit même de leur corps, de leur poids, participe à la grande vibration qui m'inonde.. Cette histoire de mort et de re-vie, cette histoire de deuil impossible à faire mais qui se fait pourtant.
Il y a cette femme qui s'agite, elle me fait mal, elle me bouleverse, il y a cet homme, ivre, de vie enfin, mais qui joue sans arrêt avec la mort, ce survivant qui se prend pour un immortel, j'ai peur pour lui, mais il me fait tant rire en même temps que je le supplierai volontiers de continuer à être fou. Il y a ces couples qui se reforment, ces jeux d'intouchables qui aimeraient s'atteindre, et puis la douceur infinie de leur souffle origine de tout, du premier mouvement d'amour. Tout explose à nouveau, au fond plus haut, il y a ce terrain de jeux, ils bondissent de vie, ils défient l'apesanteur, je les vois disparaître comme happés par le ciel, puis revenir à nous. Cela finira sur une berceuse, le grand apaisement collectif.

Koen Augustijnen, est un chorégraphe, mais il est plus que cela. C'est un faiseur d'émotions. Il sait tout utiliser pour nous faire vibrer. Il s'entoure d'artistes, danseurs, musiciens, chanteurs lyrique, il les fédère. J'imagine sans peine que ce doit être un pur bonheur de travailler avec lui, il y a tant de générosité sur scène, ça ne s'obtient pas autrement que par le réel plaisir, le réel désir, le défi collectif qu'ils relèvent. Moi, c'est le genre de spectacle qui me rendrait groupie, j'avais une telle envie d'attendre les artistes juste pour leur dire : " Merci". Si un jour vous voyez ce nom "Keon Augustijnen" sur une affiche, n'essayez pas de le prononcer, mais ne réfléchissez pas, prenez vos billets et allez voir. Il fait partie des incontournables.