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jeudi 8 novembre 2007

Première séquence de répétitions

Une semaine dans des conditions presque de luxe, nourries, logées, bien nourries, bien logées, et le tout gratuitement, c'est rare, c'est luxe. Ma mère nous a accueillie dans sa maison, à la campagne pour cette première partie du travail. Nous avons répété dans le garage, espace de taille moyenne convenant bien à l'intimité nécessaire des premières répétitions, suffisamment grand pour pouvoir bougé sans être gêné.

Tout les matins, le training pour se mettre en route, marche soutenue dans la campagne environnante, avec travail sur la mémorisation du texte. Il fait beau, la lumière du petit matin est belle, les villageois du coin nous regarde un peu comme d'étranges créatures...

Retour dans notre antre, nous triturons le texte pour en extraire le suc. Je pinaille sur tout, insatiable d'entendre la bonne musique. Ce texte se révèle être une partition, j'aurai pu le chapitrer comme des mouvements "allegro, andante, piano, pianissimo..." La comédienne se plie à mes exigences avec générosité, pas un acte d'impatience, pas un regard de frustration. Pourtant je sais, je devine son envie, son besoin de prendre le large, mais nous savons toutes deux que c'est trop tôt.

Tout es là, en latence, nous sentons les prémisses, le potentiel de ce que nous allons raconter, le but s'éclaircit encore, le chemin se trace. Confiance, magnifique confiance dans ce que nous entreprenons, du bonheur beaucoup. Je savoure l'efficacité, la rapidité avec laquelle la comédienne capte mes commandes, car c'est bien cela que je fais : "Un peu de sel là, un peu de sucre ici, met moi donc un parfum d'ironie dans cette détresse, j'aimerai bien qu'ici tu te brises, cristalline et trouble". Elle annote son texte, me sourit comme pour me dire "mais bien sur", reprend là où je l'ai arrêtée, et j'entends plus que je ne vois mon menu servi. Il est encore miniature, mais il est là, il va grandir.

Quand la journée de travail se termine, je constate, un peu émerveillée, que nous avons bien avancé, dans la fluidité du temps. Je retrouve ma fille, mon bébé, dont on s'est si bien occupée pendant que je m'occupais d'un enfant d'un autre genre. C'est un luxe aussi que d'avoir l'esprit tranquille à son sujet. Semaine toute à la fois douillette et intense, j'en remercie tous les protagonistes...

jeudi 25 octobre 2007

L'amoureuse, mis en scène

C’est une aventure particulière que d’être le metteur en scène de sa propre pièce. Mon rôle de metteur en scène a pris la place de l’auteur quand je me suis reposée cette question : Qu’est ce que je raconte ? En y répondant j’ai regardé mon texte d’un autre œil, je l’ai regardé comme un metteur en scène.

Le point commun entre ces deux regards : la comédienne est première dans la mise en scène. C’est avant tout sur elle que repose le spectacle. La scène est quasiment nue, comme elle, comme l’âme de L’Amoureuse qu’elle met à nue pour nous. Tout est là pour la mettre en lumière, rien ne doit nous détourner d’elle.

Ensuite est venu le lit comme le lieu évident de ses confidences. Il est plus symbolique que réaliste, un rectangle, des draps, un espace qui est tout à la fois le lieu de son crime, et sa prison, son cocon et son ring.

Parce que ce texte est une volonté de dire l’intime, parce que le personnage se fait témoin de sa propre vie, de son propre crime ; le public est son partenaire, le réceptacle de ses confidences. Il est directement impliqué dans son écoute. Parce que nous vivons une époque où « la réalité » vole la part de la fiction, ou le voyeurisme vole la part du spectateur, ici, la fiction est au service du fantasme, la représentation au service d’une vérité. Le théâtre est le lieu idéal pour répondre à notre besoin d’émotions, à nos pulsions de voyeur. L’on peut cesser de se demander la part du réel, la part du virtuel, puisque la réponse découle de la représentation. Au théâtre, tout est faux, sauf les corps, sauf l’émotion, sauf l’humanité. N’est-ce pas ce que nous cherchons toujours, à travers nos écrans ? N’est-ce pas parce que l’écran fait écran à cette humanité, que nous sombrons dans l’exhibition ? Ainsi, le théâtre est plus que jamais nécessaire, un théâtre qui s’adresse directement à l’humain pour lui parler de lui, l’aider dans sa quête de lui, cette recherche qui n’aura de fin qu’avec l’humanité elle-même.

Parce que le corps raconte une vérité quand l’esprit se déguise, parce que la chair est le premier récepteur d’émotions, parce que je veux un théâtre sensuel, cru, mais sans vulgarité, j’ai fait appel pour m’assister à Linda Gonin, danseuse. Parce que les confidences sont aussi des confi-danses, parce que les émotions donnent un rythme à notre corps, parce que notre corps est notre "choeur", j’ai voulu que la comédienne ait une grande conscience de ce que son corps raconte. Il ne s’agit pas de la faire danser, il s’agit avant tout d’aller au geste essentiel, de supprimer le superflu, le superflou, pour atteindre une vision limpide, évidente, comme l’auteur cherche la bonne virgule.

Parce que la musique des mots ne cesse de changer au rythme de sa folie qui grandit, parce que j’ai toujours pensé que chacun de nous avions nos petites musiques intérieures, parce que les émotions sont mélodiques, et parce que la musique peut atteindre des cellules inaccessibles aux mots, j’ai demandé à Toups Bebey de composer la musique de l’Amoureuse, de lui trouver ses rythmes, ses petites musiques intérieures, ses mélodies.

Nous avons réunis cette petite équipe l'autre soir autour d'un repas. Tous ne se connaissent pas. Une prise de contact réussie. J'aime cette ambiance, le groupe se forme autour du projet, on sent chacun tout à la fois motivé, traqué, certain s'interroge encore beaucoup sur ma demande de metteur en scène. Ces questionnements m'oblige à approfondir, me font avancer et me prépare bien pour le début des répétitions. j'aime sentir nos cerveaux en ébullition, la pré-création, ce temps où l'excitation se partage à l'impatience. Plus tard viendront les doutes, la gestion de tous nos doutes confrontés, de cela naîtra l'unité.

Cette première réunion m'a donné une grande confiance dans le choix de l'équipe. Le courant passe. C'est très important le choix d'une équipe, c'est 50% du travail.

Première cession de répétition prévue, entre le 1 et le 7 novembre, juste la comédienne et moi. Première approche, première mise en bouche, en mouvement. Débroussaillage dans l'intimité pour un texte qui fouille cette intimité. J'ai hâte, hâte, hâte ...

L'amoureuse, synopsis

Quelque part sur la terre, dans une chambre, dans un lit, l’Amoureuse tue son amour par étouffement. Alors elle refait le chemin et se raconte. Depuis qu’elle a trois ans, elle est amoureuse. Amoureuse comme elle combat la solitude, l’abandon. Amoureuse qui porte l’héritage amoureux de ses parents et sans doute de toutes les générations d’avant. L’Amoureuse et son enfance solitaire, les espoirs de sa mère, le silence de son père, sa découverte des mots, ses amours et puis son amour, celui qui porte et contient tout…

jeudi 6 septembre 2007

L'Amoureuse

Je viens de finir d'écrire ce monologue. L'idée est parti sur l'envie de traiter un fait divers, ce qui se cache derrière le fait divers, l'humanité monstruseuse. Un crime commis par une femme, puisque c'était une envie de travailler avec une comédienne, Marie Teissier. Au fil de l'écriture le fait divers s'est éloigné pour laisser la place à la tragédie, c'est le chemin naturel du théâtre.

Après avoir jeter ensemble les premières idées, je me suis mise au travail. Tout doucement, le personnage est apparu, il s'est affiné, tout doucement la narration a trouvé son rythme.

Quand j'ai dit que je viens de finir c'est que j'ai mis le mot "fin" au texte et qu'après lecture, Marie était heureuse du résultat. Possible, pas sur, mais possible que le texte évolue avec le travail de répétition.

Maintenant, il va me falloir prendre du recul pour passer à la mise en scène...

Nos premières représentations sont prévues à Nice, fin avril 2008.

Voici un extrait du texte, juste pour donner une idée ... sans rien dévoiler non plus ...

Au publique
Il y avait ce silence. Papa, maman, moi et le silence. Le poids étouffant du désamour qui se tait. Un gouffre dans lequel nous chutions, un abîme qui nous a tant abîmé...

Ma mère, amer, pleurait parfois de ces sanglots contenus, de ce regard vague, éteint. Elle plongeait dans son passé réinventé pour moi, pour elle. Mon père y tenait son rôle d'homme.
Elle l'aimait, l'avait aimé, l'aimait encore, croyait elle ...
Moi je me taisais, je me terrais en attendant de vivre. Si j'étais née en sortant du ventre de ma mère, elle ne m'avait pas pour autant donné la vie.
La vie, il me faudrait la prendre, la voler, la conquérir, plus tard. En attendant je me taisais et j'entendais sans écouter le bruit assourdissant du silence.

Mon père, aigri sans doute ... mais comment savoir ... Mon père, emmuré, enfermé, encarapaçonné, embarbelé. Mon père, l'inaccessible étoile morte, terreur et désir de mon enfance. Mon père faisait régner sa loi, celle du silence, en tyran propret, appliqué, intraitable jusqu'à l'absurde, digne jusqu'à l'horreur... Je l'aimais, l'avais aimé, croyais l'aimer encore ...
L'entendre me demander la salière était la preuve de son amour ...
Je me suis amusée à imaginer que ma mère ne salait jamais sa cuisine, juste pour ça, pour l'entendre demander la salière.
Sa façon à lui de nous dire je vous aime, sa façon à nous de le croire en tout cas. Probable, oui probable que l'amour n'y était pas...

Mais il y avait les livres de la bibliothèque municipale et Melle la bibliothécaire pour me parler. Dans cet espace réservé au silence respectueux des lecteurs, Melle me parlait, nous chuchotions, sa voix garde à jamais pour moi le parfum de son souffle mentholé. « Je te conseille celui-ci » et son petit clignement de l'oeil gourmand qui m'assurait les délices des mots enfin.
Je me souviens si bien d’avoir dévoré « L’étranger » et « la peste » de Camus, j’ai gardé intact en moi la trace du malaise qui répondait à mes angoisses d’alors.
Il y a eu Boris Vian, que je cachais à mes parents, rien que le titre de « J'irai cracher sur vos tombes" » les aurait effrayé.
Colette, quels délicieux souvenirs, ce parfum d’interdit, de liberté, d’indépendance.
J’ai été « l’Eléa » de « la nuit des temps » de Barjavel, c’est ainsi que je me sentais. J’avais dû vivre, il y a un million d’années, me réveiller comme une étrangère, à la recherche de mon grand amour.
Oh, et puis il y a eu aussi « la belle du seigneur » de Cohen, que j’ai autant aimé que détesté, j’étais tout à la fois Solal et Arianne, j’avais tellement mal avec eux, tellement mal avec ce réel toujours corrompue qui détruit tout.
Je me suis perdue dans les dédales de doïtoïevski, avec délices.
J’ai fantasmé sur « Tous les hommes sont mortels » de Beauvoir, j’aurai adoré rencontrer un immortel.
Je me suis laissée emporter par « les Hauts de Hurlevents », « Lady Chatterley ». J’ai lu tous les Françoise Sagan qui me passaient dans les mains, j’aimais ses héroïnes qui avaient toujours pour moi le visage de Romi Shneider, j’ignore pourquoi, sans doute à cause des films de Sautet. J’adorais les films de Sautet, ils montraient une vie réelle mais vivante, tout le contraire de la mienne…
Et puis bien sûr « les liaisons Dangereuses » de Laclos, le génie de Madame de Merteuil, la pureté de madame de Tourvel , j’étais les deux à la fois et c’est moi qui emportait Valmont.

Tous ces livres, tous ces mots criaient à mon coeur palpitant, sifflaient comme une balle, giflaient, frappaient, claquaient, tambourinaient, fouettaient, riaient, chantaient, dansaient, fêtaient, pleuraient, ils faisaient un boucan d'enfer, c'était le paradis.
C'est ici, c'est ainsi que la vie a pris corps en moi. Je suis née dans la bibliothèque municipale et Melle était une bien sage-femme.

A lui
Je me demande parfois comment deux Icebergs peuvent engendrer un volcan ...

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