Luce Colmant

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jeudi 6 septembre 2007

L'Amoureuse

Je viens de finir d'écrire ce monologue. L'idée est parti sur l'envie de traiter un fait divers, ce qui se cache derrière le fait divers, l'humanité monstruseuse. Un crime commis par une femme, puisque c'était une envie de travailler avec une comédienne, Marie Teissier. Au fil de l'écriture le fait divers s'est éloigné pour laisser la place à la tragédie, c'est le chemin naturel du théâtre.

Après avoir jeter ensemble les premières idées, je me suis mise au travail. Tout doucement, le personnage est apparu, il s'est affiné, tout doucement la narration a trouvé son rythme.

Quand j'ai dit que je viens de finir c'est que j'ai mis le mot "fin" au texte et qu'après lecture, Marie était heureuse du résultat. Possible, pas sur, mais possible que le texte évolue avec le travail de répétition.

Maintenant, il va me falloir prendre du recul pour passer à la mise en scène...

Nos premières représentations sont prévues à Nice, fin avril 2008.

Voici un extrait du texte, juste pour donner une idée ... sans rien dévoiler non plus ...

Au publique
Il y avait ce silence. Papa, maman, moi et le silence. Le poids étouffant du désamour qui se tait. Un gouffre dans lequel nous chutions, un abîme qui nous a tant abîmé...

Ma mère, amer, pleurait parfois de ces sanglots contenus, de ce regard vague, éteint. Elle plongeait dans son passé réinventé pour moi, pour elle. Mon père y tenait son rôle d'homme.
Elle l'aimait, l'avait aimé, l'aimait encore, croyait elle ...
Moi je me taisais, je me terrais en attendant de vivre. Si j'étais née en sortant du ventre de ma mère, elle ne m'avait pas pour autant donné la vie.
La vie, il me faudrait la prendre, la voler, la conquérir, plus tard. En attendant je me taisais et j'entendais sans écouter le bruit assourdissant du silence.

Mon père, aigri sans doute ... mais comment savoir ... Mon père, emmuré, enfermé, encarapaçonné, embarbelé. Mon père, l'inaccessible étoile morte, terreur et désir de mon enfance. Mon père faisait régner sa loi, celle du silence, en tyran propret, appliqué, intraitable jusqu'à l'absurde, digne jusqu'à l'horreur... Je l'aimais, l'avais aimé, croyais l'aimer encore ...
L'entendre me demander la salière était la preuve de son amour ...
Je me suis amusée à imaginer que ma mère ne salait jamais sa cuisine, juste pour ça, pour l'entendre demander la salière.
Sa façon à lui de nous dire je vous aime, sa façon à nous de le croire en tout cas. Probable, oui probable que l'amour n'y était pas...

Mais il y avait les livres de la bibliothèque municipale et Melle la bibliothécaire pour me parler. Dans cet espace réservé au silence respectueux des lecteurs, Melle me parlait, nous chuchotions, sa voix garde à jamais pour moi le parfum de son souffle mentholé. « Je te conseille celui-ci » et son petit clignement de l'oeil gourmand qui m'assurait les délices des mots enfin.
Je me souviens si bien d’avoir dévoré « L’étranger » et « la peste » de Camus, j’ai gardé intact en moi la trace du malaise qui répondait à mes angoisses d’alors.
Il y a eu Boris Vian, que je cachais à mes parents, rien que le titre de « J'irai cracher sur vos tombes" » les aurait effrayé.
Colette, quels délicieux souvenirs, ce parfum d’interdit, de liberté, d’indépendance.
J’ai été « l’Eléa » de « la nuit des temps » de Barjavel, c’est ainsi que je me sentais. J’avais dû vivre, il y a un million d’années, me réveiller comme une étrangère, à la recherche de mon grand amour.
Oh, et puis il y a eu aussi « la belle du seigneur » de Cohen, que j’ai autant aimé que détesté, j’étais tout à la fois Solal et Arianne, j’avais tellement mal avec eux, tellement mal avec ce réel toujours corrompue qui détruit tout.
Je me suis perdue dans les dédales de doïtoïevski, avec délices.
J’ai fantasmé sur « Tous les hommes sont mortels » de Beauvoir, j’aurai adoré rencontrer un immortel.
Je me suis laissée emporter par « les Hauts de Hurlevents », « Lady Chatterley ». J’ai lu tous les Françoise Sagan qui me passaient dans les mains, j’aimais ses héroïnes qui avaient toujours pour moi le visage de Romi Shneider, j’ignore pourquoi, sans doute à cause des films de Sautet. J’adorais les films de Sautet, ils montraient une vie réelle mais vivante, tout le contraire de la mienne…
Et puis bien sûr « les liaisons Dangereuses » de Laclos, le génie de Madame de Merteuil, la pureté de madame de Tourvel , j’étais les deux à la fois et c’est moi qui emportait Valmont.

Tous ces livres, tous ces mots criaient à mon coeur palpitant, sifflaient comme une balle, giflaient, frappaient, claquaient, tambourinaient, fouettaient, riaient, chantaient, dansaient, fêtaient, pleuraient, ils faisaient un boucan d'enfer, c'était le paradis.
C'est ici, c'est ainsi que la vie a pris corps en moi. Je suis née dans la bibliothèque municipale et Melle était une bien sage-femme.

A lui
Je me demande parfois comment deux Icebergs peuvent engendrer un volcan ...

lundi 5 décembre 2005

La cinquième fille de l'ogre

Je viens de finir l'écriture de ce texte. Je cherche actuellement des co-producteurs pour pouvoir le réaliser.

Quelques mots sur le texte :

Texte écrit pour deux comédiennes qui incarnent le même personnage.
Une jeune femme part à la recherche de ses souvenirs d'enfance. La petite fille qu'elle était apparait.
Ensemble elle vont faire le chemin d'une vie, depuis l'inceste commis sur une de ses soeurs dont elle est témoin jusqu'à aujourd'hui.
Distantes de tant d'année de non dit, progressivement un dialogue se noue entre les deux, les sensations se rejoignent, le recul du temps disparait, se fond dans l'émotion du présent, retrouve sa vérité.
L'histoire d'une construction d'identité, de la sublimation d'un traumatisme, de la réconcilition entre l'enfant et la femme...

Marie Tessier et Cécile Matthieu ont accepté d'incarner ce personnage.

Il me semble important que ce texte soit créé, parce que ce qu'il dit est à la fois intime et universel. Qu'il faut libérer toutes les paroles volées et donner voix au chapitre des enfants oubliés.

Un extrait:

ELLE A : Des souvenirs-cris entrecoupés de silence. Puissance de l'oubli. Insensiblement la peur s'incarne plus intense, plus précise.
ELLE B: Je n'aime pas les calins de papa. Je ne sais pas, je crois que c'est parce qu'il est gros. Il sue. J'ai horreur de sentir sa joue mouillée sur la mienne. Et puis il dit des choses... Il est vulgaire.

[...]

ELLE B : Je suis l'épargnée.
ELLE A : Tu as eu de la chance !
ELLE B : Je n'ai pas droit à l'échec moi, je suis sauvées moi, je n'ai pas le droit de me plaindre !
ELLE A : Qui s'interesse à la douleur de celle qui n'a pas souffert ? Quelle chose horrible allait-il m'arriver ? Ce n'était pas normal, c'était odieux, tout se paye et je devais payer.
ELLE B : Je leur doit d'être heureuse.
ELLE A : Moi épargnée, elles n'avaient pas souffert pour rien. Je ne rêvais que d'être comme elles, elles ne rêvaient que de me savoir différente.