Luce Colmant

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Mot-clé - tragédie

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jeudi 23 juin 2011

De beaux lendemains

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Je suis allée voir "De beaux lendemains", invitée par ma sœur. Elle avait oublié ce qu'elle avait lu lors de sa réservation, près d'un an plus tôt, nous ne savions donc à quoi nous attendre. En nous installant dans ce théâtre que j'aime tant, nous avons lu le programme. J'avoue qu'une petite peur d’ennuis m'a saisi. Déjà le thème du deuil, des enfants tués dans un accident d'autocar, moi dès qu'on touche au enfants je suis une fontaine de larmes surtout depuis que je suis maman moi même. On nous annonce un spectacle ultra minimaliste ou les acteurs, au nombre de quatre, tour à tour sont seuls face à un micro, soutenu par un pianiste en fond, par petite touche musicale, le tout dans une ambiance glaciale, puisque l'action se passe en plein hiver sur un lac gelé. Et cela durant 1h45. là, on se dit que peut être, à la place, on va aller au restaurant. Mais comme nous sommes courageuses, que nous aimons ce théâtre et sa programmation en générale, que Catherine Hiegel est à l'affiche, on reste et on espère.

Le spectacle commence avec Catherine Hiegel justement qui incarne la conductrice de l'autobus. Dès les premiers mots, je suis happées, par sa présence, par sa voix, par ses silences, par le tremblement de sa jambe, par ses yeux qui se ferment. Je suis témoin de son témoignage et émue et touchée, et saisie. L'épure au théâtre a cette force là, l'acteur prend toute la place et quand il le fait avec raffinement, subtilité, sensibilité, retenue et puissance tout à la fois, c'est absolument magique.
Puis est venu Carlo Brandt qui incarne un père qui a perdu ses enfants dans l'accident et qui a été témoin de la scène. La leçon d'acteur continue. Je reste happée par le récit. J'ai la chair de poule de froid, d’effroi, de compassion, d'émotion. Je traverse sa colère, son impuissance, sa fragilité, son humanité. Tout les coups portent au cœur qui se serre et c'est magnifique. Ses mains s'agitent pour dire tout ce que la voix ne peut dire. Tout ce que l'humain retient de peur d'exploser s'échappe par ses mains.
C'est au tour Redjep Mitrovitsa qui incarne l'avocat qui vient défendre les familles des victimes. C'est l’Amérique, il y a toujours procès, on cherche toujours un coupable. Il mène sa propre guerre. Personnage qui pourrait être antipathique mais là encore l'humanité déchiré est trop forte, on est forcé à l'empathie. C'est une des grandes forces de ce texte.Il n'y a pas de méchant, il n'y a que des humains et pourtant la cruauté est là, tendu comme un arc prêt à se rompre. L'acteur est sobre, puissant, retenu.
Vient alors Judith Chemla qui incarne une adolescente rescapée de l'accident et la claque dans la gueule qu'on se prend nous laisse sans voix, saisi, suspendu, meurtri, blessé, révolté. Mais elle nous fait rire aussi, cette jeune fille si lucide et si cynique, mais elle est elle même si légère, comme si tout cela au fond ne comptait pas. C'est joué avec une grande finesse et une grande intelligence et là, la comédienne que je suis se dit :" wow, si jeune et déjà si mure dans son jeu!"

Vous parler aussi du texte sublime du Russel Banks, du piano qui accompagne l'émotion par petite touche de noires et de blanches, par petites touchent de silence. Un piano qui se glisse discrètement dans l'émotion jusqu'à faire partie d'elle, jusqu'à ce qu'on ne le distingue plus, qu'il fasse partie du tout. Le décor nu, juste ce sol, ce lac gelé, les costumes qui portent tous des reste de neiges, tous ces personnages sortis du froid. Le froid et l'allégorie de la mort qui rode. Les lumières qui sculptent cet espace. Tout dans ce spectacle est essentiel, juste l'essentiel. Bravo donc au metteur en scène Emmanuel Meirieu, c'est si rare, de nos jours, un metteur en scène qui s'efface au profit de l’œuvre, si rare et si précieux.

Voilà, 1h45 sont passées comme un rêve, oui, une sorte de rêve glacé. Alors bien sur ce n'est pas un spectacle qui allège le cœur mais il ne l'alourdit pas non plus, il n'est jamais mélodramatique, c'est sa force. Il est digne comme le sont tous ses personnages. C'est ce qui le rend absolument magnifique. Malgré l'horreur des évènements, malgré la destruction des vies qui en découlent, il y a une puissance toute humaine, quelque chose qui me prend aux tripes et qui me fait dire :"ça, c'est du théâtre comme je l'aime!!!"

Texte du programme
Jusqu'au 26 Juin, Théâtres des bouffes du Nord
Du roman de l'auteur américain Russell Banks nous connaissions l'adaptation pour le cinéma du réalisateur canadien Atom Egoyan honoré du Grand prix du festival de Cannes 1997. En choisissant de transposer le livre à la scène, Emmannuel Meirieu ouvre le cadre sur les espaces immaculés d'un immense lac gelé pour l'incarner en quatre monologues et autant de solitudes partagées.

De Beaux Lendemains traite simultanément du psychologique et de l'injustice d'un destin qui confronte parfois à une cruauté que l'on croyait réservée aux plus terribles des contes de l'enfance. Le récit fait oeuvre de consolation en puisant à l'éternel questionnement d'un deuil d'autant plus difficile à faire puisqu'il s'agit, pour cette petite communauté, du groupe de ses 14 enfants disparus d'un seul coup sous les glaces en hiver. Le bouleversant hommage du théâtre à l'un des auteurs les plus important de la littérature contemporaine.

Avec: Carlo Brandt, Judith Chemla, Catherine Hiegel , Redjep Mitrovitsa

Mise en scène, production et adaptation du roman: Emmanuel Meirieu

Assistant à la mise en scène: Loïc Varraut Musique: Raphael Chambouvet Décor et lumière: Seymour Laval Son: François Vatin Conseiller artistique: Géraldine Mercier Avec la participation de: Thibaut Bonnot-Roux Traduction: Christine Leboeuf

samedi 6 novembre 2010

Vidéo "celle qui se bat comme un homme... Andromaque"

Petite vidéo extrait de "celle qui se bat comme un homme... Andromaque"

samedi 25 septembre 2010

Répétitions "celle qui se bat comme un homme Andromaque"

On n'en fini jamais d'apprendre sur son métier de comédienne comme on n'en fini jamais d'apprendre sur soi.

Après mes débuts, où la quête de lâcher prise était le centre de mes préoccupations, où parfois je luttais pour ne pas penser, pour me laisser traverser, me voilà à l'approche de la quarantaine, dans la redécouverte de la maitrise. La voie du milieu est toujours la bonne mais qu'elle est longue à trouver. Le temps, la maturité sont mes alliés les plus surs. C'est fascinant d'avoir cette impression qu'un rôle arrive au bon moment, au moment ou vous êtes prêt à vivre et comprendre l'expérience proposée. Quand c'est le cas, j'ai l'impression de grandir, c'est extrêmement agréable.

Andromaque arrive à point nommé. J'ai la sensation d'être sur un fil, équilibriste entre deux abîmes, la maitrise et le lâché-prise, devoir me tenir exactement entre les deux pour ne pas sombrer.

Le fait d'être seule sur scène c'est à la fois plus de liberté et plus de danger aussi. (Mais j'aurai bientôt le musicien sur scène avec moi qui sera mon partenaire.) J'ai déjà eu à jouer des monologues, mais Andromaque c'est tellement beau, énorme. J'ai beau connaitre ce texte depuis longtemps, je l'ai fait travailler à des élèves à de nombreuses reprises, l'expérimenter ainsi c'est vraiment prendre conscience dans tout son être de sa richesse . J'ai souvent dit à mes élèves qu'entre deux alexandrins il y avait tout un monde. J'en fait l'expérience, cette condensation émotionnelle, et l'adaptation qui contracte en plus le temps, nous demande de nous arrêter quasiment sur chaque vers. pour donner à entendre ces mondes émotionnels qui se succèdent et même se juxtaposent. Car c'est bien l'enjeu donner à entendre, à voir, à sentir.

(à suivre)

mercredi 22 septembre 2010

Celle qui se bat comme un homme ...Andromaque

Attention nouvelle date

mardi 12 octobre, à 14:00 - 15 octobre, à 21:00

Lieu MJC de La Celle Saint Cloud (yvelines)

70 bis avenue des Etangs

78170 La Celle Saint Cloud

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Pour la saison 2010-2011
la compagnie VOLUBILIS est heureuse de vous proposer sa prochaine création "Celle qui se bat comme un homme ...Andromaque"

Informations - réservations / 01 39 18 26 43/ compagnievolubilis@gmail.com

CELLE QUI SE BAT COMME UN HOMME...ANDROMAQUE:

Après la guerre de Troie, au cours de laquelle Achille a tué Hector, la femme de ce dernier, Andromaque, est recueillie avec son fils Astyanax par Pyrrhus, fils d’Achille. Pyrrhus tombe amoureux d'elle alors qu'il doit en principe épouser Hermione, fille du roi de Sparte, Ménélas. Pyrrhus alors lui propose de l’épouser et en même temps par cette union de sauver son fils dont les grecs réclament la mort. Un piège terrible se referme alors sur Andromaque. Elle est partagée entre l'amour de son fils et le dégoût que lui inspire Pyrrhus, meurtrier de son cher époux. La situation est suspendue à sa décision...

Une comédienne soutenue par un musicien incarnera Andromaque et donnera à voir une traversée de la tragédie dans la langue de Racine, pour un portrait intime d’une femme qui combat pour sauver son fils...

Celle qui se bat comme un homme...Andromaque

Auteur : Jean Racine

Adaptation : Véronique ESSAKA- DE KERPEL

Mise en scène : Véronique ESSAKA-DE KERPEL

Interprète : Luce COLMANT

Musicien : Ludovic GOMA

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